Ukraine: Viktor Ianoukovitch «a du sang sur les mains»
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UkraineViktor Ianoukovitch «a du sang sur les mains»

Le bilan des violences entre forces de l'ordre et manifestants s'est alourdi dans la nuit de mardi à mercredi, à Kiev. La Suède a dénoncé mercredi la responsabilité du président ukrainien.

Vingt-cinq personnes sont mortes dans les violents affrontements qui ont éclaté à Kiev entre manifestants et policiers, a indiqué mercredi matin le Ministère de la santé dans un communiqué. Quelque 241 personnes ont été hospitalisées. Parmi les blessés figurent 79 policiers et cinq journalistes, a ajouté le ministère.

Le quotidien ukrainien «Vesti» a annoncé la mort d'un de ses journalistes, tué par balle durant la nuit par des inconnus masqués, à proximité de la place de l'Indépendance secouée par des violences sans précédent.

La Suède met en cause le pouvoir

Le ministre des Affaires étrangères suédois Carl Bildt a dénoncé mercredi la responsabilité du président ukrainien Viktor Ianoukovitch dans les morts à Kiev, l'accusant d'avoir «du sang sur les mains». «Il faut être clair: la responsabilité finale des morts et de la violence revient au président Ianoukovitch. Il a du sang sur les mains, a-t-il écrit sur Twitter. J'espère une forte unité au Parlement [suédois] aujourd'hui contre la violence et la répression en Ukraine. Des gens se font abattre dans les rues d'une capitale européenne.»

Le président ukrainien a accusé mercredi l'opposition d'avoir lancé une insurrection, alors que les affrontements et un assaut des forces spéciales ont fait au moins 25 morts mardi et dans la nuit dans le centre de Kiev occupé par l'opposition.

Réunion de crise des ministres des Affaires étrangères de l'UE

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE se réuniront en urgence jeudi à Bruxelles pour discuter de sanctions contre le régime du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, après les violences de ces dernières heures, a annoncé mercredi la chef de la diplomatie européenne.

«Une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères consacrée à l'Ukraine a été convoquée demain à 14H00 à Bruxelles», a annoncé la porte-parole de Catherine Ashton.

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Américains et Européens ont sommé le président Viktor Ianoukovitch de reprendre le dialogue avec l'opposition, Moscou accusant à l'inverse les Occidentaux. De son côté, Varsovie a dit sa crainte de voir éclater une guerre civile dans ce pays divisé entre les régions de l'est et du sud russophones et celles de l'ouest nationaliste.

Dans son adresse à la Nation diffusée en pleine nuit, après une rencontre sans résultat avec les chefs de l'opposition, le président Ianoukovitch les a accusés d'avoir «franchi les limites» en appelant selon lui à une «lutte armée» pour prendre le pouvoir. «Ces soi-disant hommes politiques ont tenté de prendre le pouvoir en violant la Constitution par la violence et les meurtres», a-t-il lancé. Il a assuré que les coupables «comparaîtraient devant la justice».

Affrontements et assaut policier

Les violences ont commencé par des affrontements mardi aux environs du Parlement et ont été suivies dans la soirée par l'assaut policier contre l'épicentre de la contestation. Un assaut des forces spéciales antiémeute, équipées de blindés, a été lancé dans la fumée des incendies et des feux de pneus au centre de Kiev sur le Maïdan, la place de l'Indépendance.

Manifestants et policiers continuaient de se faire face sur la place mercredi matin, sans affrontements violents. Des milliers de contestataires sont restés sur ce haut lieu de la contestation née de la volte-face en novembre du pouvoir ukrainien qui a renoncé subitement à un rapprochement avec l'Union européenne pour se tourner vers Moscou. La contestation, qui a mobilisé des centaines de milliers de personnes, s'est transformée au fil des semaines en un rejet du régime du président Viktor Ianoukovitch.

Pluie de grenades lacrymogènes et assourdissantes

Prêtres, artistes et hommes politiques se sont succédé dans la nuit sur la scène toujours en place sur le Maïdan. Ils entonnaient parfois ensemble l'hymne national.

Les policiers ont avancé et ont pris position autour du monument qui se trouve au milieu de la place, peu après 4h du matin (2h GMT) après une pluie de grenades lacrymogènes et assourdissantes. Les tentes situées autour du monument ont pris feu les unes après les autres. Pour se protéger des forces de l'ordre, les contestataires ont dressé un mur de feu. Un blindé a été incendié par des cocktails Molotov.

Métro fermé et axes routiers limités

Le pouvoir a imposé dès mardi une sorte d'état d'urgence qui ne dit pas son nom: le métro de Kiev a été fermé et les autorités ont annoncé que le trafic routier en direction de la capitale serait «limité» à partir de minuit, afin d'éviter «l'escalade des violences».

Malgré les condamnations qui se sont multipliées sur la scène internationale, le président Viktor Ianoukovitch a exigé que les manifestants évacuent le Maïdan, ont déclaré les leaders de l'opposition après l'avoir rencontré mardi soir.

La Maison des syndicats en feu

Plusieurs étages de la Maison des syndicats, transformée en QG des manifestants donnant sur le Maïdan, étaient en feu, a constaté un journaliste de l'AFP. Des opposants quittaient ce bâtiment et certains ont été évacués sur des brancards.

«Le président nous a proposé de nous rendre. Nous resterons ici avec les manifestants», a déclaré l'un des leaders de l'opposition, Arseni Iatseniouk, à la télévision Kanal 5. «Le pouvoir a déclenché une guerre contre son propre peuple», a déclaré un autre leader, l'ancien champion de boxe Vitali Klitschko.

Les violences menaçaient de s'étendre au reste de l'Ukraine.

Affrontements à l'ouest

Des manifestants ont pris d'assaut dans la nuit de mardi à mercredi plusieurs bâtiments publics dans l'ouest de l'Ukraine, dont le siège de la police et des services spéciaux à Lviv, et se sont emparés d'armes dans une unité militaire.

A Lviv, bastion nationaliste près de la frontière polonaise, quelque 500 opposants ont jeté des pierres mardi soir en direction de l'administration régionale puis y sont entrés sans rencontrer de résistance. Une centaine de manifestants ont ensuite pris d'assaut le siège de la police régionale.

Ils ont commencé à ériger une barricade devant le siège de la police et ont incendié des meubles qu'ils avaient sortis du bâtiment. Ils ont ensuite occupé le siège local du SBU (services spéciaux) avant d'y mettre le feu et de démolir plusieurs véhicules dans le garage. Ils ont ensuite brûlé des documents dans la cour. Une centaine de manifestants ont également pris d'assaut le service fiscal sans rencontrer de résistance.

Assaut de l'administration régionale

Dans la région de Ternopil (ouest), les manifestants ont jeté des cocktails Molotov sur le siège régional de la police qui a pris feu, a indiqué la police locale. A Ivano-Frankivsk, également à l'ouest, quelque 50 manifestants encagoulés ont pris d'assaut l'administration régionale avant de l'occuper.

Les autorités ont ouvert une enquête pour «prise d'assaut de bâtiments publics» qui prévoit des peines allant jusqu'à six ans de prison, a indiqué la police régionale.

Les contestataires avaient pris fin janvier le contrôle de la plupart des administrations des gouverneurs régionaux, nommés par le président Viktor Ianoukovitch, dans l'ouest du pays en grande partie acquis à l'opposition. Comme pour la mairie de Kiev, ils avaient libéré les lieux ces derniers jours pour permettre l'application d'une loi d'amnistie des manifestants. (ats/afp)

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