Vitaa aux Docks: «La scène est un moment magique»
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Vitaa aux Docks: «La scène est un moment magique»

LAUSANNE. Révélée au grand public par son duo «Confessions nocturnes», avec Diam's, Vitaa défendra son album solo samedi aux Docks.

Quand avez-vous commencé à chanter ?

-J'ai eu un déclic très jeune, vers 12-13 ans, où j'ai commencé à chanter pendant des heures seules dans ma chambre en tombant sur les CD de soul américaine de mes parents. Je suis vraiment tombée fan de cette musique. Cela a commencé avec un disque d'Aretha Franklin et c'est comme cela que je suis tombée dans cette musique, cette couleur. Je crois qu'inconsciemment j'ai éduqué ma voix à cette musique et après, par la suite, parce que c'est ma génération, je me suis imprégnée des musiques que sont le rap et le r'n'b avec lesquelles j'ai grandi. A 15 ans j'ai intégré mon premier groupe de r'n'b dans la région lyonnaise, d'où je viens, avec lequel on a commencé à faire de nombreuses petites scènes et à maquetter des morceaux. Parallèlement j'ai commencé à faire mes morceaux en solo et j'ai croisé la route du rappeur Dadoo qui m'a fait chanter sur la compilation «Double Face 4». Depuis là, j'ai commencé à rencontrer plein de monde dans le hip-hop français, dont Diam's en 2002, et à bosser avec de nombreux rappeurs sur des refrains de leurs morceaux.

Mais dans votre jeunesse, vous chantiez plus pour vous ou vous avez pris des cours de chant ?

-Cela a toujours été une démarche égoïste, je n'ai jamais pris de cours de chant. J'ai commencé à écrire dès l'âge de 16 ans, c'est venu tout seul, c'était un besoin. Et c'est uniquement quand j'ai commencé à faire de la scène que j'ai pris conscience que chanteuse était un métier où l'on chantait pour les autres. Jusque là je chantais vraiment pour moi, pour me soulager parce que je suis partie jeune de chez mes parents, j'ai eu une vie de femme et des galères assez jeune donc j'avais plein de choses à raconter et j'ai pris mon stylo pour le faire mais pour moi, pour me libérer d'un poids.

Votre carrière est indubitablement liée à Diam's, cela vous pèse-t-il ?

-Je pensais que cela me poursuivrait bien plus que cela dans le sens où, oui, «Confessions nocturnes» a explosé et on ne pensait tellement pas que ce serait un tube, enfin moi je ne m'y attendais pas du tout. Après il y a eu la parodie, donc les gens ont beaucoup parlé de ça, mais à la sortie de mon album les gens ont arrêté de me parler de «Confessions nocturnes» pour me parler d'«A fleur de toi». Alors je ne sais si c'est parce qu'on en a vendu beaucoup les premières semaines ou si c'est parce qu'on a eu beaucoup de rotations radio et vidéo, mais je crois que le morceau a marqué beaucoup de gens, beaucoup de femmes parce que j'ai raconté une histoire qui m'était arrivée et je crois que plein de filles se sont retrouvées là-dedans. Et maintenant que mon album est sorti on me parle plus du disque que de «Confessions nocturnes» donc je pense qu'on a bien fait notre travail et qu'on a réussi à faire oublier le phénomène «Confessions nocturnes» - Diam's pour laisser la place à une vraie artiste, à un album , à des textes, à autre chose. C'est ce qui me faisait peur au début dans le fait d'être signée sur son label même si pour moi c'est une grande artiste, un modèle, je voulais un moment donné me détacher, et elle aussi me pousse à me détacher d'elle.

Par rapport à la parodie de «Confessions nocturnes», comment avez-vous réagi ?

