Actualisé 15.01.2016 à 08:49

Banques privées

Volonté d'un meilleur accès au marché

Les banques privées et de gestion suisses demandent une amélioration des conditions cadres.

Boris Collardi, président de l'Association de banques suisses de gestion (ABG) et directeur général de Julius Baer.

Boris Collardi, président de l'Association de banques suisses de gestion (ABG) et directeur général de Julius Baer.

photo: Keystone

Les banques privées et de gestion suisses s'inquiètent des conséquences de la surévaluation du franc. Pour y faire face, elles demandent une amélioration des conditions cadres, notamment en termes d'accès au marché.

«Du fait de notre modèle d'affaires, la structure de nos coûts et de nos revenus est très semblable à celle des entreprises traditionnelles, telles que l'industrie des machines, l'horlogerie ou le tourisme», a souligné jeudi devant les médias Boris Collardi, président de l'Association de banques suisses de gestion (ABG) et directeur général de Julius Baer.

Le produit brut dégagé par le secteur - qui se considère comme une industrie d'exportation - a en effet reculé de 5,6% à 25 milliards de francs entre la décision à la mi-janvier de la Banque nationale suisse (BNS) d'abolir le taux plancher et fin 2015, ont relevé l'ABG et l'Association suisse des banquiers privés (ABPS). Le volume des actifs sous gestion s'est contracté dans les mêmes proportions.

«La majeure partie des positions que nous gérons sont en effet libellées en monnaies étrangères et il en va de même pour les produits qu'elles engendrent», a expliqué le directeur général de Julius Baer. Ce dernier met donc en garde contre un «processus de délocalisation insidieux» dans les branches exportatrices traditionnelles.

Impact du taux négatif

De nombreuses banques privées sont en outre affectées par l'introduction du taux d'intérêt négatif, même si son impact dépend du modèle d'affaires, de la diversification monétaire des dépôts des clients, ou de l'engagement dans le domaine des crédits. Sans avancer de montant précis, Boris Collardi a toutefois évoqué un préjudice de «plusieurs centaines de millions» pour la branche.

Face à ces dangers, les banquiers privés espèrent des autorités suisses qu'elles renoncent à l'introduction de règles plus sévères qu'au niveau international et qu'elles appliquent les mêmes normes concurrentielles. Mais avant tout, ils réaffirment leur besoin d'un libre accès aux principaux marchés d'exportation, notamment européen.

Trois pistes à suivre

Pour ce faire, trois pistes doivent être poursuivies parallèlement. Il s'agit tout d'abord de conclure autant d'accords bilatéraux que possible avec des pays européens d'importance stratégique, «à l'instar de celui conclu avec l'Allemagne».

«Nous devons également nous assurer que notre législation est équivalente aux directives de l'Union européenne (UE) sur les principaux éléments de la réglementation des marchés financiers», a poursuivi M. Collardi. Enfin, à long terme, il faudrait examiner dans quelle mesure un accord global sur les services financiers serait envisageable.

Celui-ci ne doit toutefois pas être ratifié à n'importe quel prix, mais dans l'intérêt mutuel des parties et en exploitant les marges de manuvre dans les négociations. «Un tel projet n'est toutefois pas réalisable à court terme, a tempéré Yves Mirabaud, associé senior de la banque éponyme et président de l'ABPS.

Pas d'échange automatique en Suisse

En ce qui concerne le secret bancaire, ce dernier a souligné que l'entier du secteur approuve le passage à l'échange automatique d'informations avec des pays étrangers. Il ne doit en revanche pas être appliqué à l'intérieur des frontières helvétiques, puisque «chaque Etat est libre de définir la façon de s'assurer que ses citoyens remplissent leurs obligations fiscales».

Les banquiers privés ne se prononcent toutefois pas sur l'initiative «Oui à la protection de la sphère privée», qui réclame l'inscription dans la constitution du droit à la protection de la sphère privée, notamment financière. Son but est d'éviter que les cantons puissent exiger des banques qu'elles fournissent des informations concernant un client suisse en cas de soustraction fiscale et non plus seulement en cas de fraude.

Selon le résultat de cette initiative, les obligations fiscales continueront d'être garanties par l'impôt anticipé, ou alors un changement de cap s'amorcera vers davantage de transmission des données bancaires, selon M. Mirabaud. «Notre secteur s'accommodera des deux issues possibles, mais devra disposer d'un système fiscal cohérent».

En cas d'acceptation de l'initiative, l'approche actuelle basée sur un impôt anticipé devra être poursuivie, en évitant d'alourdir les tâches administratives des banques, en leur imposant de nouvelles exigences de conformité fiscale. En cas de rejet, on pourrait en revanche renoncer à la perception de l'impôt anticipé, a conclu le président de l'ABPS. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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