Actualisé 03.10.2018 à 10:51

Bosnie«Vous nous mentez depuis des années»

Les politiciens, accusés de ne pas tenir leurs promesses depuis des années, ne sont pas les bienvenus dans le village de Podgora.

«Vous nous mentez depuis des années. Aucun parti n'est bienvenu à Podgora», annonce une bannière.

«Vous nous mentez depuis des années. Aucun parti n'est bienvenu à Podgora», annonce une bannière.

AFP

Les candidats sont prévenus avant les élections générales dimanche en Bosnie: ils sont interdits de campagne à Podgora. «Vous nous mentez depuis des années. Aucun parti n'est bienvenu à Podgora», annonce une bannière.

Sur une place de ce hameau proche de Sarajevo, elle résume le rejet général des politiques perçus comme corrompus et clientélistes: moins de 20% des citoyens leur font confiance, selon une récente étude de l'Association nationale des journalistes.

Il est peu probable que parmi les 700 habitants de Podgora, beaucoup votent dimanche pour désigner leurs députés et le représentant bosniaque musulman de la présidence tripartite de ce pays multicommunautaire aux institutions fragiles et bloquées.

Certains militants n'ont pourtant pas cru l'avertissement et sont venus coller quelques affiches. Elles sont déchirées. Pour ceux qui s'obstineraient, un autre message a été tracé au verso de la bannière: «Avez-vous lu? Le peuple en a marre».

«Suffit les mensonges!»

«Nous avons maintenant tout dit. Ça suffit les mensonges!», dit Adi Silajdzic, 47 ans, ouvrier au chômage. «On en a assez qu'ils viennent chaque fois nous raconter des histoires, faire des promesses pour des voix. Et au lendemain des élections, (...) c'est comme s'ils n'étaient même pas venus», résume ce père de famille. Selon lui, avoir des enfants en Bosnie est «un luxe», relève «de l'héroïsme».

Les habitants se sont cotisés pour payer la bannière: une cinquantaine d'euros, somme non négligeable pour ces paysans-chômeurs qui survivent avec un potager et quelques vaches, moutons et volaille.

En Bosnie, plus d'un tiers de la population est officiellement au chômage, même si beaucoup travaillent au noir. Selon l'ONG Union pour un retour durable, 170'000 Bosniens ont quitté le pays depuis le recensement de 2013, qui avait établi la population à 3,5 millions d'habitants. Attablés à l'ombre d'un prunier-cerise, des hommes racontent que «tout manque» à Podgora.

Depuis la fin de la guerre intercommunautaire (1992-1995, 100.000 morts), les pouvoirs publics ont abandonné le village, disent-ils. Certaines maisons n'ont jamais été réparées. Autrefois, le village était peuplé de Serbes et de Bosniaques. Les premiers sont partis.

«C'est nous qui remplaçons les ampoules de l'éclairage public. Nous n'avons pas un seul conteneur pour les ordures, pas de bus, le système d'adduction d'eau potable a été bâti avant la guerre avec des tuyaux en ciment-amiante qu'on ne remplace pas...», énumère Adi Silajdzic.

«Ils ont tant de fois promis de goudronner certaines rues que l'épaisseur du revêtement devrait être d'un mètre au moins», rigole Osman Hasic, retraité de 56 ans. Selon lui, les petites rues se transforment en chemins boueux aux premières pluies d'automne.

Opportune inauguration

En septembre, après trois ans de travaux, l'administration a inauguré quelque 900 mètres de chaussée, dans un village proche. «Rien à voir» avec la campagne, promet la municipalité. L'inauguration a toutefois été faite avant que ne soit posée la dernière couche de revêtement, relèvent des habitants.

«On dit que les jeunes s'en vont. Mais quel choix ont-ils? Ils n'ont rien à attendre ici», dit Osman Hasic, ancien ouvrier dans une aciérie. Voter pour l'opposition? «Nous avons changé, voté pour les uns, pour les autres, mais c'est toujours la même chose», peste Vedad Silajdzic, 43 ans, passé sous le prunier-cerise après une journée de travail au noir sur un chantier de construction.

«Ils sont tous les mêmes. Ils se battent pour le fauteuil et une fois dedans, ils ne pensent plus au peuple», renchérit Osman. À Podgora, certains redoutent des «mesures de rétorsion», par exemple une poignée de jeunes qui travaillent dans la mine de charbon de Breza, une entreprise publique.

«Je ne crains rien, ça ne peut pas être pire. Personne ne viendra prendre ma pioche», ironise Vedad, père de deux enfants adolescents qui n'a jamais eu de travail déclaré. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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