Environnement – Voitures hybrides: un ingénieur critique vertement l’étude
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EnvironnementVoitures hybrides: un ingénieur critique vertement l’étude

Un spécialiste valaisan de l’énergie estime que l’étude qui conclut que les véhicules plug-in hybrides polluent et consomment plus que la norme est biaisée. L’auteur de l’étude réplique.

par
Christine Talos
Selon l’étude, les véhicules hybrides plug-in seraient très éloignés de leurs promesses de consommation et ne présentent que de légers avantages (voire aucun) par rapport aux véhicules classiques.

Selon l’étude, les véhicules hybrides plug-in seraient très éloignés de leurs promesses de consommation et ne présentent que de légers avantages (voire aucun) par rapport aux véhicules classiques.

Impact Living

Une étude sur la consommation des voitures hybrides rechargeables a fait grand bruit mercredi dans la presse. Mandatée par le Canton du Valais, elle affirmait que les émissions de CO2 de ces véhicules étaient nettement supérieures aux valeurs indiquées par les constructeurs et qu’ils consommaient parfois autant que les véhicules diesel. L’auteur de l’étude, l’entreprise Impact Living, estimait même qu’il y avait «arnaque aux consommateurs». La critique a été telle que le Valais a décidé de supprimer la prime accordée sur l’achat de ces véhicules.

Cette étude fâche Arnaud Zufferey, un ingénieur EPFL spécialisé dans la transition énergétique, à la tête de la société de conseil Olika, également en Valais. Sur son blog, cet ancien professeur à la HES et qui a travaillé au Service de l’énergie du Valais l’estime «biaisée» à plusieurs titres. Il a d’ailleurs écrit au conseiller d’État valaisan Frédéric Favre pour demander des explications. «Je trouve étonnant qu’une telle étude ait non seulement été validée par vos services, mais qu’en plus elle ait servi de base à une décision d’une telle ampleur», lui a-t-il fait savoir.

Étude «biaisée» et «à charge»

En effet, pour Arnaud Zufferey, l’étude n’a d’abord récolté des données qu’en été. «Or, la consommation d’un véhicule est plus élevée à cette saison à cause de la climatisation», relève-t-il. Ensuite, elle ne passe au crible que des gros SUV hybrides et sur les 20 véhicules analysés, 15 sont du même modèle, un modèle qui ne fait en plus pas partie du top 15 des véhicules plug-in hybrides les plus vendus, souligne-t-il. «Ce modèle est donc non seulement surreprésenté, mais peu représentatif des ventes en Suisse. Or, si on regarde les données des autres voitures testées, certaines s’en sortent très bien avec des consommations faibles, parfois de 1 litre aux 100 km seulement.»

Il estime donc que l’étude est «à charge». Selon lui, «elle est peu objective et scientifique, et ses conclusions ne correspondent pas aux données». Ce qui l’énerve, c’est qu’«on généralise du coup le fait que les plug-in hybrides sont tous polluants et peu fiables, uniquement sur la base de quelques modèles testés en Valais par des conducteurs qui ne savent pas les utiliser», critique-t-il. Ce n’est donc pas pour autant qu’il faut affirmer que les plug-in hybrides n’apportent rien et ils restent préférables à des voitures classiques, estime-t-il.

Pour l’ingénieur, «l’étude enfonce des portes ouvertes. On sait que quelqu’un qui utilise mal sa voiture n’atteint pas l’efficience promise par les constructeurs». Et pour les plug-in hybrides, leur utilisation est déterminante. «Si vous avez un tel véhicule, il faut le recharger tous les jours, car son autonomie est très faible. Si vous ne le faites pas, la voiture est alors plus polluante. Or, nombre de conducteurs ne rechargent pas leur véhicule. Certains constructeurs s’en sont d’ailleurs aperçus. Ils misent désormais sur une meilleure formation des automobilistes, et réfléchissent à indiquer sur le tableau de bord par exemple que la consommation n’est pas optimale.»

Une réaction «hyperémotionnelle»

Ces reproches sévères font bondir le fondateur d’Impact Living, l’ingénieur en énergies Marc Muller. «Je ne comprends pas cette réaction hyperémotionnelle, dit-il. Un ingénieur ne critique pas en deux heures une étude qui a pris une année, sans le faire via une contre-analyse qui arriverait à d’autres résultats.» Et il l’assure: «Il n’y a aucune erreur possible sur notre étude qui a été validée par des études précédentes et même par l’Office fédéral de l’énergie.»

Marc Muller démonte point par point les critiques d’Arnaud Zufferey. Il relève d’abord que le but de l’étude n’était pas de tester tous les véhicules du marché. «L’idée était de se demander si en montagne les plug-in hybrides n’avaient pas une chance d’être meilleurs que ce qu’on prétendait», explique-t-il. «Nous pensions en effet que c’était une bonne chose de les soutenir en Valais car ils récupèrent de l’énergie à la descente, que les gens font avec des trajets plus courts et prennent moins l’autoroute, etc.», continue-t-il.

«Ce qui nous intéresse c’est la moyenne»

Selon Marc Muller, les auteurs de l’étude ont donc décidé de contrôler la consommation en situation réelle et de prendre plusieurs fois le même modèle de véhicule afin de vérifier le comportement de conducteurs lambda. Et il admet: «On voit qu’il y a des différences massives entre une personne qui va conduire hyperbien sa voiture et qui fera des petits trajets, et une personne qui fait beaucoup d’autoroute, dit-il. On ne cache pas que certains obtiennent de bons résultats. Mais ce qui nous intéresse, c’est la moyenne. Or en moyenne, les performances de ces véhicules sont bien moins bonnes qu’annoncé.» Et d’ajouter: «Dire qu’on a choisi des conducteurs qui utilisent mal leur voiture, c’est n’importe quoi!»

Dernier argument d’Arnaud Zufferey que balaie Marc Muller: la question de la climatisation en été. «D’abord l’été dernier on a eu un été pourri, donc la clim a été très peu utilisée. Puis le rendement pour faire du froid avec une hybride est meilleur qu’avec une voiture thermique, il devrait le savoir. Donc si l’étude était biaisée, ce serait en faveur des hybrides», critique-t-il. Et de conclure: «Finalement, nous ne faisons que constater qu’avec les plug-in hybrides, les importateurs esquivent des amendes d’un montant astronomique en mettant des véhicules polluants sur le marché tout en affirmant qu’ils font du 2 litres aux 100 km, ce qui n’est pas le cas.»

L’ATE demande la fin des avantages fiscaux

À la suite de l’étude d’Impact Living, l’Association transports et environnement (ATE) demande aux cantons qui accordent actuellement des avantages fiscaux à ces véhicules hybrides de cesser de les subventionner, et de mettre fin immédiatement à ces pratiques nuisibles au climat. «On induit en erreur la clientèle des voitures hybrides rechargeables», estime l’ATE dans un communiqué jeudi. «On leur promet une consommation de carburant modérée et des émissions de CO2 faibles – pour un prix d’achat du véhicule relativement élevé – alors que la réalité est tout autre», relève-t-elle.

L’ATE invite tous les cantons à revoir leurs mesures de promotion ou leur système d’imposition des véhicules à moteur. En effet, les hybrides rechargeables profitent injustement de primes et de rabais fiscaux ou sont taxées de façon insuffisante par rapport à leurs émissions de CO2, sachant que celles-ci sont bien supérieures dans la réalité.

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