Turquie: Violences entre militants kurdes: quatre morts
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TurquieViolences entre militants kurdes: quatre morts

Au moins quatre personnes, dont le responsable d'une ONG islamiste, ont été tuées mardi à Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie.

Le directeur de l'ONG Ihya-Der, Aytac Baran, proche du parti islamiste kurde Huda-Par, a été abattu dans son bureau par des hommes non identifiés. Cette attaque a ensuite provoqué des heurts entre factions rivales kurdes qui ont fait 3 autres tués et 4 blessés, ont indiqué dans l'après-midi des sources hospitalières.

Ces violences sont intervenues quelques jours après l'attentat à la bombe parmi des militants du parti kurde HDP (Parti démocratique du peuple) venus assister vendredi dernier à Diyarbakir à une réunion de campagne de leur chef de file Selahattin Demirtas. Ses auteurs n'ont pas été identifiés mais le Premier ministre sortant Ahmet Davutoglu a annoncé dimanche qu'un suspect avait été interpellé.

Erdogan ambitieux

Les heurts sont réguliers entre les membres du HDP, réputés proches des rebelles du parti des travailleurs des Kurdistan (PKK), et ceux d'Huda-par, proche des mouvements islamistes.

Dimanche, le HDP a obtenu 13,1 % des voix et 80 sièges de députés lors du scrutin législatif qui a vu le parti de la justice et du développement (AKP) du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan perdre la majorité absolue qu'il détenait depuis 13 ans au parlement.

Et qu'elle s'associe au parti d'action nationaliste (MHP) ou aux laïcs du parti républicain du peuple (CHP), la direction de l'AKP devra faire face à un obstacle de taille: les ambitions de M. Erdogan.

L'ex-premier ministre islamo-conservateur, devenu en août dernier le premier président turc élu au suffrage universel direct, souhaitait que son parti remporte une majorité qualifiée pour pouvoir modifier la Constitution et l'orienter vers un régime présidentiel.

258 députés pour l'AKP

Au total, avec 258 élus seulement sur les 550 du parlement, l'AKP n'a même pas décroché la majorité simple. Et les dirigeants de l'opposition susceptibles de négocier un accord de coalition avec l'AKP ont clairement indiqué qu'ils rejetteraient toute ingérence présidentielle sur la marche du gouvernement.

«Une coalition semble inévitable, et l'AKP en sera, c'est une évidence», a confié mardi à Reuters un haut responsable du parti à son arrivée à la réunion de la formation islamo-conservatrice autour de M. Davutoglu. Le premier ministre turc a dans la foulée remis sa démission à M. Erdogan. Le chef de l'Etat devrait en principe le charger de constituer un nouveau gouvernement.

L'hypothèse d'élections anticipées était évoquée dès lundi, mais l'AKP pourrait tenter de gouverner seul à la tête d'un gouvernement minoritaire ou, plus probable, de constituer une coalition, sans doute avec le MHP, qui a fait élire 80 députés, disent des cadres dirigeants du parti.

Les discussions seront compliquées: le chef de file de la formation nationaliste, Devlet Bahceli, a fait campagne contre les ambitions de Recep Tayyip Erdogan. Il a prévenu dès dimanche déjà que le président devrait «s'en tenir à ses limites constitutionnelles», qui font de la présidence un poste plutôt protocolaire en Turquie.

Le CHP évoqué

Le noyau électoral du MHP est par ailleurs hostile à toute initiative de paix avec les séparatistes du PKK alors même que MM. Erdogan et Davutoglu prônent un règlement négocié de l'insurrection.

«Le partenaire le plus probable, c'est le MHP, du fait de la similitude de nos bases de soutien électoral. Mais leur position est claire: le processus de paix (avec le PKK) doit cesser», dit le haut responsable de l'AKP.

En cas d'échec, l'AKP pourrait se tourner vers les laïcs du CHP, deuxième force parlementaire avec 132 élus, indiquent des sources au sein du parti islamo-conservateur. Mais les tractations entre deux partis que tout oppose sur le plan idéologique seraient encore plus ardues. Les Kurdes du HDP ont, eux, catégoriquement exclu de s'associer à l'AKP. (ats)

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