Suisse: Viol: «Les femmes naïves sont un peu responsables»

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SuisseViol: «Les femmes naïves sont un peu responsables»

La conseillère nationale Andrea Geissbühler (UDC/BE) a tenu des propos que certains jugent scandaleux. Cette dernière assume ses déclarations.

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ct/ofu
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Interrogée dimanche 9 octobre 2016 par TeleBärn, la conseillère nationale UDC Andrea Geissbühler a affirmé: «Les femmes naïves qui ramènent à la maison des hommes qu'elles ne connaissent pas, se laissent aller pour ensuite décider qu'elles ne veulent finalement pas de rapport sexuel sont en quelque sorte aussi un peu coresponsables. Dans ce cas, les peines de prison avec sursis sont peut-être justifiées.»

Interrogée dimanche 9 octobre 2016 par TeleBärn, la conseillère nationale UDC Andrea Geissbühler a affirmé: «Les femmes naïves qui ramènent à la maison des hommes qu'elles ne connaissent pas, se laissent aller pour ensuite décider qu'elles ne veulent finalement pas de rapport sexuel sont en quelque sorte aussi un peu coresponsables. Dans ce cas, les peines de prison avec sursis sont peut-être justifiées.»

Capture d'écran TeleBärn
Ses propos ont provoqué une vague de critiques.

Ses propos ont provoqué une vague de critiques.

Capture d'écran TeleBärn

En Suisse, les violeurs échappent souvent et facilement à la prison. En 2015, 26 des 82 personnes condamnées pour viol ont obtenu un sursis. Depuis 2006, 327 des 1155 affaires de viol (28%) ont connu la même issue, a révélé le week-end dernier la «SonntagsZeitung».

Interrogés dimanche par TeleBärn, tant le criminologue Martin Killias que la conseillère nationale bernoise Andrea Geissbühler (UDC) ont critiqué le fait que près d'un violeur sur trois ressort libre du tribunal. Mais la politicienne a ensuite quelque peu relativisé ses propos en affirmant que les peines de prison avec sursis – qui selon elle ne sont pas de réelles punitions – peuvent s'expliquer.

Des propos «inacceptables»

«Les femmes naïves qui ramènent à la maison des hommes qu'elles ne connaissent pas, se laissent aller pour ensuite décider qu'elles ne veulent finalement pas de rapport sexuel sont en quelque sorte aussi un peu responsables. Dans ce cas, les peines de prison avec sursis peuvent peut-être se justifier», estime ainsi l'ancienne agente de la police cantonale bernoise.

Ses propos ont rapidement suscité d'innombrables critiques, dont certaines proviennent même des rangs de son parti politique. La conseillère nationale Natalie Rickli (UDC/ZH) estime ainsi: «Il est évident que chaque femme doit faire attention et est responsable d'elle-même, mais ça ne justifie en aucun cas un viol ou une réduction de la peine.»

Elle protège les auteurs des faits

L'élue Mattea Meyer (PS/ZH) va encore plus loin et ne mâche pas ses mots: «De tels propos sont juste inacceptables. Une victime n'est jamais responsable de ce qui lui arrive. «Non» veut dire «non» et rien d'autre.» Si l'on rend les victimes responsables de ce qu'il leur est arrivé, elles n'oseront plus porter plainte contre leur agresseur, pense la socialiste. Et d'ajouter: «Andrea Geissbühler, qui a été policière, nuit ainsi au travail des forces de l'ordre et aussi à leur crédibilité. Car, dans tous les cas, la police doit prendre au sérieux les victimes. Ce qu'Andrea Geissbühler fait ici, c'est protéger les auteurs des faits.»

Les experts, issus de la protection des victimes, sont eux aussi scandalisés par les déclarations de la politicienne agrarienne. «Aucune femme victime d'un viol n'est responsable ou coresponsable de l'agression sexuelle qu'elle a subie», tonne Linda Borner, de Lantana, un service bernois d'aide aux victimes d'agressions sexuelles. Même son de cloche auprès de Brigitte Gschwend, d'Opferhilfe Bern: «Inviter un homme à venir chez soi ne signifie pas qu'il a droit à un rapport sexuel.»

Appel au bon sens des femmes

Contactée par «20 Minuten», Andrea Geissbühler ne revient pas sur ses mots. Elle rejette par ailleurs l'accusation selon laquelle elle protège les auteurs des faits: «J'ai clairement dit que je trouvais inacceptable que près d'un violeur sur trois n'écope que d'une peine de prison avec sursis. Cette proportion est beaucoup trop élevée.» La conseillère nationale appelle néanmoins à la prudence et au bon sens des femmes.

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