Genève: Voici comment le frelon asiatique est traqué jusque dans son nid

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GenèveVoici comment le frelon asiatique est traqué jusque dans son nid

Vendredi soir, un deuxième nid a été neutralisé par les pompiers. Les autorités veulent contenir la progression de l’insecte.

par
Maria Pineiro

Les pompiers neutralisent un nid de frelons

SIS

Perchée à une dizaine de mètres de hauteur, se découvre, attachée dans les branches d’un arbre, une grosse boule oblongue, de couleur argile. A première vue rien de bien inquiétant, sauf à regarder de plus près les insectes qui s’activent autour. Il s’agit là du deuxième nid de frelons asiatiques découvert à Genève depuis cet été. «Il est de taille respectable, pouvant sans doute abriter 2 à 3000 spécimens», juge Gottlieb Dandliker, inspecteur cantonal de la faune. L’animal, plus foncé que son cousin européen, est aussi «plus dangereux pour les colonies d’abeilles qu’il attaque grâce à une redoutable habileté au vol stationnaire», détaille Pascal Desjacques, inspecteur cantonal des ruchers, et parce que celles-ci «ne savent pas se défendre face à lui», complète Gottlieb Dandliker. De fait, le frelon asiatique est considéré comme «une espèce envahissante» car exempt de prédateurs. Faute de pouvoir lui barrer la route, les autorités souhaitent limiter ou ralentir sa propagation sur le territoire helvétique.

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SIS/Etat de Genève/mpo

Vendredi soir, à la tombée de la nuit, plusieurs véhicules de pompiers ont investi un petit chemin résidentiel de Pregny-Chambésy. C’est ici que le deuxième nid genevois a été repéré par les spécialistes après des observations d’apiculteurs dont les ruches avaient été attaquées dans les environs, puis d’habitants. «J’en ai tué plusieurs ces derniers temps, raconte une proche voisine. A croire qu’ils appréciaient particulièrement une plante de notre jardin.» Ces constats ont permis de lancer la traque. Une chasse au frelon d’abord artisanale: «On les repérait, puis ont tentait de les suivre et de faire de la triangulation pour trouver les nids», explique Gottlieb Dandliker. Mais la méthode se révèle trop aléatoire. Dans un deuxième temps, les spécialistes sont passés à une traque hautement technologique, grâce à des radio-émetteurs miniatures qui permettent d’identifier le lieu dans lequel le nid a été construit (lire ci-dessous).

Miniaturisation

Les spécialistes ont grandement été aidés par la miniaturisation de la technologie. Concrètement, le Service de la faune a acheté une dizaine de petits radio-émetteurs qui sont posés sur les frelons. «On les attrape, puis on les endort durant 7 minutes en les mettant dans un bac de glace pilée, détaille Goettlib Dandliker. Une fois ressortis, on a une minute pour attacher l’émetteur autour de la taille du frelon avec du fil à coudre.» Il ne reste plus qu’à le suivre, en temps réel jusqu’à son nid. «Nous sommes à la limite des possibilités, tempère Pascal Desjacques. L’émetteur pèse quelque 250 milligrammes quasiment le même poids que l’insecte. De fait, il nous faut ruser pour qu’il reprenne son envol, en le plaçant en hauteur. C’est juste, mais ça marche.» une fois l’arbre repéré, le nid doit encore être trouvé visuellement, ce qui n’est pas évident, car il peut être parfaitement dissimulé.

Après avoir revêtu une combinaison intégrale en cordura, qui permet de se protéger du «dard du frelon qui peu atteindre 6 à 8 millimètres», précise le sergent-chef Philippe Griess, pompier formé spécialement, lui et son collègues montent dans la nacelle. Les deux sapeurs sont équipés d’une perche qui peut atteindre dix -huit mètres de longueur. Au bout, une sorte de harpon troué à plusieurs endroits. «Nous allons percer le nid, puis injecter du dyoxide de souffre. Lors de la première injection, les frelons vont sortir pour défendre leur maison, d’où la protection, poursuit le professionnel. Nous répéterons l’opération jusqu’à trois fois afin de nous assurer que tous les insectes sont morts.» Cette manipulation se fait à la tombée de la nuit, afin de pouvoir tuer tous les insectes de la colonie qui rentrent se coucher une fois le soleil disparu.

Eclairés par leurs collègues, les deux pompiers percent le nid. Immédiatement, les frelons sortent. Mais sonnés par le gaz. ils tombent comme des mouches sur le bitume, vite ramassés et mis dans un bocal d’alcool par les naturalistes. «Nous arrivons à temps, se réjouit Gottlieb Dandliker. Nous avons repéré plusieurs mâles, ce qui signifie que la colonie était prête à se disperser avant l’arrivée de l’hiver. Au printemps prochain, plusieurs jeunes reines auraient pu fonder de nouveaux essaims et autant de nids.» L’opération terminée, le nid doit encore être détaché. Il sera donné au Musée d’histoire naturelle qui en a fait la demande. Du côté des pompiers, qui ont mené à bien l’opération, on se montre satisfait. «Nous avons anticipé et sommes formés depuis dix ans, détaille le lieutenant Nicolas Millot, porte-parole. Les événements confortent notre choix.»

Quant aux abeilles, principales victimes de l’arrivée non-désirée du frelon asiatique, il faudra, dans les années à venir, préparer leur protection. «En France, pays dans lequel l’insecte est très présent, ils ont notamment créé des grillages autour des ruches ou mis au point des pièges pour attraper les jeunes reines au printemps. Il nous faut maintenant nous renseigner, afin de trouver les solutions les plus adéquates», conclut Gottlieb Dandliker.

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