Actualisé 08.09.2010 à 16:33

Affaire Selimi«Widmer-Schlumpf a eu des couilles!»

Berne a finalement changé d'avis: la famille kosovare Selimi, qui vit à Carouge (GE), peut rester en Suisse. Alain Morisod est aux anges!

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gco/ats
Alain Morisod est aux anges: la famille kosovare Selimi peut rester en Suisse. - Photo: Keystone

Alain Morisod est aux anges: la famille kosovare Selimi peut rester en Suisse. - Photo: Keystone

«C'est la plus belle journée de ma vie! Je me trouve enfin chez moi!» a déclaré Musa Selimi, visiblement très ému. Agé de 40 ans, ce Kosovare vit depuis 20 ans à Genève, où son épouse et leurs deux enfants l'ont rejoint en 2005. «L'Office cantonal de la population nous l'a annoncé ce matin», a indiqué mercredi Musa Selimi, confirmant une information de l'Agence DECAPROD.

En apprenant la nouvelle, Alain Morisod, qui avait milité pour le maintien de la famille Selimi en Suisse, en a eu les larmes aux yeux, a-t-il confié à 20 minutes. «Je suis comblé! C'est un vrai bonheur. C'est Musa en personne qui m'a appris la nouvelle ce matin. Il m'a expliqué qu'il venait de faire ses photos d'identité pour son permis de séjour».

Le courage de Widmer-Schlumpf

«En me rendant à Berne début juin avec un comité de soutien - comprenant notamment les conseillers nationaux Luc Barthassat (PDC/GE) et Jean-Charles Rielle (PS/GE) - je ne pensais pas qu'on l'aurait (l'autorisation de séjour). La situation de Musa semblait très mal barrée, il avait essuyé plusieurs refus. Je remercie du fond du cœur la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf (ministre de la Justice), Alard du Bois-Reymond (le directeur de l'Office fédéral des migrations) et Isabelle Rochat (en charge du Département de la sécurité, de la police et de l'environnement, à Genève). On se fait tellement foutre sur la gueule quand on défend ce type de cause que c'est un vrai bonheur quand on obtient une victoire. Aujourd'hui, je suis fier de notre pays!»

«On peut dire que Widmer-Schlumpf a vraiment eu des couilles en prenant cette décision! Elle va se mettre à dos tous les gens de l'extrême droite et va certainement recevoir des milliers de dossiers à traiter» poursuit l'artiste genevois.

«La Suisse doit être recordman du monde des clandestins tolérés. Cette décision pourra peut-être aider à recevoir un permis de séjour à tous les gens honnêtes qui jouent parfaitement le jeu de l'intégration. Musa en est l'exemple parfait. Je l'ai rencontré dans une pizzeria des Eaux-Vives, à Genève. Il m'a parlé de ses problèmes administratifs. Il travaille depuis 20 ans en Suisse et parle les trois langues nationales! On ne peut pas lui reprocher la moindre infraction. C'est un mec, au niveau intégration, il a fait tout juste», conclu Alain Morisod.

Bien intégrés, les Selimi auraient dû quitter la Suisse le 5 juillet, l'Office fédéral des migrations (ODM) refusant de la considérer comme un cas de rigueur de l'asile, malgré la demande du canton de Genève. L'ODM reprochait à Musa Selimi d'avoir fait venir sa famille clandestinement après son refus, une position confirmée par deux jugements du Tribunal administratif fédéral.

Un recours avec effet suspensif avait été déposé par son avocat auprès de la Commission cantonale de recours en matière administrative. Et de nombreux politiciens genevois ont soutenu la famille Selimi.

Accepter les clandestins bien intégrés

Les conseillers nationaux genevois Luc Barthassat et Jean-Charles Rielle sont aussi enchantés par cette décision. Forts de cette victoire administrative, ils vont soumettre au parlement «d’ici deux à trois semaines» un texte qui inclura la notion de prescription dans l’attribution des permis de séjour. Leur obtention devrait être facilitée pour les étrangers bien intégrés travaillant clandestinement en Suisse, mais qui y vivent depuis longtemps (5-10 ans ?).

«Je suis particulièrement heureux de l’écoute dont Berne a su faire preuve dans le cas de la famille Selimi» explique Jean-Charles Rielle. «La décision de Madame Widmer-Schlumpf est courageuse. C’est un acte politique important», précise l’élu socialiste. Il précise que cette victoire est le fruit de considérations de type éthiques au-delà de clivages gauche-droite. La famille Selimi ayant été soutenue par des personnalités de bords différents. «C’est une magnifique journée que j’ai vécu avec les Selimi», souligne pour sa part Luc Barthassat. «Avec cette décision, Eveline Widmer-Schlumpf, qui a su réexaminer le dossier, a ouvert une brèche», précise le démocrate-chrétien. /gco

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