27.09.2020 à 08:28

Conflit Arménie/AzerbaïdjanAu moins 24 morts et une centaine de blessés

De nouveaux combats font rage entre les forces azerbaïdjanaises et la région séparatiste du Nagorny Karabakh. Le monde appelle à un cessez-le-feu.

Cette photo publiée par le ministère arménien de la défense montre un véhicule militaire azerbaïdjanais détruit par les forces arméniennes. Les deux pays se livrent de violents combats.

Cette photo publiée par le ministère arménien de la défense montre un véhicule militaire azerbaïdjanais détruit par les forces arméniennes. Les deux pays se livrent de violents combats.

KEYSTONE/AP

L’Arménie et l’Azerbaïdjan étaient au bord de la guerre dimanche, de nouveaux combats dans la région séparatiste azerbaïdjanaise du Nagorny Karabakh, soutenue par Erevan, ayant fait au moins 24 morts, une escalade qui suscite l’inquiétude internationale.

Alors que Moscou, qui livre des armes aux deux pays, fait office d’arbitre dans la région, le président russe Vladimir Poutine a appelé à tout mettre en œuvre «pour éviter une escalade» et à «mettre fin aux hostilités», les pires dans cette zone disputée depuis avril 2016, lorsque 110 personnes avaient été tuées.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a lui appelé «avec fermeté les parties à cesser immédiatement les combats, engager une désescalade des tensions et revenir sans délai à des négociations significatives». Il entend s’entretenir avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian. Washington a dans la foulée appelé les deux parties à «cesser immédiatement les hostilités». De son côté, le président français Emmanuel Macron a fait part dimanche de sa «vive préoccupation» et «a appelé fermement à la cessation immédiate des hostilités».

Lourdes pertes

Les belligérants se rejettent la responsabilité des combats. M. Pachinian a accusé son ennemi historique d’avoir «déclaré la guerre au peuple arménien» en attaquant le Nagorny Karabakh, région séparatiste en Azerbaïdjan, peuplée majoritairement d’Arméniens et qui échappe au contrôle de Bakou depuis la chute de l’URSS. Ilham Aliev a lui dénoncé une «agression» arménienne qu’il a promis de «vaincre».

Les deux camps échangent depuis dimanche matin des tirs d’artilleries, ont déployé des blindés et l’Azerbaïdjan a procédé à des bombardements aériens. Les autorités du Karabakh ont reconnu avoir perdu 17 soldats et plus d’une centaine d’autres ont été blessés. Deux civils ont également été tués.

Bakou n’a pas publié de bilan pour ses militaires, mais a fait état de la mort d’une famille azerbaïdjanaise de cinq personnes. Le ministère azerbaïdjanais de la Défense a assuré avoir conquis une demi-douzaine de villages sous contrôle arménien, des informations démenties par Erevan. Bakou a également revendiqué la prise d’une hauteur stratégique.

Le président de la république autoproclamée du Karabakh, Araïk Haroutiounian, a néanmoins admis que «des positions ont été perdues». Le ministère arménien de la Défense, a lui assuré qu'«environ 200 militaires azerbaïdjanais sont morts». Ces affirmations étaient invérifiables de source indépendante.

Tensions régionales

Un conflit majeur impliquant l’Azerbaïdjan, proche d’Ankara, et l’Arménie, proche de Moscou, pourrait entraîner l’intervention des puissances rivales dans la région du Caucase, la Russie et la Turquie. Les affrontements autour du Nagorny Karabakh, qui a fait sécession de l’Azerbaïdjan avec le soutien arménien, nourrissent les tensions régionales depuis plus de 30 ans.

Le Premier ministre arménien a dénoncé dès dimanche une «ingérence» turque dans le conflit. Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait auparavant promis d’aider Bakou «avec tous (ses) moyens» face à «l’agression» de l’Arménie. Les séparatistes ont également accusé Ankara d’avoir fourni armes et mercenaires.

Dans la foulée de Moscou, la France, médiatrice du conflit avec la Russie et les États-Unis dans le cadre du Groupe de Minsk, a appelé à cesser les hostilités, de même que Bruxelles et Berlin. Aucun camp n’a donné d’explication détaillée pour cette flambée de violence, chacun affirmant avoir répliqué aux provocations de l’autre.

Le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie dans la région du Nagorny Karabakh dure depuis longtemps (ici une patrouille de soldats arméniens en 2016)

Le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie dans la région du Nagorny Karabakh dure depuis longtemps (ici une patrouille de soldats arméniens en 2016)

KEYSTONE/AP PAN PHOTO

Les deux camps diffusaient par ailleurs des images des destructions infligées à l’ennemi. Erevan a publié notamment des images de chars adverses en flammes, quand l’armée azerbaïdjanaise diffusait celles montrant, depuis les airs, la destruction de trois engins militaires. Et l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont déclaré la loi martiale, Erevan décrétant même la mobilisation générale. À Bakou et dans d’autres grandes villes azerbaïdjanaises, un couvre-feu nocturne a été ordonné.

Dans le centre de la capitale arménienne, plusieurs dizaines de volontaires se sont rassemblés dimanche après-midi pour partir au front. Les autorités leur remettaient des uniformes avant de les conduire vers la zone de conflit quelque 300 km à l’est. «Nous nous attendions à ce que l’Azerbaïdjan commence une guerre (…) ils en parlaient tout le temps avec leur rhétorique guerrière. Et nous on s’est rassemblé ici pour aider, aller soutenir notre armée», a raconté l’un des volontaires, Grigor Barekian, 29 ans.

Un «conflit négligé»

Le Nagorny Karabakh a été le théâtre d’une guerre au début des années 1990 qui a fait 30’000 morts, et depuis lors, Bakou veut en reprendre le contrôle. Des pourparlers de paix sont dans l’impasse depuis des années, la communauté internationale considérant la région comme territoire azerbaïdjanais.

Des combats y éclatent régulièrement mais rarement d’une telle ampleur. En 2016, des heurts avaient failli dégénérer en guerre. Des combats meurtriers ont aussi opposé en juillet 2020 Arméniens et Azerbaïdjanais.

Olesya Vartanyan, experte du International Crisis Group, a estimé que cette nouvelle escalade s’expliquait notamment par l’absence d’une médiation internationale active depuis la crise de l’été. «Depuis le coronavirus, le conflit a été négligé, sans que des diplomates se rendent à Bakou et à Erevan même après les affrontements de juillet», a-t-elle regretté auprès de l’AFP.

(ATS/NXP)

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