Actualisé 12.07.2011 à 14:49

«Le Moine»

Vincent Cassel à confesse

L'acteur français change radicalement de registre dans «Le Moine», le nouveau film de Dominik Moll. Interview.

de
Fred Ferrari

Dans «Le Moine», le comédien parisien interprète un capucin qui recueille les confessions de ses ouailles. Pour «20 Minutes», il a accepté de se soumettre à la question.

– Etes-vous croyant ou athée?

– Je ne suis pas religieux. Je me refuse à appliquer comme règles de vie des règles écrites qui viennent de je ne sais où. Je trouve que les religions, toutes autant qu'elles soient, sont passionnantes comme amalgame de l'inconscient humain, et dans ce sens-là je trouve ce sont des métaphores sublimes. Je pense très important de donner une éducation religieuse, quelle qu'elle soit, à des enfants. Pas trop jeunes, de préférence. Mais je ne suis pas athée. Je suis hyper-respectueux de la vie. J'ai du mal à écraser une fourmi! Je ne crois pas en Dieu tel qu'il est défini, mais par contre je crois dans le divin, évidemment.

– Quel est le dernier texte religieux fondamental que vous ayez lu?– Les choses les plus intéressantes que j'aie lues à ce sujet sont des choses scientifiques ou liées au chamanisme.

- Pour «Le moine», vous êtes retournés à certains textes?

- Pas trop, non. Je me suis surtout appuyé sur mon expérience dans les pensionnats où j'ai un peu morflé quand même.

– La dernière tentation à laquelle vous ayez succombé?

– Il y a tentation quand il y a interdit. Et je n'ai pas trop d'interdits dans la vie. Donc ce qui va être interprété pour des tentations pour certains, pour moi c'est juste un moment de la vie dont je profite, ou pas.

– Un interdit peut être dicté par votre conscience...

– Ma conscience, c'est de ne faire de mal à personne. Mais ce n'est pas comme si j'en avais envie et que je me retenais. Après, les interdits sont souvent liés à des questions de morale. Et ces trucs-là je les refuse en bloc. Les interdits liés à la morale ne m'intéressent pas.

– Lequel des péchés capitaux vous titillerait le plus?

– (sans hésiter) La luxure et la gourmandise. Ce sont les deux seuls intéressants! Je ne suis pas envieux des autres en règle générale. En même temps, c'est facile pour moi de ne pas être envieux, j'estime que j'ai déjà tellement de choses depuis tellement d'années, il faudrait vraiment que j'aie un problème pour être envieux encore de quelqu'un.

- Croyez-vous aux rêves prémonitoires (tel que celui qu'Ambrosio a dans le film)?

- J'attache beaucoup beaucoup d'importance à l'inconscient. Je pense même que c'est ce qu'on a de plus fort en nous. L'instinct et l'inconscient plus encore que l'intelligence. J'attache beaucoup d'importance aux rêves et au ressenti, qui vont finalement de pair. Mais je ne les vois pas comme de la manifestation de la magie.

– Vous arrive-t-il de prier?

– Quand j'ai peur pour des choses concrètes, parce que mes enfants sont dans l'avion par exemple, si je ne fais pas gaffe, mon réflexe serait de faire le signe de croix. Je vous rassure, je ne le fais plus depuis des années! C'est la béquille à laquelle j'ai été habitué. Mais je m'y refuse d'abord parce que je pense que ça ne sert à rien, et en plus parce que je ne me plais pas quand je me réfugie dans des choses qu'on m'a inculquées. Si je fais ça dès que je flippe, ça veut dire que quelque part je ne me suis pas encore complètement guéri de mon éducation.

– Pour qui ou quoi seriez-vous prêt à damner votre âme?

– Mais pratiquement pour tout! Je plaisante: je ne crois pas à ce concept. Pourquoi serais-je capable de sacrifier ma vie, plutôt? Mes enfants et ma femme, mon frère, ma sœur, ma mère... C'est de la théorie. Je crois qu'il y a des moments où on peut avoir des réflexes suicidaires pour sauver quelqu'un pour qui on ne savait même pas porter un intérêt. Il faut passer par l'épreuve du feu pour se rendre compte de ce qu'on vaut vraiement à ce niveau-là.

– Au moment de vous présenter devant Saint-Pierre, que lui diriez-vous pour entrer au paradis?

– Ah, je connaissais plein de vannes là-dessus! Plus sérieusement, je pense que c'est Dieu qui viendrait me dire: «Alors, comme ça, je n'existe pas?».

Un film gothique diablement bon

Enfant abandonné sur le porche d’un monastère espagnol du XVIIe siècle, frère Ambrosio (Vincent Cassel, tout en intériorité et en retenue) y est devenu un moine respecté, admiré. Mais faillible. L’arrivée d’un novice masqué, d’étranges rêves, la tentation de la chair vont mettre ses convictions à rude épreuve... Adaptaté du sulfureux roman de Matthew G. Lewis, «Le moine» s’inscrit dans la veine de ces films minimalistes, sans effets spéciaux mirobolants, dont il émane une tension quasi palpable. Le réalisateur Dominik Moll marie à merveille les tourments de la chair et de l’esprit sans rien céder au spectaculaire gratuit.

«Le Moine»

De Dominik Moll. Avec Vincent Cassel, Déborah François, Catherine Mouchet.

Sortie le 13 juillet 2011.

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