#StopAsianHate - «Vogue» et le racisme, c’est «faites ce que je dis, pas ce que je fais»
Vogue / Condé Nast
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#StopAsianHate«Vogue» et le racisme, c’est «faites ce que je dis, pas ce que je fais»

Le magazine américain s’engage contre la discrimination des Asiatiques dans l’industrie de la mode. Pourtant, depuis 129 ans, ses couvertures disent le contraire.

par
Emmanuel Coissy

Philippe Lim et Prabal Gurung sont deux créateurs de mode américains dont la carrière est couronnée de succès. Le premier, né en Thaïlande, a des origines chinoises, le second est un Népalais qui a vu le jour à Singapour. C’est à ce titre que «Vogue» a publié, hier sur son compte Instagram, la vidéo d’une double interview des deux stylistes pour parler du racisme contre les Asiatiques dans l’industrie de la mode. Leur témoignage fait suite à un article publié le 24 mars sur le site de la revue américaine dans lequel deux jeunes rédacteurs asio-américains donnent la parole à des couturiers (Anna Sui, Carol Lim, Humberto Leon, Jason Wu) et à des mannequins (Soo Joo Park, Tao Okamoto, Mona Matsuoka), tous extrême-orientaux ou asio-descendants. Chacun relate son expérience du racisme et appelle à davantage d’ouverture.

Depuis deux semaines sur les réseaux sociaux, «Vogue» multiplie les posts où figurent des personnes d’origine asiatique, utilise le hashtag #StopAsianHate et diffuse des photos des manifestations antiracistes qui se déroulent actuellement dans les grandes villes des États-Unis. Ces mouvements d’indignations ont été provoqués par la fusillade survenue le 16 mars dernier à Atlanta. Un homme blanc a tué huit personnes dans trois salons de massage, six des victimes sont d’origine asiatique. Un crime haineux, sans doute lié au ressentiment «antichinois» latent aux États-Unis et renforcé par la pandémie de Covid-19.

En 2017, Liu Wen (à g.) est la première Asiatique en Une.

En 2017, Liu Wen (à g.) est la première Asiatique en Une.

Vogue / Condé Nast

Si l’intention de «Vogue» est louable, on peut légitimement s’interroger sur sa bonne foi. En effet, en 129 ans d’existence, jamais aucune femme originaire d’Extrême-Orient n’est apparue seule en couverture. La première fois qu’une Asiatique a eu cet honneur, c’était en… 2017! Il s’agissait du top model chinois Liu Wen qui posait avec six autres mannequins représentant la diversité. Il y avait bien eu un précédent, en 2014. Le top model Fei Fei Sun avait posé avec huit consœurs sur une couverture dépliante (photo en tête de cet article), mais, du fait de sa position sur le cliché, la Chinoise ne figurait pas en Une. En 2019, l’actrice coréenne Bae Doo-na apparaissait, elle aussi, dans une mise en scène chorale. On est donc tenté de croire que, chez «Vogue», c’est «faites ce que je dis, pas ce que je fais». À moins qu’une véritable prise de récente ait amorcé des changements dans les choix éditoriaux du magazine le plus puissant de l’industrie de la mode.

Bae Doo-na (à g.), numéro d’avril 2019.

Bae Doo-na (à g.), numéro d’avril 2019.

Vogue / Condé Nast

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