Lausanne: Vers un local d'injection sécurisé pour les toxicos
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LausanneVers un local d'injection sécurisé pour les toxicos

La capitale vaudoise est la seule ville importante en Suisse à ne pas disposer d'un tel lieu.

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Photo d'illustration.

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photo: Kein Anbieter

Presque dix ans après le refus en votation populaire d'un local d'injection, les autorités de Lausanne souhaitent ouvrir un espace de consommation de drogue sécurisé. La capitale vaudoise est la seule ville importante en Suisse à ne pas disposer d'un tel lieu.

On a aujourd'hui un recul suffisant pour évaluer ces Espaces de consommation sécurisés (ECS), explique lundi la municipalité. Ils permettent une diminution sensible de la consommation de drogues dans les espaces publics et améliorent l'état de santé des usagers. Et cela sans hausse de la consommation ni du nombre de toxicomanes.

La municipalité entend confier à la fondation ABS, déjà en charge de lieux d'accueil comme le Passage et la Terrasse, l'ouverture d'un ECS sous la forme d'un projet pilote. Le local d'injection sera installé dans ses locaux du quartier du Vallon, où se trouvent déjà Le Passage et La Terrasse.Une évaluation sera effectuée par l'Institut universitaire de médecine sociale et préventive.

A Genève, l'association Première Ligne gère le local d'injection Quai 9, inauguré en 2001.

Lausanne reste la seule grande ville de Suisse qui ne dispose pas d'un tel espace, a-t-il souligné. Il y a eu de fortes concertations ces dernières années avec les milieux concernés par la problématique et avec les commerçants. Ils se rendent compte que des progrès ne pourront être acquis que si l'on évolue et que si l'on fait ce qui réussit ailleurs dans les autres villes.

Pas de hausse de la consommation

Ce qui a changé depuis 2007, c'est que l'on a aujourd'hui un recul suffisant pour évaluer les ECS, a indiqué Oscar Tosato, municipal responsable de l'enfance, de la jeunesse et de la cohésion sociale. Il en existe douze dans huit villes, dont quatre à Zurich, a-t-il précisé.

Selon les constats, ils permettent une diminution sensible de la consommation de drogues dans les espaces publics et améliorent l'état de santé des usagers. Ils n'ont pas amené de hausse de la consommation ni du nombre de toxicomanes.

Aujourd'hui, 15% des consommateurs parmi les plus pauvres s'injectent dans l'espace public. C'est à cela que l'on compte mettre un terme, a relevé M.Tosato. Dans ces locaux, il n'y aura pas de distribution contrôlée de drogue. Les usagers apporteront leurs propres produits.

500 à 600 usagers potentiels

L'expérience-pilote d'une durée de trois ans concernera quelque 500 à 600 usagers potentiels. Le lieu disposera de quatre places pour l'injection et quatre pour l'inhalation ou le sniff, a précisé Oscar Tosato. L'objet qui a déjà fait l'objet d'une large consultation pourrait être soumis au Conseil communal au printemps prochain.

Le coût annuel du projet se monte à 980'000 francs. Il sera pris sur le budget communal, sans coût supplémentaire, car le canton reprendra à son compte d'autres subventions dans le domaine.

En 2007, le débat et la votation sur un local d'injection couplé d'un bistrot social n'avait fait qu'aviver les critiques au lieu de les atténuer. Aujourd'hui, les municipaux ont bon espoir d'un débat dépassionné et plus serein, malgré quelques vieux combattants, a relevé Daniel Brélaz. Il a ajouté qu'un référendum facultatif était possible dans les trente jours.

Politique globale

Pour sa part, Grégoire Junod, municipal responsable de la sécurité, a rappelé que la politique lausannoise s'inscrit clairement dans le programme des quatre piliers en matière de drogue de la Confédération. Cela fait partie d'un ensemble cohérent qui permettra de travailler de manière transversale. Il y aura notamment une convention de collaboration entre la police et ABS, a-t-il indiqué.

La Municipalité désire également améliorer l'estime de soi des consommateurs. C'est pourquoi la Ville propose une autre mesure dans son préavis, des jobs à seuil adapté aux personnes les plus marginalisées. Les emplois salariés, 25 dans un premier temps, seront créés dans le cadre de Macadam Service. (20minutes/ats)

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