Centrafrique: Vingt-deux morts dans l'attaque d'un hôpital
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CentrafriqueVingt-deux morts dans l'attaque d'un hôpital

Vingt-deux personnes dont trois humanitaires de Médecins sans frontières ont été tuées dans une attaque d'ex-rebelles d'un centre de soins du nord-ouest de la Centrafrique.

«Des hommes armés assimilés aux ex-Séléka et aux Peuls ont attaqué samedi en fin d'après-midi un hôpital soutenu par MSF dans la région de Nanga Boguila (à 450 km au nord de Bangui), tuant au moins 22 personnes, parmi lesquelles trois centrafricains employés de MSF», a déclaré lundi à l'AFP un officier de la force africaine Misca. MSF Pays-Bas a confirmé la mort de ses trois collaborateurs sans autre commentaire.

«La seule chose que nous pouvons confirmer, c'est la mort des trois membres de notre personnel à Nanga Boguila», a déclaré à l'AFP Samuel Hanryon, porte-parole de l'ONG en Centrafrique. L'attaque qui a aussi fait une dizaine de blessés s'est produite lors d'une réunion regroupant des représentants locaux et les employés de MSF. «Les assaillants ont d'abord ouvert le feu sur un groupe de personnes fauchant quatre d'entre elles. Puis ils se sont dirigés vers l'hôpital où ils ont tué 15 autres personnes et trois membres du personnel de MSF», a dit l'officier de la Misca.

Les hommes armés ont emporté des ordinateurs et de nombreux autres biens, «fracassant des portes des locaux probablement en quête d'argent», a-t-il ajouté. La France qui intervient militairement depuis décembre dans cette ancienne colonie livrée au chaos a «condamné fermement» la tuerie.«Les auteurs de cette attaque intolérable devront répondre de leurs actes devant la justice», a déclaré le ministère des Affaires étrangères qui a salué le «travail remarquable» accompli «dans des conditions difficiles et au péril de leur vie» par les employés de MSF.

12'000 casques bleus

En déroute, l'ex-rébellion Séléka, a été au pouvoir entre mars 2013 et janvier 2014. Depuis le départ forcé de son chef, l'ancien président Michel Djotodia, ses combattants écument plusieurs régions de la Centrafrique, notamment le nord, que la force internationale peine à pacifier. La localité de Nanga Boguila se situe dans une zone échappant largement au contrôle de la force internationale composée des quelque 5000 Africains de la Misca et 2000 Français de l'opération Sangaris.

«Il s'agit d'une région qui n'est pas totalement sécurisée. Parce que nos effectifs (...) ne permettent pas encore de déployer des hommes dans les autres centres que les villes principales comme Bossangoa», à une centaine de kilomètres de Nanga Boguila, a expliqué l'officier de la Misca à l'AFP.

Face aux nombreuses difficultés rencontrées par l'armée française et la force africaine, l'ONU a autorisé début avril le déploiement d'environ 12'000 casques bleus en Centrafrique, un déploiement qui ne devrait toutefois pas intervenir avant septembre. Si l'essentiel du pays subit une crise sans précédent, celle-ci est particulièrement sensible dans le nord.

Prêtre sauvagement assassiné

Cette région a été le théâtre de violences répétées, notamment communautaires, entre les ex-rebelles de la Séléka, musulmans pour la plupart et majoritaires dans le nord, et les milices anti-balaka essentiellement chrétiennes. En août et septembre, ces affrontement avaient fait plus de 150 morts et provoqué la fuite de près de 45'000 personnes.

En sens inverse, des milliers de musulmans ont quitté ces derniers mois la capitale Bangui pour se réfugier dans le nord et le centre du pays, créant une partition de fait de la Centrafrique, un pays chrétien à 80%. Dans la capitale, à majorité chrétienne, quelque 1300 musulmans qui se terraient en périphérie dans la crainte d'exactions des anti-balaka, sont partis dimanche dans un imposant convoi, escortés par la Misca à destination du nord.

Le gouvernement a dénoncé dimanche soir une opération «unilatérale» menée «à (son) insu et contre (son) gré» par ses partenaires humanitaires, dont il questionne «la neutralité et l'objectivité». Désormais dans le nord, la communauté chrétienne est régulièrement visée par les exactions de l'ex-rébellion qui y conserve des fiefs et n'a pas hésité à enlever brièvement en avril trois prêtres catholiques et un évêque. La même semaine, un autre prêtre a été sauvagement assassiné par des membres présumés de la Séléka.

(afp)

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