-Je suis superbon public et je suis quelqu'un qui a beaucoup d'humour. Déjà j'ai été très impressionnée par le fait d'avoir été parodiée parce qu'il y a un an personne ne savait qui j'étais, j'étais une petite nana qui faisait des chœurs pour des rappeurs. Et là d'un coup je suis parodiée par Michael Youn et Pascal Obispo qui reprend ma mélodie et mon texte, ça fait bizarre. J'étais sous le choc. Et quand j'ai vu le clip j'étais morte de rire, je l'ai trouvé incroyablement bien fait, superdrôle, avec Diam's on était pétées de rire. Après ça a commencé à me gonfler un peu parce qu'à une période on ne me parlait que de ça en interview. Mais c'est tellement énorme d'être parodié qu'on ne peut pas mal le prendre, ce n'est pas possible.

Vous êtes la première artiste à être signée sur Motown France. Qu'est-ce que cela signifie pour vous puisque vous avez grandi avec la soul américaine ?

-Je me souviendrai toujours du jour où Diam's m'a annoncé la nouvelle. Cela faisait cinq ans qu'elle me disait « moi de toute façon je ferai partie de ton histoire de près ou de loin ». Moi j'avais démarché toutes les maisons de disques mais personne ne voulait me signer et elle m'a dit « il faut que je monte mon label pour te signer toi ». Un jour elle m'a appelé et m'a dit : « ça y est j'ai signé un label chez Universal, je suis directrice artistique du label Motown France et je veux que tu sois ma première artiste. » C'était magnifique, je ne pouvais pas rêver arriver plus prestigieusement. Et en même temps la pression a commencé à monter, je me suis demandé si j'avais le talent nécessaire, le droit d'avoir ce label sur mon disque. Pour moi c'est donc devenu un challenge, d'arriver avec un album qualitatif et que musicalement les gens se retrouvent et se disent on peut faire du r'n'b musical. Il faut arrêter de croire que c'est une sous-musique électronique, dans mon album tout est joué, sur scène tout est live avec des musiciens. Donc quand je réécoute mon album je me dit que je suis fière, qu'on a réussi à faire quelques chose de bien.

Dans votre album beaucoup de chansons parlent de vécu douloureux, est-ce quelque chose qui vous pèse encore actuellement ?

-C'est quelque chose qui m'a beaucoup pesé à une période où je suis partie de chez mes parents, alors que j'avais 17 ans et cela a duré jusqu'à mes 23 ans. Je me suis retrouvée dans des histoires compliquées par ma faute, j'ai fait des mauvais choix et ça me bouffait de l'intérieur, donc à un moment donnée je n'ai rien trouvé d'autre que mon stylo pour m'exprimer, raconter ces histoires. Au final j'ai donc raconté ma vie dans cet album et je me suis dit ça passe ou pas. Mais je pense que c'est ce qui a fait le succès de l'album: plein de femmes de mon âge, ou même plus, m'écrivent et me disent qu'elles se retrouvent dans mes morceaux. Aujourd'hui quand je l'écoute, j'ai presque de la peine pour la fille que j'étais à cette période. Et je me dit que j'ai vraiment passé un cap, j'ai évolué, j'ai grandi en tant que femme. Et c'est toute cette période noire qui fait à la fois la tristesse et la force de cet album.

Comment réagissez-vous à la chanson d'amour que Driver vous a dédié ?

-J'ai trouvé ça magnifique, sincèrement j'ai eu les larmes aux yeux. Par la suite j'ai appris par lui qu'il était sérieux et sincère dans sa chanson. Moi j'ai trouvé ça adorable, on ne m'avait jamais écrit une chanson de ma vie pourtant j'en écris à plein de mecs et je me rends compte que c'est supertouchant quand on parle de soi dans une chanson. Je lui ai répondu, je l'ai invité à mes concerts, je l'ai remercié. Et en dehors du fait que ça me touche, que c'est vraiment mignon, je trouve la chanson superbien écrite et marrante.

Et cela a débouché sur quelque chose entre vous ?

-(rires) Non pas du tout, c'est resté d'un point de vue professionnel mais c'est quelqu'un que je ne connaissais pas et que je trouve adorable. Il est vraiment courageux parce que dans le rap peu de mecs auraient fait ça, même pour rigoler, je trouve ça trop mignon.

