Culture: Visite à l'intérieur de l'Opéra des Nations
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CultureVisite à l'intérieur de l'Opéra des Nations

Le Grand Théâtre de Genève a fermé. Durant les travaux, une nouvelle salle a été édifiée près de l'ONU et sera inaugurée mardi soir. Découvrez-la en images!

par
Emmanuel Coissy

«Ce lieu est de l'étoffe dont ont fait les rêves.» Lorella Bertani, présidente du Conseil de fondation du Grand Théâtre de Genève emprunte les mots de Shakespeare. Elle savoure son plaisir: la nouvelle salle, dont l'organisme est propriétaire, est prête à temps et elle sera inaugurée mardi soir. Le matin même, la presse a été invitée pour découvrir l'Opéra des Nations.

A côté d'elle, Tobias Richter, directeur général de l'institution, rebondit sur la citation du grand Bill pour comparer l'édifice genevois au modèle du théâtre élisabéthain. Il est en bois, certes, mais pas circulaire. Il vient à peine d'être achevé et les équipes de l'opéra ont déjà quitté le quartier de Plainpalais, où les travaux ont débuté, pour celui des Nations à deux pas de l'ONU. Les corps de métier sont à pied d'œuvre pour les répétitions de la nouvelle production d'«Alcina», un opéra seria de Haendel.

Pour l'heure, on ignore encore comment sonne la salle. La direction assure que l'acoustique est excellente. Rendez-vous à la première, le 15 février, pour forger son opinion. En attendant, la population est conviée à une journée portes ouvertes dimanche 7 février de 10h30 à 19h.

Vite fait, bien fait

A défaut d'employer ses oreilles, on déjà peut apprécier l'objet avec les yeux. Le résultat est sobre et beau. Pas de béton, du bois clair et du velours rouge. Les sièges sont confortables et la visibilité semble bonne de partout. Il y en a 1118 donc environ 400 places de moins qu'à la place de Neuve. Elles seront aussi meilleur marché: de 26 à 199fr. pour un opéra et de 26 à 115fr. pour le ballet.

Il faut saluer la performance qui a été réalisée ici: le bâtiment originel acquis à Paris en mars 2014 ne comptait que 750 fauteuils. Il a donc fallu tout redimensionner et tout adapter. Cela a été fait en moins de dix mois, notamment la fosse d'orchestre qui n'existait pas. Elle accueillera au maximum 70 musiciens (contre 90 en centre-ville). Cet effectif ne permettra pas de donner des Wagner et autres grandes partitions symphoniques du XIXe siècle.

«Nous nous concentrerons notamment sur le répertoire des XVIIe et XVIIIe ainsi que sur le contemporain», explique Tobias Richter, qui assure aussi que le plateau pourra accueillir les scénographies et les mises en scène les plus diverses. Nous avons 2 ans et demi devant nous pour le vérifier puisque l'Opéra des Nations est éphémère. Il ne servira que pendant la durée de la réfection du Grand Théâtre.

En quête d'argent

«Rien n'est trop beau pour le Grand Théâtre!» Sami Kanaan, conseiller administratif en charge des affaires culturelles a apporté son soutien à la nouvelle salle. Elle a déjà coûté 11'250'000fr. Le financement est public et privé. Il reste encore à trouver de l'argent pour combler un déficit de fonctionnement. Le Grand Théâtre a lancé des opérations pour stimuler le mécénat. Par ailleurs, «un projet de loi demande au Municipal 500'000fr. pour 2015, 2 millions pour 2016 et 3 millions pour 2017», dit l'édile. Lui et son collègue Rémy Pagani s'emportent contre le choix du délibératif «qui a coupé 4,5 millions, soit les divers et imprévus, sur les 67 millions prévus pour la rénovation totale du Grand Théâtre», insiste celui qui supervise le chantier (Dép. des constructions et de l'aménagement).

L'opéra et l'exécutif balaient le reproche qui leur est fait de ne pas avoir utilisé le Bâtiment des forces motrices (BFM) au profit d'un projet aventureux et luxueux. Ils assurent que cela aurait coûté plus cher en location puisque la salle est en mains privées. «Il aurait aussi fallu jongler avec son calendrier qui est déjà chargé, tranche Tobias Richter. La jauge des Nations est plus grande et permet la maîtrise totale du calendrier.» «Le BFM était une centrale hydroélectrique, ce qui n'est pas optimal pour la visibilité, l'acoustique et la fosse d'orchestre», dit Rémy Pagani. «La nouvelle salle pourra en sus être louée à des privés et revendue après usage en faisant valoir une plus-value», ajoute-t-il tout en réaffirmant que le caractère éphémère de l'implantation.

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