Energie: Villes et particuliers trop peu incités à produire du courant

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ÉnergieVilles et particuliers trop peu incités à produire du courant

Vu le prix bas auquel est racheté le courant produit «en trop» par une installation, le potentiel solaire reste mal utilisé. Certains contournent le problème en construisant leur propre réseau. Le Parlement réfléchit à faire évoluer la loi.

par
Pauline Rumpf
Produire plus que sa consommation n’est pas encouragé.

Produire plus que sa consommation n’est pas encouragé.

S. Meier

Les spécialistes s’accordent: l’énergie solaire sera une des clés de la transition énergétique. Pourtant, surdimensionner une installation solaire pour qu’elle alimente le réseau suisse, en plus du bâtiment qui l’accueille, reste peu intéressant. En effet, si acheter de l’électricité au fournisseur coûte 21.46 ct. par kWh, la revendre à ce même fournisseur ne rapporte que 9,5 ct/kWh. Cette différence incite communes et propriétaires à n’installer des panneaux que pour leur propre consommation.

Contourner le réseau pour économiser

Pour contourner ce problème, certains mettent en place des solutions permettant d’éviter de repasser par le réseau commun. À Leysin (VD), la commune a construit une conduite à près de 100’000 fr. pour relier le collège, bien équipé en photovoltaïque, et le centre sportif. «Quand l’école est vide, en été, ce qu’elle produit alimente les activités du centre, notamment la patinoire, explique le syndic Jean-Marc Udriot. Si on repassait par le réseau, on perdrait une dizaine de centimes par kilowattheure produit. Cet investissement sera donc très vite rentabilisé». La conduite est active depuis le début de l’année.

Ce système de «communauté de consommateurs» est envisageable pour une commune, mais complexe pour des particuliers, explique le syndic de Lutry Charles Monod, qui chapeaute les Services industriels de sa commune. «Un tel système devient compliqué quand il faut multiplier les compteurs et les branchements, par exemple dans une PPE. Ça fonctionne surtout quand ça a été pensé au moment de la conception des bâtiments.»

Le solaire toujours très minoritaire

À Lutry, la commune tente d’inciter la production de surplus de solaire en ajoutant un gros centime au prix de rachat du kWh. «Mais cela revient à acheter plus cher le courant local que ce que fournirait Romande Énergie, donc ce n’est pas tenable à long terme, poursuit Charles Monod. Actuellement les 250 installations solaires de la commune représentent 5% du réseau, il reste donc une marge d’amélioration que nous voulons soutenir.»

La loi pourrait changer rapidement

La loi sur l’énergie pourrait bientôt intégrer cette question, explique Adèle Thorens, vice-présidente de la commission de l’énergie du Conseil des États, qui planche actuellement sur sa révision. Sans pouvoir révéler la teneur des débats, elle indique que des propositions sont sur la table pour favoriser les communautés de consommations, comme à Leysin, ainsi que pour soutenir le prix de rachat de l’électricité. «Les objectifs ont été fixés, il faut maintenant mettre les moyens pour les atteindre, exhorte l’écologiste vaudoise. Et le compromis me semble atteignable, autour de ces outils qui paraissent être des incitations utiles et efficaces.»

Taxes et frais d’infrastructures

La différence de prix entre la vente et l’achat de courant, bien que décourageante, est clairement expliquée par Romande Énergie. Quand cette dernière vend de l’électricité à 21.46 ct. (exemple à Morges), ce prix comprend non seulement des taxes (3,87 ct), mais surtout l’infrastructure du réseau (9,86 ct). Le prix «comptant» du kW/h n’est donc que de 7,73 ct. Quand elle le rachète aux particuliers ou aux communes à 9,5 ct, c’est donc déjà légèrement surévalué.

La porte-parole de Romande Énergie Michèle Cassani ajoute que les coûts de rachat sont eux-mêmes intégrés dans le calcul des tarifs réglementés; donc, s’ils augmentent, la facture des autres ménages augmente. «Les tarifs de reprise correspondent donc à un équilibre subtil entre respect des textes réglementaires, encouragement du développement de la production renouvelable locale, et modération des prix à l’ensemble des consommateurs captifs.»

Nouveau calcul à la hausse

Les gestionnaires de réseau tel que Romande Énergie recalculent leurs prix chaque année. Ceux-ci seront publiés d’ici le 31 août, et connaîtront une hausse significative liée à l’explosion des coûts qui n’a pas encore été répercutée cette année, annonce le fournisseur. «Mais le prix de rachat devrait également suivre cette même tendance», annonce Michèle Cassani.

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