Delémont (JU): Voisins indésirables: «Ils ont essayé de nous tuer»
Actualisé

Delémont (JU)Voisins indésirables: «Ils ont essayé de nous tuer»

Un couple injurieux qui habitait à côté d'un ministre jurassien est accusé d'avoir dévissé les roues de la voiture familiale que ce dernier conduisait.

par
Vincent Donzé
Pour accéder à leurs deux garages, le ministre et sa femme utilisaient leur droit de passage sur la parcelle de leurs voisins.

Pour accéder à leurs deux garages, le ministre et sa femme utilisaient leur droit de passage sur la parcelle de leurs voisins.

DR

Le jeune couple immature qui empoisonnait à Delémont (JU) la vie de Martial Courtet et sa famille a déménagé cet hiver dans une autre commune jurassienne, mais la justice l'a rattrapé.

Pas pour le vacarme infligé au voisinage pendant deux ans, mais pour les insultes, les menaces et surtout, pour avoir prétendument dévissé deux roues de la voiture familiale conduite le 13 juillet 2017 par le ministre avec à son bord sa femme enceinte, leurs deux filles et un ami.

Avant le procès de ce lundi, neuf riverains d'un beau quartier avaient obtenu de la justice civile un ordre d'expulsion visant le couple indésirable. La police était prête à intervenir cet hiver, mais celui-ci s'en est allé sans bruit le mois dernier, avec leur fille de deux ans.

Conflit exacerbé

Les plaintes des riverains dénonçaient des chiens qui gueulent, des portes qui claquent et des insultes qui fusent. Mais le conflit de voisinage s'est exacerbé pour déraper le fameux 13 juillet 2017: ce jour-là, à midi, pendant que l'épouse du ministre passait chez elle, deux roues de sa Citroën auraient été dévissées.

Alors qui a desserré les dix boulons des roues du véhicule? Aucune perquisition n'a été effectuée, pas plus qu'une prise ADN, mais pour le ministre, l'implication de ses voisins d'alors ne fait pas un pli.«Ma première réaction a été: «ils ont essayé de nous tuer!», a indiqué Martial Courtet au juge Laurent Margot, en précisant n'avoir jamais été menacé par d'autres personnes. Réplique de la défense: «Quand les boulons ont-ils été dévissés et par qui? Rien dans le dossier n'indique à quelle vitesse ils se dévissent en roulant et s'ils peuvent tomber.»

«Les sentiments de haine étaient dirigés contre l'épouse», a pour sa part précisé la procureure Frédérique Comte, en qualifiant le dévissage de «délit manqué de lésions corporelles graves». Pourquoi tant de haine? «C'est inexplicable», a ajouté l'avocate du ministre, sur fond de lutte de classes. «Ça vibrait, on s'est arrêté une première fois, puis une seconde», a témoigné l'épouse du ministre.

En empoignant les roues du côté droit de la Citroën Picasso, le ministre, qui a fait huit ans de boxe, a constaté du jeu. «Que se serait-il passé si Martial Courtet s'était engagé sur l'autoroute?», s'est demandé la procureure. «Moi au volant, sans signal au compteur, je ne me serais pas arrêtée», a dit en substance l'épouse du ministre.

Droit de passage

Au bénéfice d'un droit de passage pour accéder «aisément» à ses deux garages, le ministre et son épouse trouvaient régulièrement des obstacles sur la parcelle des voisins. Lorsqu'il s'agissait de conduire les filles à la crèche avant d'aller au travail, il fallait parfois contourner une remorque ou une voiture, quand le passage n'était pas totalement obstrué par le voisin, dans son habit de garagiste amateur. Quand elle a sonné chez ses voisins pour faire déplacer un bus, l'épouse du ministre s'est entendue dire: «Qu'est-ce qu'elle nous fait chier cette pétasse?».

Le quotidien du ministre a changé, sa présence auprès de son épouse s'imposant davantage le soir par crainte d'une agression. Les fenêtres restaient fermées et une porte d'accès a été aménagée pour passer du garage à la maison. Les insultes étaient grossières en présence des deux fillettes de deux et quatre ans: «Je vais te tuer, sale pute». Devant le juge, la voisine a présenté ses excuses en sanglotant: «Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour les injures», ont été ses mots.

Voisine «hystérique»

«Je n'ai pas tourné la page», a indiqué l'épouse du ministre, harcelée pendant deux ans par une voisine jugée qualifiée d'«hystérique». «Je reconnais que ça n'a pas dû être facile d'être nos voisins», a reconnu ladite voisine, capable de «très vite s'emporter». Cette dernière a pleuré en évoquant le désamour de sa mère et une fausse-couche vécue en été 2017. Le juge a tenté une conciliation, mais les plaignants ont refusé, les prévenus n'ayant pas admis le sabotage de la voiture, un délit poursuivi d'office.

Dès lors, que risque le couple d'assistés sociaux qui disent avoir baissé le ton dans leur nouveau logis? La procureure a requis contre lui 16 mois de prison avec sursis pendant trois ans, et contre elle 18 mois avec sursis pendant deux ans. S'y ajoutent 15 jours-amende pour lui et 60 jours-amendes pour elle, avec sursis.

L'argent n'effaçant pas les souffrances vécues, comme l'a indiqué leur avocate, le ministre et son épouse réclament également un franc symbolique à chacun des deux prévenus. Comme la défense réclame l'acquittement des voisins, sauf pour les injures admises, personne n'a ouvert son porte-monnaie.

Ton opinion