Berne - Vive polémique sur la puissance des antennes 5G
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BerneVive polémique sur la puissance des antennes 5G

Une motion venue du PLR veut que le Conseil fédéral s’active pour réaliser le réseau. Le Collectif Stop 5G dénonce le dépassement des valeurs limites par les antennes adaptatives.

par
Eric Felley
Une installation avec de la 4G et de la 5G mobile sur le toit d’un immeuble à Sorengo au Tessin.

Une installation avec de la 4G et de la 5G mobile sur le toit d’un immeuble à Sorengo au Tessin.

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Dans une question traitée lundi, le conseiller national Thomas Aeschi (UDC/ZG) a critiqué la politique d’implantation d’antennes de Swisscom. Il soupçonne l’opérateur de vouloir multiplier par dix la puissance de rayonnement de ses antennes pour en réduire le nombre et économiser sur la location des sites. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga lui a répondu prudemment que les conditions de location sont convenues «selon les règles de l’économie de marché» et que le Conseil fédéral n’avait pas à mettre son nez là-dedans.

Elle a rappelé également que le rayonnement maximal était fixé dans la loi, qui protégeait la population des dommages éventuels des rayonnements, ajoutant que «la protection de la santé est également garantie avec la nouvelle réglementation des antennes adaptatives». Celles-ci peuvent en effet dépasser les valeurs limites jusqu’à dix fois. Le 23 février 2021, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a publié «un complément à l’aide à l’exécution de l’ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant (ORNI)», qui le permet.

Des exceptions sur une durée de 6 minutes

Les antennes adaptatives de nouvelles générations rayonnent uniquement en direction de l’utilisateur. De ce fait, l’OFEV estime qu’elles peuvent dépasser les valeurs limites pendant un certain temps, grâce à une moyenne pondérée sur six minutes de la puissance émise, sans que cela ne présente un danger pour les utilisateurs. Quand cette décision a été annoncée, les opposants à la 5G ont crié au scandale, dénonçant une augmentation détournée des valeurs limites.

Les opposants, réunis dans le Collectif Stop 5G, se sont mobilisés pour écrire à tous les parlementaires, pour qu’ils refusent dorénavant une motion de Christian Wasserfallen (PLR/BE), qui devrait être votée ce mercredi ou jeudi au Conseil national. Cette proposition du PLR demande que le Conseil fédéral crée les conditions pour que les opérateurs «déploient à l’échelle nationale un réseau 5G de grande qualité, à des coûts aussi bas que possible, dans les cinq prochaines années».

Un énorme potentiel

Cette motion témoigne de l’impatience des rangs bourgeois face à la résistance citoyenne au développement de la 5G. Les licences de téléphonie mobile ont été attribuées le 7 février 2019, mais depuis les mises à l’enquête d’installations d’antennes se heurtent à de très nombreuses oppositions. Le Conseil fédéral reconnaît que «la recherche de sites pour implanter les antennes constitue un enjeu majeur». Et il reste convaincu qu’un déploiement rapide de la 5G recèle un énorme potentiel dans de nombreux domaines: «cybersanté, agriculture intelligente, réalité virtuelle et augmentée, véhicules autonomes, production industrielle de pointe, drones, etc.»

Gare au stress oxydatif des cellules

Dans le message envoyé pour faire barrage à la motion Wasserfallen, les opposants expliquent que celle-ci induit, selon l’option choisie, une augmentation des valeurs limite à 11.5Vm et à 20Vm, au lieu des 5 à 6Vm en vigueur. Combinée avec la nouvelle réglementation pour les antennes adaptatives, on pourrait atteindre des pointes jusqu’à 36Vm et 64Vm.

Ils demandent au parlementaire de s’en tenir au principe de précaution: «L’effet des rayonnements non ionisants sur l’être humain ne se limite hélas pas à un effet thermique, notent-ils, et cela a été reconnu par BERENIS le groupe d’experts de la Confédération. En résumé, on peut dire que la majorité des études animales et plus de la moitié des études cellulaires donnent des indications d’une augmentation du stress oxydatif par les champs électromagnétiques haute et basse fréquence […], également dans la gamme des valeurs limites de l’installation».

«D’autres solutions existent»

Les opposants à la 5G ne sont pas contre la téléphonie: «Des solutions techniques existent, autres qu’irradier massivement toute une population pour des besoins non indispensables, écrivent-ils aux parlementaires. L’augmentation incessante du débit de données qui rendrait prétendument indispensable le déploiement de la 5G est due à plusieurs facteurs sur lesquels on peut agir. Par exemple, 70% du trafic mobile sont des vidéos à usage récréatif, dont on pourrait réduire la résolution par 2 sans impacter l’usager, qui ne verra même pas la différence sur son mobile, ainsi la quantité de données serait réduite d’un facteur 4. Et d’autres solutions existent encore. Augmenter la puissance n’est pas une solution viable ni techniquement, ni sanitairement, ni politiquement».

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