Genève: «Working Poors» à Cointrin: «J’ai dû déménager en France»
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Genève«Working Poors» à Cointrin: «J’ai dû déménager en France»

Le syndicat SSP dénonce la précarisation d’employés de sociétés opérant à l’aéroport de Genève depuis le Covid. Il réclame la création d’un fonds de compensation.

par
Léonard Boissonnas
Des employés dénoncent des conditions qui se sont aggravées depuis la crise sanitaire.(KEYSTONE/Laurent Gillieron)

Des employés dénoncent des conditions qui se sont aggravées depuis la crise sanitaire.(KEYSTONE/Laurent Gillieron)

keystone-sda.ch

«Je gagnais jusqu’à 3700 francs par mois, tout allait bien, puis il y a eu la crise du Covid, j’ai reçu 700 francs en mars, j’ai dû déménager en France», a relaté un employé à temps partiel d’une société de sécurité à l’aéroport de Genève. Ses heures de travail prévues ont été supprimées du jour au lendemain, a-t-il dit.

Mardi, le Syndicat des services publics (SSP) a dénoncé la précarisation grandissante de nombreux employés d’entreprises opérant sur la plateforme aéroportuaire, depuis la pandémie. «Ce sont des travailleurs et des travailleuses qui, tout en ayant un emploi, doivent avoir recours aux services sociaux pour subvenir à leurs besoins. Beaucoup nous ont contactés», a expliqué Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical du SSP Aéroport.

De 4750 à 3150 francs

Un employé d’une entreprise d’assistance au sol a vu son salaire passer de 4750 francs à 3150 francs avec le Covid, soit une baisse de 33%, «alors que le chômage partiel prévoit le versement de 80% du salaire», a rappelé le syndicaliste: «Vivre à quatre à Genève avec cette somme est impossible.» Un autre employé dans la sécurité, en arrêt de travail à cause d’un accident, a rapporté qu’il n’avait plus rien reçu en mai ni en juin: «J’ai pourtant envoyé le certificat de l’hôpital, a-t-il affirmé. Je vais avoir bientôt un enfant et je n’ai rien. C’est abusif.»

«Les contrats précaires se sont multipliés à l’aéroport ces dernières années, il y a eu beaucoup d’externalisations et les postes intérimaires se sont généralisés», a dépeint Jamshid Pouranpir. «Nous ne pouvons pas admettre que dans ce pays, avec un contrat de travail et un emploi, des personnes doivent se retrouver à faire la queue aux Vernets pour avoir un sac de nourriture», a-t-il poursuivi.

Fonds de compensation demandé

Le SSP demande la création d’un fonds de compensation alimenté par l’Etat et l’aéroport pour les cas de rigueur. Il réclame également l’interdiction de licenciement des personnes dites à risque, ou dans les sociétés ayant obtenu une aide fédérale ou cantonale. Il souhaite aussi, entre autres, que tout ce qui est matériel de protection lié au Covid (gel hydro-alcoolique, gants, masques, mouchoirs), ainsi que les tests de dépistage, soient fournis gratuitement à tous les employés de la plateforme.

Jamshid Pouranpir dit avoir sollicité le Conseil d’Etat, mais regrette de n’avoir reçu qu’une réponse écrite du conseiller d’Etat Serge Dal Busco, en charge du Département des infrastructures (DI): «Il y a une responsabilité de l’Etat, qui nous renvoie au conseil administratif de l’aéroport», déplore-t-il.

Le porte-parole du DI, Roland Godel, confirme le courrier et précise: «Serge Dal Busco a répondu au syndicat pour lui assurer que le Conseil d’Etat et la direction générale de l’aéroport étaient engagés à fond, dans cette période très difficile pour l’aéroport, en vue d’assurer la pérennité de celui-ci. Il souligne l’importance de la concertation avec les syndicats menée par la direction générale et la nécessité de poursuivre un dialogue constructif pour surmonter au mieux la phase actuelle.»

Pénalités prévues en cas de violation

De son côté, Genève Aéroport indique «faire le point régulièrement avec les entreprises sur le site aéroportuaire par le biais de la Task Forces mise en place», rapporte Madeleine Von Holzen, cheffe de la communication de Genève Aéroport. Elle rappelle que «l’aéroport attache une grande importance au respect des lois et règlements par les entreprises de la plateforme». La porte-parole ajoute que les contrats entre Genève Aéroport et ses partenaires «contiennent des exigences strictes en matière de protection des travailleurs», qui «prévoient des possibilités de pénalité financière en cas de violation constatée par les autorités compétentes et de non-remise en conformité dans les délais. Il est toutefois à noter que Genève Aéroport n’a pas de compétence en matière de contrôle des activités des entreprises.»

Quant au gel hydro-alcoolique ou aux masques, Genève Aéroport «distribue à tous ses employés tous les équipements de protection nécessaires et a également soutenu par divers moyens (commandes groupées, distribution ponctuelle pour compléter certains stocks) les entreprises de la plateforme à ce propos.»

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