Football - Super League: Violences: les dirigeants pris entre deux feux
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Football - Super LeagueViolences: les dirigeants pris entre deux feux

Pour Christian Constantin, le football est actuellement pris en otage par des individus déviants. Mais les violences sont-elles vraiment le fait de gens étrangers à ce sport?

Keystone

En appeler à la passion du public tout en condamnant les excès passionnels: le dilemme du monde du football. Et de ses dirigeants en particulier, conscients que, souvent, ceux qui sèment le trouble sont également ceux sur qui repose l'atmosphère du lieu de culte, le stade.

«Sans ambiance c'est emmerdant»

«Un stade sans ambiance, c'est emmerdant !», confirme dans son style caractéristique Christian Constantin. Mais le président du FC Sion, qui a eu plusieurs fois à traiter de la thématique de la violence de ses supporters, demeure ferme sur la question. «Quand un gamin a la tête brûlée parce qu'un type lui a lancé une fusée ou un pétard, c'est inadmissible. Cela va marquer la victime durant toute sa vie.»

De l'huile sur le feu

Si les critiques en tous genres ne manquent pas à l'encontre de Constantin, impossible en revanche de lui reprocher sa ligne de conduite vis-à-vis des débordements autour du football, qu'il a toujours condamnés avec véhémence.

Et le boss du FC Sion n'est pas non plus Jean-Michel Aulas, son homologue de l'Olympique Lyonnais, prompt à jeter de l'huile sur le feu et à attiser les rancoeurs - voire même les haines - dans les semaines précédant les derbies contre Saint-Etienne.

Eternelle question

Le Martignerain s'est récemment encore montré très ferme après l'attaque du car de Servette par des fans sédunois sur une aire d'autoroute. Mais comment faire pour lutter contre les supporters violents tout en préservant l'apport - en partie amené par les franges ultra - qui alimente les caisses du club ? Là est toujours la question.

«Familles détruites»

«L'objectif aujourd'hui, poursuit Constantin, est bien sûr d'avoir une belle ambiance au stade. Mais si le prix à payer ce sont des familles détruites...» La difficulté de la tâche est bien résumée par Bertrand Fincoeur, spécialiste des déviances liées au sport à l'Institut des sciences du sport de l'Université de Lausanne (ISSUL).

Ligne de crête

«Les autorités de football ont tendance à traiter de plus en plus les supporters comme des consommateurs (de produits dérivés, d'abonnements, de chaînes télé payantes...).

Elles attendent de ces consommateurs qu'ils soient derrière l'équipe mais sont les premiers à se plaindre lorsque le soutien à l'équipe, qu'elles réclament, dépasse les limites de leur entendement.

A la frontière

Naturellement, ces limites peuvent sembler assez légitimes, mais la frontière entre ce qui est une violence encouragée (déclasser l'adversaire dans les tribunes par des chants, par exemple) et la violence réprouvée n'est pas toujours facile à apprécier pour chacun.»

Où fixer la limite ? La violence physique est bien sûr intolérable. Mais faut-il déjà agir en amont? Considérer la violence verbale dans les stades comme une première limite à ne pas franchir? Et quid de l'usage d'engins pyrotechniques, régulièrement responsables de lésions corporelles mais aussi éléments visuels ayant joué un rôle très important dans la construction de la mythologie de l'ambiance foot ? Combien de chants de supporters résisteraient-ils si ceux comportant des insultes (envers l'adversaire, l'arbitre, la Ligue, etc.) disparaissaient ?

Otages d'individus déviants

Pour Christian Constantin, le football est en quelque sorte pris en otage par des individus déviants. «Ces actes sont du fait de personnes qui cherchent à se défouler, à passer leur mal-être. Ces gens profitent du club et se disent supporters juste parce qu'ils enfilent un maillot.»

Là aussi s'ouvre un débat crucial: la violence est-elle inhérente au football, ou alors le sport-roi est-il victime d'éléments étrangers qui s'en servent comme d'une vitrine ? Le monde du football semble lui privilégier la seconde hypothèse. «Il est tenant pour les autorités du football de prétendre que les violences sont le fait d'individus étrangers au football, cela évite de se poser les bonnes questions», analyse Bertrand Fincoeur.

«Des règles de civilité»

La réponse de Christian Constantin à cette objection ? «Peut-être que ce sont des supporters, mais c'est comme dans la vie, il y a des règles de civilité. Quand quelqu'un commet un crime, on le met en prison pour l'exclure de la société.» Donc quand un supporter franchit la ligne rouge, il devrait être exclu du monde du football, et sa qualité de supporter être reniée. Et le président du FC Sion de réclamer, comme si souvent par le passé, un arsenal légal adéquat.

«Les autres pays ont adopté des sanctions fortes alors qu'en Suisse on n'empoigne pas le problème. Il faut des sanctions dures sinon les gens pensent qu'il est permis de commettre des actes violents. Prenez Via sicura, ce n'est pas franchement quelque chose de très sympathique... Mais ça fait réfléchir les automobilistes !» (ats)

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