Diplomatie: Visite historique du président russe Medvedev
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DiplomatieVisite historique du président russe Medvedev

Pour la première fois de son histoire, la Suisse accueillera officiellement un dirigeant russe lundi et mardi.

Le président Dmitri Medvedev débutera sa visite d'Etat en recevant les honneurs militaires à Berne, en présence du Conseil fédéral in corpore et partira ensuite à la découverte du pays.

Le chef du Kremlin se rendra au mémorial de Souvorov dans les gorges des Schöllen, près d'Andermatt (UR). Ce monument célèbre la traversée des Alpes par l'armée du général Alexandre Souvorov il y a exactement 210 ans. Il avait alors rallié la Suisse à la tête de 21 000 hommes pour tenter de chasser les Français du territoire helvétique.

Dmitri Medvedev et sa femme Svetlana ont offert deux oursons à la Suisse. Ils rejoindront vraisemblablement la fosse aux ours de Berne, dont le dernier occupant est décédé en avril.

Sécurité massive

Le séjour de M. Medvedev sera entouré d'un dispositif sécuritaire hors norme. Les abords de la Place fédérale seront bouclés lors de l'accueil solennel du président russe et de son épouse. Véhicules et individus seront minutieusement contrôlés.

Durant le périple de Dmitri Medvedev à travers le pays, quelque 200 soldats de l'armée prêteront main forte aux forces de police des cantons d'Uri et de Schwyz. Un port du Lac des Quatre-Cantons sera également évacué et plusieurs rues seront bouclées.

La nature des discussions entre le président russe et les membres du Conseil fédéral n'est elle pas connue. Dans une récente interview à la «Neue Luzerner Zeitung» (NLZ), le secrétaire d'Etat Michael Ambühl a expliqué que trois domaines de discussions allaient être abordés: les liens bilatéraux entre la Suisse et la Russie, les questions financières et économiques ainsi que la politique sécuritaire européenne.

La perspective d'un accord bilatéral de libre-échange fera également partie des discussions.

Droits de l'homme abordés

L'engagement de la Suisse dans les préparatifs des Jeux olympiques de Sotchi en 2014 sera un objet de discussion, a indiqué vendredi Serguei Netchaiev, responsable du secteur en charge de la Suisse au ministère russe des Affaires étrangères, dans un entretien accordé aux journalistes suisses à Moscou.

L'engagement concerne des infrastructures essentielles dans la station balnéaire de la Mer noire. Une rencontre devrait ainsi également avoir lieu avec le Comité international olympique (CIO).

La question des droits de l'homme sera directement abordée entre Dmitri Medvedev et le Conseil fédéral, a assuré vendredi le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz dans une interview au «Temps».

Partenaire de choix

L'économie en pleine expansion de la Russie et son poids sur la scène internationale en font un partenaire de choix pour la Suisse. Mais la Suisse n'est pas la seule a souhaiter de bonnes relations: pour Moscou, elle est plus qu'un petit Etat parmi d'autres au centre de l'Europe.

«La Suisse ne se situe en aucun cas à la périphérie des intérêts de la Russie», affirme le Directeur de la section en charge de la Suisse au Ministère russe des affaires étrangères, Serguei Netchaiev.

Le fait que la visite de Dimitri Medvedev la semaine prochaine soit la première d'un chef d'Etat russe en Suisse n'est pas un signe de désintérêt de la part du Kremlin, souligne M. Netchaiev. Les deux pays entretiennent un dialogue soutenu, rappelle-t-il. Surtout depuis la signature en 2007 d'un mémorandum d'entente réglant les relations bilatérales entre les deux pays.

La confiance règne

Le document porte sur la politique extérieure et de sécurité, les organisations internationales, ainsi que sur la justice, les migrations et l'énergie. Grâce à cet accord, sept consultations bilatérales ont déjà eu lieu depuis le début de l'année, indique le secrétaire d'Etat du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) Michael Ambühl.

Ces échanges ont permis de créer une solide base de confiance entre Berne et Moscou. Cette situation permet d'aborder des questions délicates, comme celle des droits de l'homme, écrit Michael Ambühl dans un texte sur les relations avec la Russie publié récemment. Mais les contacts politiques ne se limitent pas au niveau des experts. Une rencontre ministérielle est organisée au moins une fois par an.

Micheline Clamy-Rey et le ministre des affaire étrangères russe Serguei Lavrov se sont vus en juin à Berne pour une visite de travail. Pascal Couchepin et le ministre russe de la culture Alexander Avdeev se sont rencontrés en mars à Moscou pour signer une déclaration d'intention pour renforcer la collaboration culturelle entre les deux pays.

Serguei Netchaiev insiste de son côté sur le rôle primordial pour les relations bilatérales d'un groupe de travail permanent sur les questions économiques et techniques.

Intermédiaire dans le Caucase

Le fait que la Suisse représente les intérêts diplomatiques russes en Géorgie depuis la guerre en Ossétie du sud de l'été 2008 est un signe supplémentaire des bonnes relations russo-suisses.

«La Russie est très reconnaissante du travail effectué par la Confédération», a indiqué à la presse suisse à Moscou le chef de la section en charge des anciens pays de l'Union soviétique au Ministère russe des affaires étrangères Andrei Kelin. La Suisse apporte efficacement son expérience en matière de bons offices et des solutions concrètes, a encore salué M. Kelin.

Les efforts diplomatiques de la Suisse dans le conflit entre la Turquie et l'Arménie représentent une autre action de Berne appréciée du Kremlin. Selon Andreï Kelin, «ces efforts sont significatifs pour le développement politique du Caucase».

(ats)

Pas de tapis rouge sans langage clair

Amnesty International (AI), la Société pour les peuples menacés et Reporters sans frontières (RSF) ont demandé vendredi que le Conseil fédéral adopte un langage clair lors de la visite du président russe Dimitri Medvedev. Berne doit dénoncer les violations des droits de l'homme.

Le Conseil fédéral doit en particulier dénoncer les graves attaques dont sont victimes journalistes et défenseurs des droits humains, l'impunité qui prévaut dans tout le pays et le blocage par la Russie du processus de réforme de la Cour européenne des droits de l'homme.

Les militants des droits humains, les journalistes et les avocats sont constamment en danger, notamment en Tchétchénie, en Ingouchie et au Daghestan, affirment les trois ONG. Elles rappellent également le meurtre de Natalia Estemirova en juillet dernier.

«Les autorités russes détournent le regard plutôt que de traduire les coupabels en justice. Le Conseil fédéral doit intervenir auprès du gouvernement russe pour que soient menées des enquêtes sur ces meurtres. Les responsables doivent rendre des comptes», a déclaré la porte-parole d'AI Manon Schick.

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