Covid-19 – Vaud fait fuiter des centaines d’e-mails
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Covid-19Vaud fait fuiter des centaines d’e-mails

Les services du médecin cantonal ont commis une bourde en envoyant un mail groupé et non anonymisé à plus de 300 non-vaccinés. Malaise.

par
Jacqueline Favez
Les destinataires venaient d’arriver, ou de rentrer, en Suisse.

Les destinataires venaient d’arriver, ou de rentrer, en Suisse.

OFSP

«Merci le manque de confidentialité. Merci la divulgation des e-mails. Et merci les réponses que je reçois toutes les heures…» Ce lecteur ne décolère pas, après l’erreur commise lundi matin par les services du médecin cantonal vaudois, qui ont envoyé un message groupé à plus de 300 personnes en omettant de masquer les adresses mails des destinataires. Le contenu leur rappelait qu’ils devaient réaliser un dépistage Covid dans les 4 à 7 jours après leur retour de voyage, une obligation qui ne concerne que les non-vaccinés (ou non guéris). «Avec la gué-guerre actuelle entre vaccinés et non-vaccinés, divulguer les adresses de ceux qui ne le sont pas, c’est vraiment n’importe quoi. Ça donne juste envie de frauder et de ne pas faire ce test», s’énerve encore notre témoin, qui rentrait d’un déplacement professionnel.

Pire: après cette bourde, certains destinataires se sont mis à commenter en utilisant l’option «répondre à tous», multipliant ainsi les désagréments et la sensation d’être spammé. «J’ai appelé mardi pour avoir des explications. Tout en essayant de se couvrir et d’étouffer la chose, la personne s’excusait et reconnaissait que c’était inadmissible. Mais à 11h30, je n’avais toujours pas reçu d’excuses écrites de leur part.»

«Je partage avec eux ma joie d’être ici… et mes données personnelles!»

«Je suis arrivée ce week-end pour visiter mon pays préféré, la Suisse, raconte à son tour une touriste. Confiante et peut-être un peu naïve, j’ai fourni mes coordonnées aux autorités suisses afin de remplir mes obligations civiles. Aujourd’hui, je partage non seulement ma joie d’être ici avec des dizaines de personnes, mais aussi mes données personnelles! Le tout fourni aimablement par l’administration vaudoise…» commente avec ironie et amertume cette vacancière. «Les gens sont choqués» poursuit-elle, en référence à l’échange continuel de messages entre les destinataires. Et, elle aussi s’étonne de n’avoir vu passer aucune réaction de la part du Canton: «Il semble que le problème soit ignoré.»

Une autre lectrice ne comprend pas qu’un tel couac puisse émaner de l’administration. «C’est incroyable! Mais je ne suis pas plus inquiète que ça. Qu’est-ce que les autres destinataires feraient de mon adresse mail? Personnellement, je ne les ai pas regardées. Mais ce manque de confidentialité est quand même énorme», souligne-t-elle, également surprise de n’avoir rien reçu de la part du Canton. Ce n’est que mardi après-midi que les autorités ont fini par recontacter les destinataires du message en question pour leur présenter des excuses.

«Un envoi d’e-mail groupé dans lequel les noms des destinataires était apparent a effectivement été fait lundi matin, ce que nous regrettons. Il s’agit d’une erreur humaine isolée pour laquelle nous tenons à nous excuser», a commenté le Département de la santé et de l’action sociale vaudois (DSAS). La responsable de la communication précise que, sitôt l’erreur constatée, une procédure de rappel d’e-mail a été lancée. «Malheureusement, certains destinataires ont pu voir dans l’intervalle la liste des autres destinataires.» Un rappel où, toujours selon nos lecteurs, les adresses des autres destinataires étaient à nouveau visibles de tous…

Plainte possible?

Le DSAS entend revoir ses procédures, pour éviter qu’une telle erreur ne se reproduise. Mais que risque le Canton, si un des lésés venait à porter plainte? A priori, pas grand-chose. Un tel envoi groupé non anonymisé peut relever à la fois de la Loi sur la protection des données mais aussi, émanant des services du médecin cantonal, de la norme pénale sur le secret de fonction et le secret médical.

«Dans un tel cas, et même si la divulgation est évidemment involontaire, on ne saurait exclure d’emblée l’applicabilité de la norme pénale régissant le secret de fonction, sous l’angle du dol éventuel. Il en va de même de la disposition vaudoise de protection des données qui réprime d’une amende la révélation illicite de données personnelles. Cela étant, pour désagréable et regrettable qu’elle soit, cette révélation est difficile à considérer comme de nature à engendrer un dommage économique susceptible d’une demande d’indemnisation ou d’un tort moral», détaille Me Nicolas Capt, avocat genevois spécialisé dans la protection des données.

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