Chypre: Varosha, l'ancien havre de paix devenu ville fantôme

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ChypreVarosha, l'ancien havre de paix devenu ville fantôme

Les anciens habitants de la cité balnéaire espèrent voir revenir les touristes alors que les négociations entre Chypriotes grecs et turques reprennent vendredi.

Verra-t-on bientôt les touristes revenir sur les plages de Varosha, l'ancien Saint-Tropez de Chypre devenu une ville fantôme depuis 40 ans? Ses anciens habitants l'espèrent avec la relance vendredi des négociations de paix entre Chypriotes grecs et turcs.

Des kilomètres de barbelés et l'armée turque bloquent tout accès à l'ancienne «Riviera de Chypre» réputée pour son sable blanc et ses eaux turquoises.

Maisons en ruine, immeubles menaçant de s'effondrer: c'est partout le même spectacle de désolation. Une station service n'est plus qu'un squelette de ferraille rouillée. La nature s'est emparée des lieux, des bougainvilliers envahissent les façades des résidences un temps cossues, les rues sont couvertes d'herbes folles.

Un havre pour les Scandinaves

Varosha, vaste quartier de Famagouste où résidaient 45.000 personnes, fut pourtant un temps la «perle» de Chypre. Sophia Lauren y possédait une maison. Et les touristes, notamment de Scandinavie, se pressaient pour profiter de ses plages aux eaux cristallines.

Mais en 1974, en réaction à un coup d'Etat visant à rattacher l'île à la Grèce, la Turquie envahit le nord de Chypre, provoquant la fuite des Chypriotes-grecs vers le sud. Si dans le reste de la République turque de Chypre-nord (RTCN), leurs maisons sont progressivement occupées par des Chypriotes-turcs ou des Turcs, Varosha est totalement fermée par l'armée turque, qui interdit à quiconque d'y accéder.

Pour tous les Chypriotes-grecs, la perte de Varosha est un traumatisme. «C'était mes plus belles années, des années de liberté», se rappelle George Fialas, qui avait 18 ans en 1974. «Nous étions vraiment de jeunes gens insouciants. J'ai des souvenirs d'amis allant d'une boîte de nuit à une autre». «Tous nos rêves ont été brisés» par l'invasion turque. Sa famille, partie dans la maison d'été d'un ami pour la journée, s'est retrouvée avec ses affaires de plage pour seul bien

Un projet déposé à l'ONU

Emily Markides a elle aussi perdu la maison de son enfance. Depuis, la ville n'a cessé de la «hanter»: outre ses plages incroyables et sa vie culturelle, «ce qui était si spécial à Varosha c'était le fait qu'il y avait des orangers et des jasmins partout», se rappelle cette quinquagénaire.

Convaincue que la cité sera un jour rendue à ses habitants, elle a présenté en 2006 à l'ONU un projet qui a véritablement pris forme il y a deux ans sous l'impulsion de sa fille, Vasia. L'idée: transformer Famagouste en une ville écologique, une fois un accord conclu entre Chypriotes-grecs et turcs pour la réouverture de Varosha. Architectes, ingénieurs, économistes, écologistes, habitants des deux côtés de la «frontière» travaillent ensemble sur ce projet baptisé Famagusta Ecocity.

Selon Mme Markides, alors que «la majorité des immeubles devront être démolis parce qu'ils s'effondrent», les 6 km2 sur lesquels s'étend Varosha représentent une «opportunité unique» pour créer une «ville intelligente», en profitant des ressources de l'île, comme le soleil, ou de l'ancien réseau ferré existant à Famagouste. L'idée est aussi d'éviter les erreurs que Chypre a commises en terme d'urbanisme, notamment à Varosha, où les immeubles privaient la plage de soleil dès la mi-journée.

A Famagouste, même si l'éventualité d'un changement génère des inquiétudes, la plupart des habitants espèrent la réouverture de Varosha, las d'habiter à côté d'une ville morte et d'être privés des plus belles plages de la cité. Mais même en cas d'accord, il faudra au minimum cinq à sept ans avant que les lieux soient reconstruits, selon l'architecte George Fialas. (afp)

Des coûts exorbitants

Si la décision de rouvrir Varosha était prise, les débats et polémiques s'annoncent nombreux: faudra-t-il tout raser? Qui sera propriétaire de quoi? Qui financera la reconstruction: les propriétaires? la Turquie, considérée comme responsable de la dégradation des lieux? des promoteurs?

S'il est «très difficile» d'évaluer le coût de la reconstruction avant que des experts ne soient autorisés à l'intérieur de Varosha, l'économiste Fiona Mullen souligne que des estimations font état d'investissements pouvant aller de cinq milliards d'euros en cas de reconstruction de Varosha et ses environs à 15 milliards d'euros pour des projets de développement massif.

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