Actualisé 22.06.2015 à 11:32

BâleVirées à cause d'un banana split trop suggestif

Accusées de harcèlement sexuel, quatre employées d'un home ont été licenciées. Elles avaient pris en photo leur supérieure en train de manger une coupe glacée évocatrice.

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vro/ofu
Voici à quoi ressemblait la coupe glacée qui est à la base des quatre licenciements.

Voici à quoi ressemblait la coupe glacée qui est à la base des quatre licenciements.

Quatre soignantes d'un home pour personnes âgées de Binnigen (BL) et leur supérieure sont allées manger dans un restaurant mexicain à Bâle, en janvier dernier. L'ambiance était visiblement détendue, rapportent plusieurs témoins, interrogés par la «Basler Zeitung». Les femmes s'amusaient apparemment à tel point qu'un serveur de la chaîne de restaurants Papa Joe's a décidé de leur faire une petite surprise à la fin de leur repas. Il leur a amené un banana split, décoré de manière très suggestive: la banane était dressée sur l'assiette de sorte à pointer vers le haut. Un petit tas de crème chantilly avait été déposé sur le bout du fruit et, à sa base, se trouvaient deux brownies.

La coupe aux allures phalliques a été posée devant la cheffe. Les quatre autres convives ont alors dégainé leur smartphone et l'ont incitée à croquer la banane à pleines dents. «Jusqu'à présent, cette coupe de glace a toujours été très appréciée par nos clients. Et les cinq dames en question ont trouvé ça amusant», se rappellent les serveurs qui travaillaient ce soir-là. Selon eux, la supérieure hiérarchique n'avait pas l'air de se sentir mal à l'aise en mangeant le banana split.

«Ce n'est qu'après avoir pris une bouchée que j'ai réalisé que je n'étais pas en train de croquer une simple banane. Lorsque j'ai remarqué que je m'étais fait piéger, je me suis sentie mal et je ne pouvais plus continuer», a raconté au quotidien alémanique la femme, âgée entre 40 et 50 ans. Le soir-même, elle a demandé aux quatre jeunes femmes de bien vouloir effacer les photos. Ses collègues lui ont confirmé aux alentours de 4h que tous les clichés avaient bien été supprimés.

«Notre serveur est tombé des nues»

Malgré cela, leur supérieure a été voir le directeur du home, Raphael Thürlemann, quelques jours après les faits. L'homme a convoqué les quatre jeunes femmes et les a licenciées sans préavis. «Si un de nos employés se sent harcelé, alors c'est notre devoir de faire en sorte que ça cesse», se justifie le directeur. Celui-ci pense que la coupe de glace a été volontairement commandée par les employées. Avec le recul, la supérieure avoue que les licenciements n'auraient «peut-être» pas été nécessaires. Elle est néanmoins soulagée qu'elle ne soit plus obligée de travailler avec les collègues en question.

Le gérant du restaurant n'en revient pas du sort réservé aux jeunes femmes. «Notre serveur est tombé des nues lorsqu'il l'a appris. Nous n'avons encore jamais eu de plainte concernant nos banana split. Notre employé aurait même été d'accord de témoigner. Selon lui, la situation était très détendue à tout moment.»

Mais l'affaire n'a jamais été portée devant les prud'hommes. Car, entre-temps, les employées sont parvenues à trouver un accord convenable avec leur ancien employeur. Leur licenciement immédiat a été transformé en un licenciement avec préavis de trois mois. Elles ont par ailleurs reçu un dédommagement du home ainsi qu'un «bon» certificat de travail.

Pour Raphael Thürlemann, cet accord n'est en aucun cas la preuve que les licenciements ont été abusifs. «Leur supérieure s'est sentie blessée dans sa dignité. Une collaboration n'était plus envisageable pour moi», explique le directeur. Selon celui-ci, trois des quatre ex-collaboratrices ont retrouvé du travail.

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