Vendredi noir en Bourse pour EDF plombé par les mauvaises nouvelles 
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France Vendredi noir en Bourse pour EDF plombé par les mauvaises nouvelles

Problèmes de corrosion qui s’étendent, retards à Flamanville, obligation de vente d’électricité à perte à ses concurrents: face aux difficultés, EDF voit son action chuter de 16%, vendredi.

FILE PHOTO: The logo of EDF (Electricite de France) is seen on the French state-controlled utility EDF's headquarters in Paris, France, February 15, 2019. REUTERS/Charles Platiau/File Photo

FILE PHOTO: The logo of EDF (Electricite de France) is seen on the French state-controlled utility EDF's headquarters in Paris, France, February 15, 2019. REUTERS/Charles Platiau/File Photo

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La réaction est «assez violente, mais on pouvait s’y attendre», a commenté Nicolas Bouthors, analyste chez Alphavalue, en listant l’accumulation de mauvaises nouvelles concernant EDF. Le titre du groupe français perdait 16,08%, à 8,69 euros, vendredi vers 11h15, alors que la Bourse de Paris ne reculait que de 0,7%.

Pression de Paris

Afin de limiter la hausse des prix de l’électricité pour les consommateurs, le gouvernement français a demandé jeudi à EDF d’augmenter de 20% le volume d’électricité nucléaire vendu à prix réduit à ses concurrents cette année, de 100 à 120 térawattheures (TWh), soit jusqu’à 40% de sa production prévue.

Promesse du gouvernement français

Cette décision va faire perdre des milliards au groupe, dont l’État est l’actionnaire principal, mais elle permettra au gouvernement d’honorer sa promesse de limiter la hausse des tarifs réglementés à 4% en février. Une promesse qui tournait au casse-tête, alors que la hausse mécanique aurait été aux alentours de 35% pour suivre les prix du marché. En termes financiers, EDF a annoncé jeudi soir que l’impact de cette mesure sur son excédent brut d’exploitation pour 2022 serait de 7,7 à 8,4 milliards d’euros.

Calendrier serré

Des chiffres «qui peuvent faire peur aux investisseurs», mais Nicolas Bouthors voit tout de même deux points positifs: le marché s’attendait à voir le volume d’électricité bradée monter à 130 TWh et le prix (46,5 euros le MWh) a été augmenté, ce qui permet «d’atténuer le coût total pour EDF». Selon lui, le coût de cette mesure s’explique aussi par un calendrier extrêmement défavorable, avec les prix élevés sur le marché de gros, les tensions persistantes sur le gaz et le recalcul des tarifs régulés en février. «En annonçant ce rehaussement maintenant, ça laisse une marge ridicule à EDF pour racheter ces 20 TWh sur le marché.»

Avant les élections

C’était le «seul levier à disposition du gouvernement qui est dans une démarche politique à l’approche des élections», note l’analyste, en soulignant que la promesse de bouclier tarifaire (notamment par l’intermédiaire d’une baisse de taxe) avait été annoncée par le Premier ministre Jean Castex quand les tarifs de gros étaient bien inférieurs, fin septembre.

Dix réacteurs à l'arrêt

Deuxième mauvaise nouvelle pour EDF: le prolongement de la durée d’arrêt de cinq des 56 réacteurs de son parc nucléaire français. Le groupe a donc revu à la baisse sa prévision de production nucléaire pour 2022, dans une fourchette de 300 à 330 TWh, contre 330 à 360 TWh précédemment. Aujourd’hui, dix de ces réacteurs sont à l’arrêt pour maintenance ou autre, ce qui représente 20% de la capacité de production nucléaire française. D’autres fermetures de centrales, en plein hiver quand la consommation électrique est forte, risqueraient de perturber l’alimentation électrique du pays, voire de créer des coupures de courant.

Une nouvelle «alarmante»

Jeudi, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a indiqué à l’AFP qu’un réacteur de la centrale de Penly (Seine-Maritime) était également concerné par un problème de corrosion sur un système de sécurité déjà détecté ou soupçonné sur quatre autres réacteurs EDF actuellement à l’arrêt. La crainte est désormais que d’autres réacteurs soient concernés. La nouvelle de jeudi est d’autant «plus alarmante que Penly est conçu différemment» des réacteurs de Civeaux et Chooz, et que «les problèmes de corrosion ne semblent pas seulement attribuables à un certain type de réacteur», selon M. Bouthors.

Impact financier

«Quand on connaît la structure financière du groupe, son endettement déjà élevé et ses besoins en financement, il y aura un trou à combler encore en 2023 et une augmentation de capital ou une émission de titres hybrides n’est pas à exclure», ajoute-t-il. Quel impact financier en 2022 pour le groupe? Les analystes de Oddo BHF tablent sur un excédent brut d’exploitation (Ebitda dans le jargon financier) d’environ 10 milliards d’euros. À comparer aux 17,7 milliards qu’escomptait EDF pour l’ensemble de l’année 2021.

Enfin, un nouveau retard pour le réacteur nucléaire de nouvelle génération EPR en construction à Flamanville (Manche) a été annoncé mercredi. Il ne devrait démarrer qu’au second semestre 2023, au lieu de fin 2022.

(AFP)

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