Faire voler des avions à l’hydrogène sera possible en 2030

Publié

VoyageVoler à l’hydrogène: «tout à fait possible pour 2030»

Easyjet et Rolls-Royce travaillent sur un moteur à zéro émission de CO2. Un professeur de l’EPFL se dit optimiste. 

par
Jérôme Faas
Le moteur hydrogène à combustion AE2100 de Rolls-Royce est sur le point d’être essayé à Boscombe Down (GB), le site de test de la Royal Air Force.

Le moteur hydrogène à combustion AE2100 de Rolls-Royce est sur le point d’être essayé à Boscombe Down (GB), le site de test de la Royal Air Force.

Rolls-Royce

La course au voyage décarboné est lancée. Lundi, Easyjet a affiché son objectif: une aviation à zéro émission de carbone d’ici à 2050. Pour ce faire, la compagnie a noué un partenariat avec Rolls-Royce pour développer des «moteurs hydrogène à combustion pour les monocouloirs», c’est-à-dire pour les courts et moyens courriers. Le constructeur aéronautique britannique «s’approche d’une étape décisive», explique Easyjet, à savoir les premiers essais au sol.

En effet, Rolls-Royce indique qu’il va mener d’ici à la fin de l’année «une série complète d’essais sur banc de ses moteurs pour prouver que le carburant peut fournir de l’énergie en toute sécurité et de manière efficace aux avions de petite et moyenne taille à partir du milieu des années 2030». Différents tests ont déjà été effectués à Bristol et Trondheim, explique la société. «Ils ont confirmé que le système fournissait plus de 1,5 mégawatt de puissance – une première dans le secteur de l’aviation.» 

Easyjet place de grands espoirs dans cette technologie à hydrogène. L’opérateur estime que de toutes les options de vol zéro émission, il s’agit de celle «qui présente le plus grand potentiel de décarbonation pour une compagnie aérienne court-courrier». Il rappelle que «l’hydrogène n’émet pas de carbone sur les phases opérationnelles», et qu’il a aussi «le potentiel de réduire de manière significative les émissions autres que le CO₂ générées par les vols».

«Aucune barrière technologique majeure»

Pour Hubert Girault, professeur honoraire de chimie physique à l’EPFL, faire voler des avions grâce à l’hydrogène est «une bonne idée», qui plus est «tout à fait réalisable pour 2030», sachant qu’il «n’existe aucune barrière technologique majeure». Les avions fonctionnent grâce à des moteurs électriques, à combustion ou à turboréacteur, et «ces différents types peuvent être adaptés à l’hydrogène», utilisé comme combustible.

Plusieurs défis existent cependant, explique Hubert Girault. D’abord, «quand on fait brûler de l’hydrogène, on produit de l’eau, qui est corrosive à haute température». La taille du réservoir constitue une autre problématique, sachant que l’hydrogène peut être conditionné soit sous forme gazeuse comprimée, soit, même pour les avions, sous forme liquide.

Le gros enjeu: la production d’hydrogène

La production de l’hydrogène vert par électrolyse de l’eau constitue peut-être le plus gros enjeu. «Jusqu’à présent, les compagnies d’aviation étaient en attente, car il n’existait pas d’infrastructures de production.» Mais la donne est en train de changer: l’Europe et plusieurs grosses sociétés (par exemple TotalEnergies associé à Engie, ou Siemens associé à Air Liquide) investissent actuellement des milliards pour construire des «gigafactories».

Le prix des billets, la grande inconnue

«Il est question pour l’Europe de bâtir des usines d’une puissance totale de 40 gigawatts, soit l’équivalent de vingt barrages de la Grande Dixence, d’ici à 2030. Elles seront à même de produire jusqu’à 10 millions de tonnes d’hydrogène par an», expose le scientifique. Elles seront basées «soit en Europe du Nord, pour le vent, soit en Europe du Sud, pour le soleil. La limitation actuelle, c’est la fabrication des électrolyseurs, qui nécessite d’énormes investissements.» Le dernier enjeu sera constitué par la distribution de l’hydrogène, qui peut être réalisée par pipeline. «L’Europe y travaille très fortement.»

Reste à savoir, si les avions propulsés à l’hydrogène devaient se généraliser, quel serait l’impact sur le prix des billets. Et ça, c’est la grande inconnue, «sachant que le prix de l’électricité dictera celui de l’hydrogène».     

Voitures, camion, bateau: on s’y met

En mai 2022, Migros présentait son camion de 40 tonnes propulsé à l’hydrogène.

Ton opinion

85 commentaires