Massacre à «Charlie Hebdo»: «Vous allez payer car vous avez insulté le Prophète»
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Massacre à «Charlie Hebdo»«Vous allez payer car vous avez insulté le Prophète»

Tandis que la France est en deuil depuis mercredi, jour de la tuerie sanglante dans les locaux de «Charlie Hebdo», les rescapés reviennent sur le déroulement du carnage.

par
ade

«Le jour le plus noir de l'histoire de la presse française». Les mots du directeur de Reporters sans frontières semblent parfaitement convenir au désarroi qui s'est emparé de l'Hexagone, au lendemain de l'attentat qui a fait 12 morts et 11 blessés.

Les médias du monde entier sont focalisés sur cette sanglante atteinte à la liberté d'expression et le journal «Le Monde» se fait l'écho des propos des survivants, dans une ambiance de deuil international.

Les terroristes savaient parfaitement que le mercredi, aux alentours de 10h30, était le moment où la salle de conférence de la rédaction était particulièrement occupée. Ils n'ont pas choisi la date au hasard, relate le quotidien. Les dessinateurs phares du journal satirique étaient tous là: Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré et Riss, accompagnés des rédacteurs Laurent Léger, Fabrice Nicolino et Philippe Lançon. L'économiste Bernard Maris et les chroniqueuses Sigolène Vinson et Elsa Cayat étaient également présents.

Vengeance froide

Une heure après le début de la conférence de rédaction, deux individus cagoulés sont entrés, armés de fusils d'assaut, raconte un des rescapés. L'un d'entre eux a demandé: «Charb ?» avant d'abattre froidement le directeur de la publication. Ils ont ensuite cité les noms des autres membres, puis ont tiré en rafales. Ils ont ensuite crié «Allahou Akbar», ainsi que «Vous allez payer car vous avez insulté le Prophète».

S'adressant à Sigolène Vison, avec une arme braquée sur sa tempe, ils ont asséné: «Toi, on ne te tuera pas, car on ne tue pas les femmes, mais tu liras le Coran». Une femme a pourtant été tuée dans cette même salle, ainsi que sept rédacteurs et dessinateurs. Les autres victimes sont un agent de police chargé de la sécurité de Charb, un correcteur, un invité de la rédaction et un agent d'entretien.

Après avoir accompli leur méfait et pris la fuite, les assassins ont laissé derrière eux «un carnage indescriptible», selon un témoin. Les médias français tiennent également à souligner la peine de s'être vu arracher plusieurs de leurs «trésors nationaux».

«Je n'ai pas pu les sauver»

L'urgentiste Patrick Pelloux, qui collaborait avec Charlie Hebdo en tant que chroniqueur, a laissé éclater son émotion sur iTélé: «J'ai pas pu les sauver. Pour certains, il n'y avait plus rien à faire parce qu'ils avaient tiré dans les têtes. Ils ont tué des gens qui faisaient une conférence contre le racisme. Voilà».

Quant à la réaction de Charb face aux agresseurs, Patrick Pelloux a sa petite idée de la manière dont il s'est éteint: «Je pense qu'il a dû se lever et les traiter de cons ou leur faire un bras d'honneur, ou essayer de leur enlever leurs armes, dit-il. Dans la position où il est mort, il était enchevêtré dans sa chaise, c'est comme s'il avait été abattu en se levant. Et je le connaissais bien, c'était mon frère, et je sais qu'il a dû leur faire ça...»

Le médecin-urgentiste confie alors qu'il a lui-même averti le président Hollande du drame qui venait de se produire. «Les deux choses qui font fuir les intégrismes, c'est la culture et la liberté de la presse. Cela, ce sont les pays démocratiques qui doivent les faire vivre», ajoute-t-il, avant de confirmer que «Charlie Hebdo» sortira bien la semaine prochaine: «On est tous avec notre peine, notre douleur, nos peurs, mais on va le faire quand même parce que ce n'est pas la connerie qui va gagner».

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