Van Hamme: «Je préfère largement Thorgal et Largo Winch à XIII»
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Van Hamme: «Je préfère largement Thorgal et Largo Winch à XIII»

Depuis 23 ans, le héros de Jean Van Hamme et William Vance cherche qui il est. Avec les tomes 18 et 19, XIII le sait enfin. Interview avec les auteurs.

Pourquoi laissez-vous XIII en chemin, 23 ans après avoir créé votre héros?

Jean Van Hamme: Si certains pensent que je lâche la poule aux œufs d'or, cette décision d'arrêter XIII exprime en fait mon sens de la liberté. Dans mon esprit, je suis arrivé à la fin d'un cycle et je voulais éviter le scénario de trop. J'ai eu cette même réflexion pour Thorgal. Quand vous tirez un peu en longueur, il y a quelques signaux d'alerte qu'il vaut mieux savoir entendre. Comme XIII et Thorgal m'excitaient moins, j'ai décidé de mon propre destin. Avec deux séries au lieu de quatre, puisqu'il me reste toujours Largo Winch et Lady S, j'aurais du temps pour d'autres projets, et pas seulement en bande dessinée.

XIII va pourtant continuer puisque William Vance le souhaite...

Oui, ce bon vieux William souhaite continuer et je le comprends parfaitement. Notre contrat l'y autorise. Le nouveau scénariste, que nous avons choisi, a trouvé une très bonne idée pour reprendre le flambeau. Je serai donc consultant pour cette suite que j'ai hâte de pouvoir découvrir.

Aurez-vous la nostalgie du duo que vous formiez avec Vance?

Certainement pas! Nous ne sommes pas amis, nous avons simplement l'un pour l'autre une estime réciproque. Un scénariste et un dessinateur ne sont pas obligés d'aller au bistrot ensemble pour collaborer. Je vis à Bruxelles, lui en Espagne. Depuis 23 ans, nous ne nous sommes rencontrés qu'une fois tous les trois ans.

Mais le résultat est là car nous avons eu une totale confiance l'un en l'autre. William est le gars le plus honnête que j'ai pu rencontrer. Je n'ai jamais oublié qu'en 1984, lorsqu'il a accepté de dessiner le premier XIII, «Le Jour du Soleil Noir», j'étais un total inconnu alors qu'il était déjà un dessinateur célèbre.

À la fin de la série, XIII ne retrouve pas la mémoire. Pourquoi?

Depuis le début de la série, je savais qu'il ne la retrouverait jamais. C'est le principe qui m'a guidé tout au long de ces années. J'ai tout simplement horreur des histoires où le héros se souvient de tout subitement. Ce n'est jamais crédible.

S'il ne retrouve pas la mémoire, XIII finit quand même par avoir enfin une identité. Depuis quand saviez-vous qui il était vraiment?

Depuis peu car je n'avais rien planifié. Comme je suis un feuilletoniste, j'ai ouvert de nombreuses portes tout en gardant une ligne directrice. À chaque nouveau tome, je relisais tout pour être sûr de ne pas me tromper. Si XIII n'avait pas marché, j'aurais plié l'affaire en trois albums. Mais comme il a eu du succès, j'ai mis en place des indices au fur et à mesure. J'ai déplacé progressivement les personnages dans l'histoire. Durant ces 23 années, il y a certes certaines longueurs. Mais on ne peut pas faire une vingtaine d'albums sans en avoir.

Que pensez-vous au fond de votre héros XIII?

Je n'ai pas forcément d'affection particulière pour le personnage. C'est un égocentrique qui ne se préoccupe que de la recherche de son identité. Il est peu disponible pour les autres, tant mentalement que sentimentalement. Ce n'est pas un être agréable contrairement à Largo Winch, l'un de mes autres héros. XIII ne peut pas être heureux parce qu'il doit se venger. C'est un pion qui entraîne des personnages attachants à sa suite.

Votre histoire avec XIII s'achève sur un double album, dont l'un dessiné par Jean Giraud que vous croisez pour la toute première fois. Cela mérite quelques explications?

C'est une idée de Yves Schlirf, directeur éditorial de Dargaud Benelux. Plutôt que de finir sur 500 000 exemplaires, il a préféré finir sur deux fois 500 000 exemplaires. Nous avons ainsi fait un coup unique dans la BD. J'avais annoncé il y a près de trois ans que j'arrêtais XIII. Yves Schlirf m'a parlé un jour de l'intérêt de Jean Giraud pour dessiner un XIII. Je n'avais aucune envie de faire deux scénarios pour en finir, mais il a su me convaincre.

Pourquoi cette plongée avec Giraud dans un épisode du conflit irlandais vieux de 25 ans?

À la fin des albums précédents, il restait deux possibilités: soit XIII était Jason Fly, fils d'un journaliste américain assassiné par le Ku Klux Klan, soit il était un terroriste irlandais poursuivant ses études sous le pseudonyme de Brian Kelly. Nous avons consacré 18 albums à parler du premier. Avec Giraud, nous avons raconté l'histoire du second dans «La Version Irlandaise», qui se déroule bien avant l'apparition de XIII dans «Le Jour du Soleil Noir».

Pourquoi XIII?

C'est un chiffre porte bonheur, ou porte malheur. Je me suis inspiré d'une vieille histoire d'Alexandre Dumas, où tous les personnages portaient des numéros. Après, choisir le XIII, c'est quand même plus parlant qu'un autre numéro. À ce sujet, il faut que je vous raconte une anecdote. Quand Dargaud faisait faire des sondages de notoriété sur ses héros, XIII était difficilement cité. Les gens ont en effet du mal avec les chiffres romains. Ils connaissaient bien X3, mais pas XIII.

Denis Berche / L'essentiel

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