Vous avez travaillé avec beaucoup de rappeurs, est-ce que cela vous a apporté quelque chose de différent dans l'approche musicale ?

-Je crois que je me suis vraiment construite à travers tous ces featurings, je me suis vraiment construit un nom. La plupart du public français m'a découvert parce que j'ai collaboré avec Sinik, Rohff, etc. J'ai aussi appris à écrire en studio rapidement, à écrire un refrain efficace, j'ai toujours rencontré des mecs en studio qui m'ont laissé la chance d'écrire, de faire mon truc, qui m'ont fait confiance. Je pense à Sinik qui est vraiment un mec qui me laisse carte blanche à chaque fois qu'on bosse ensemble. J'en ai vraiment tiré que des bonnes expériences, que des bons souvenirs. Ce sont des gens qui sont devenus mes amis avec le temps, que je vais inviter sur scène, c'est un vrai milieu que je côtoie encore. J'ai toujours été très bien accueillie par les rappeurs et je continuerai de bosser avec eux. Le rap c'est aussi ma musique et ma culture donc c'est tout bénéf pour moi toutes ces expériences.

Vous écrivez tous vos textes, alors que c'est assez rare dans la chanson, vous imaginez-vous écrire pour d'autres chanteurs ?

-Oui c'est ce que j'ai déjà fait, j'ai écrit pour Mélissa, une chanteuse r'n'b, et j'ai d'autres projets. Plein de gens me demandent des textes et je suis très touchée parce que le côté auteure est autant important chez moi que le côté chanteuse. J'adore écrire et là mon challenge c'est d'écrire pour des mecs. J'ai des projets avec Gage aussi. C'est un challenge vraiment pour moi d'arriver à me mettre dans la peau d'un mec et d'écrire pour un artiste masculin. Après je pense qu'avec le temps, après quelques albums, si un jour j'en ai marre d'être sous les feux de la rampe, je me dis que je pourrais bien rester juste derrière ma plume et écrire pour d'autres, c'est un truc que je kiffe faire.

Et là vous allez venir faire votre premier concert en Suisse ?

-Oui, je suis venue une fois faire un showcase dans un centre commercial à Genève et j'ai eu un accueil de malade, mais ce sera mon premier vrai concert en Suisse. Je reçois beaucoup de courrier de Suisse, parce que je réponds à tout mon courrier, je me rend compte qu'il y a pas mal de gens qui me soutiennent là-bas et c'est un truc qui me surprend. C'est là que je me dis que la musique est quand même quelque chose de magnifique.

Que ressentez-vous avant de monter sur scène ?

-Il y a un vrai trac qui reste durant les quinze premières minutes. Mais après c'est un moment magique, je voudrais que personne ne soit à ma place, je ressens des trucs qu'on ne ressent nulle part ailleurs. C'est une impression très particulière, la scène, que je découvre aujourd'hui parce que c'est ma première tournée. Je remarque que les concerts c'est vraiment magnifique, quand tout le public chante avec toi, connait tes morceaux par cœur, je crois que c'est ce que j'aime le plus dans ce métier.

Vous venez de Lyon, était-ce plus difficile de vous imposer ?

-Oui, je suis convaincue que c'est plus dur quand on vient de province. Là je suis à Paris depuis un an et demi, depuis l'enregistrement de l'album, mais je ne m'installerai jamais là-bas, ce n'est pas une ville faite pour moi. Je suis persuadée qu'il y a plein de gens en province qui sont très talentueux mais qui n'y arriveront jamais parce qu'il n'y a pas de structure et qu'ils ne sont pas à Paris. A un moment donné tu es obligée de monter à Paris, rien que pour démarcher. Je pense notamment au rap lyonnais, où il y a de nombreux artistes talentueux mais personne n'a percé.

Fabrice Aubert

A fleur de toi

Ma soeur

Toi

Confessions Nocturnes

feat Diams

Les Docks, sa 13, 21 h

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