Afghanistan: Washington offre la paix aux talibans repentis

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AfghanistanWashington offre la paix aux talibans repentis

Les Etats-Unis ont tendu un rameau d'olivier aux combattants talibans qui renonceraient à la violence, mardi lors de la conférence de La Haye sur l'Afghanistan.

L'Iran a de son côté fait un pas vers Washington en acceptant sa proposition de coopérer sur le dossier afghan.

Cette conférence d'une journée dans la capitale néerlandaise était l'occasion pour Washington de détailler sa nouvelle stratégie en Afghanistan, présentée vendredi dernier par le président Barack Obama et centrée sur la destruction d'Al Qaïda avec la participation des Etats de la région, notamment le Pakistan et l'Iran.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a souligné lors de son discours devant les délégués de 90 pays que les talibans qui accepteraient de renoncer à l'extrémisme devaient pouvoir bénéficier d'une «forme honorable de réconciliation».

«Nous devons soutenir les efforts du gouvernement afghan en vue de séparer les extrémistes d'Al Qaïda et des talibans de ceux qui ont rejoint leurs rangs non par conviction mais par désespoir», a affirmé la secrétaire d'Etat.

Selon un diplomate français, toutefois, «il n'y a pas d'unanimité absolue sur la réconciliation». «Certains pensent que tant que les talibans ne seront pas en position de faiblesse militairement parlant, il sera difficile d'avancer sur ces discussions», a-t-il dit.

Téhéran disposé à aider

Le président afghan Hamid Karzaï a pour sa part salué la nouvelle approche américaine «régionale» de la situation dans son pays. Il a cependant souligné que la politique de réconciliation ne pouvait aboutir «que sous l'égide des institutions nationales afghanes». Il a aussi jugé «urgent» de mettre en place «un plan d'investissement dans les forces de sécurité afghanes».

Invités à la réunion, les Iraniens ont redit leur opposition à toute présence militaire étrangère en Afghanistan. Selon le vice- ministre des Affaires étrangères Mohammad Mehdi Akhoundzadeh, cette présence «n'a pas amélioré les choses et son renforcement s'avérerait également sans effet».

L'Iranien a toutefois ajouté que son pays était «tout à fait disposé» à participer aux projets internationaux de lutte contre le trafic de drogue, ainsi qu'aux programmes de reconstruction de l'Afghanistan.

L'Iran, ennemi de toujours de l'ancien régime des talibans et d'Al-Qaïda, s'inquiète de l'afflux sur son territoire de l'héroïne produite à partir des champs de pavot d'Afghanistan, de loin le premier producteur mondial.

Rencontre «fortuite»

Nouveau signe d'une amorce de détente entre Washington et Téhéran, le représentant spécial pour l'Afghanistan Richard Holbrooke a eu «un bref mais cordial échange avec le chef de la délégation iranienne» en marge de la conférence, a déclaré Mme Clinton.

La rencontre a été «fortuite» mais M.#Holbrooke et le vice- ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Mehdi Akhoundzadeh ont convenu de «garder le contact», a-t-elle précisé. Une lettre a aussi été remise aux Iraniens demandant la libération de trois Américains retenus en Iran.

Russes également prêts

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a également déclaré que son pays était prêt à contribuer à l'effort de reconstruction. Hillary Clinton était à l'origine de l'invitation lancée aux Iraniens mais n'avait aucun projet de rencontre avec les délégués de Téhéran présents à la conférence.

L'approche d'ouverture envers la République islamique, qui partage une frontière avec l'ouest de l'Afghanistan, contraste fortement avec la politique d'isolement de l'Iran pratiquée par le président George Bush. Ce dernier avait fait de ce pays l'un des principaux maillons de son «axe du Mal».

Les responsables internationaux ont eux tous insisté sur la nécessité de mieux coordonner et dépenser plus efficacement l'aide à l'Afghanistan, d'appuyer le processus électoral en vue des présidentielles d'août, et de lutter contre la production et le trafic de drogue.

Plusieurs ONG ont salué ces belles intentions, en prévenant toutefois que ces «paroles déjà entendues» devaient cette fois se traduire par des «actes». Les ONG s'inquiètent notamment du manque d'emplois et de développement économique, ainsi que des nombreuses violations des droits humains dans le pays.

(ats)

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