Actualisé 15.10.2013 à 11:49

Bling-bling en Allemagne

Voici les photos qui embarrassent le St-Siège

Un évêque bling-bling, au cœur de plusieurs scandales, tente de sauver sa mitre par tous les moyens. Apôtre d'une Eglise pauvre, le pape François doit statuer bientôt sur son cas.

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arg/ofu/afp

Test délicat pour le pape François de sa volonté d'une Église pauvre : l'évêque de Limburg, surnommé en Allemagne «l'évêque de luxe» pour ses dépenses somptuaires, est à Rome et son sort devrait être scellé cette semaine au Vatican. Franz-Peter Tebartz-van Elst, titulaire de ce riche diocèse du sud-ouest de l'Allemagne, à la baignoire de 15'000 euros, est arrivé discrètement dimanche à bord d'un vol à bas prix de Ryanair pour des entretiens au Vatican. Le Saint-Siège a indiqué ne pas savoir si l'évêque le plus détesté d'Allemagne rencontrera le pape argentin qui prêche sans cesse pour une «Église pauvre pour les pauvres».

Autocritique demandée

Le président de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Robert Zollitsch, qui rencontre le pape cette semaine pour discuter entre autres de cette affaire, a demandé lundi à l'évêque d'exercer «l'autocritique». Les reproches sur sa politique dépensière et une attitude arrogante ne doivent pas rester «sans conséquences», a-t-il dit.

Mgr Tebartz-van Elst, 53 ans, que de nombreux catholiques allemands appellent à démissionner, a fait construire un siège épiscopal doté d'un musée, de salles de conférence, d'une chapelle et d'appartements privés.

Baignoire de 15'000 euros

Le projet, décidé par son prédécesseur et évalué initialement à 5,5 millions d'euros, a vu sa facture finale grimper à 31 millions d'euros. Selon les médias allemands, l'évêque a longtemps cherché à dissimuler le coût réel des travaux qui ne cessait de croître. Ses appartements auraient notamment coûté la bagatelle de 2,9 millions d'euros, avec une salle à manger de 63m2 et une baignoire de 15'000 euros. Le montant des travaux pourrait même atteindre 40 millions d'euros, selon Die Welt.

Le parquet de Hambourg (nord) a demandé une ordonnance pénale car il l'accuse d'avoir menti sous serment: la justice met en cause des déclarations à Der Spiegel à propos d'un voyage en Inde, pour rendre visite à des pauvres. Voyage effectué en classe affaires, selon ce qu'a raconté à l'hebdomadaire Mgr Tebartz-van Elst. Mais sous serment, il a ensuite assuré avoir refusé de répondre à la question du journaliste.

«Le serviteur de Dieu qui coûte cher»

«Nous prenons cette affaire très au sérieux» mais «les gens attendent de la clarté pas une réaction précipitée», a commenté Mgr Zollisch devant un attroupement de journalistes allemands, en rappelant que des experts désignés par l'Église sont chargés de passer au peigne fin les budgets du diocèse.

Mgr Tebartz-van Elst, qui a dit vouloir remettre son destin entre les mains du pape et qui aurait plusieurs défenseurs au Vatican, est aussi critiqué pour un style arrogant. Le contraire de ce que François recommande sans cesse en prêchant proximité, simplicité et dépouillement.

Le Vatican a envoyé mi-septembre un observateur, le cardinal italien Giovanni Lajolo, qui devait remettre son rapport. Rien n'est toutefois certain quant à une démission éventuelle. En Allemagne, l'affaire faisait la Une des journaux télévisés et du Spiegel sous le titre: «le serviteur de Dieu qui coûte cher».

Merkel dénonce un «poids pour la communauté catholique»

La chancelière Angela Merkel, fille d'un pasteur protestant, a estimé que la situation constituait «un poids pour la communauté catholique». Sur les discussions à Rome, elle a assuré, via son porte-parole Steffen Seibert: «le gouvernement n'a naturellement aucune indication ni aucun conseil» à donner. «Mais je peux exprimer l'espoir qu'il y aura une solution pour les croyants, pour la confiance des gens dans leur Église».

«Un cancer, une lèpre»

François a demandé à l'Église de se dépouiller matériellement mais aussi «spirituellement», la «mondanité spirituelle» de ceux qui parlent des pauvres «en buvant le thé» étant selon lui «un cancer, une lèpre».

Les Églises en Allemagne sont bénéficiaires d'un impôt qui les rend bien plus riches que dans les pays voisins. Elles financent de multiples associations, écoles, missions, projets de développement. Déjà Benoît XVI avait fustigé en 2011 lors d'une visite dans son pays une Église efficace et organisée mais souvent sans âme.

Depuis qu'il est pape, François n'a pas pris de mesures spectaculaires contre la richesse de certaines Églises. Mais il a accepté en septembre la démission d'évêques slovènes eux aussi très dépensiers, et engagé une réforme des finances du Vatican.

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