Actualisé 01.10.2012 à 15:40

Matières premièresXstrata a accepté la dernière offre de Glencore

Le groupe zougois Xstrata, spécialisé dans les minerais et métaux, accepte de fusionner avec le géant du domaine Glencore.

Les deux sociétés ont leur maison-mère dans le canton de Zoug. (photo: Keystone)

Les deux sociétés ont leur maison-mère dans le canton de Zoug. (photo: Keystone)

Après huit mois de discussions, la fusion entre Glencore et Xstrata se précise. Les deux géants zougois des matières premières se sont entendus sur leur union, sur la base d'une offre de 3,05 actions Glencore pour chaque titre Xstrata. Mais des dirigeants clefs de Xstrata devront rester en fonction.

Dans un communiqué commun publié lundi, les deux multinationales établies à Baar recommandent à leurs actionnaires de donner le feu vert à ce rapprochement historique pour le secteur avec la création d'un gigantesque groupe d'une capitalisation boursière de 80 milliards de francs. Mais aucune date n'est mentionnée pour la tenue des assemblées générales extraordinaires destinées à approuver l'opération.

Confronté à l'opposition de plusieurs importants actionnaires, Glencore et Xstrata ont encore dû affiner le projet, après que le numéro un mondial des matières premières ait relevé début septembre le rapport d'échange de titres de 2,8 à 3,05 nouvelles actions Glencore pour chaque droit de propriété du 4e groupe minier de la planète.

Mais, malgré cette offre de 33 milliards de dollars (31 milliards de francs), des divergences subsistaient. Celles-ci concernaient notamment la composition du conseil d'administration et une prime de maintien en fonction de 173 millions de livres (261,9 millions de francs) pour 73 dirigeants de Xstrata jugés essentiels au bon fonctionnement du groupe fusionné.

Garanties pour Xstrata

Cité dans le communiqué, le président du conseil d'administration de Xstrata, Charles Bond, estime que l'offre de Glencore doit permettre de conserver les dirigeants clefs de Xstrata afin de mener les opérations minières du groupe combiné. Les actionnaires du groupe minier ont donc exigé des garanties afin que la fusion ne consiste pas en une pure et simple prise de contrôle de Xstrata par Glencore.

Dans le cas contraire, un rapport d'échange d'actions plus élevé serait justifié. Afin de surmonter les réticences, le deux groupes ont décidé de dissocier le vote sur l'offre proprement dite et celui sur les bonus destinés aux dirigeants de Xstrata. Cette approche est soutenue par les principaux actionnaires, même si d'autres s'y opposent toujours, selon M. Bond.

Avec cette proposition révisée, les actionnaires pourront avaliser la fusion, même dans le cas où ils refuseraient les primes réservées aux cadres jugés essentiels au bon fonctionnement du nouveau groupe. La solution retenue prévoit comme convenu que le patron de Glencore, le Sud-Africain Ivan Glasenberg, prenne à terme la tête de la multinationale née du mariage.

Le directeur général de Xstrata, Mick Davis, lequel devait initialement prendre les rênes du nouveau groupe, quittera ce dernier après l'avoir dirigé durant six mois. La finalisation de la fusion est attendue pour la fin de l'année. Afin d'assurer un certain équilibre au sein du conseil d'administration, M. Davis sera remplacé par un autre responsable de Xstrata.

Assemblées reportées

L'organe de surveillance du groupe fusionné, qui doit prendre le nom de Glencore Xstrata International, doit réunir six représentants de Xstrata, dont le président, et cinq de Glencore. Pour mémoire, les deux groupes zougois avaient déjà trouvé terrain d'entente sur une fusion début février, alors que celle-ci faisait l'objet de spéculations depuis plusieurs mois.

Face à l'opposition de plusieurs gros actionnaires de Xstrata, dont le fonds souverain du Qatar, Qatar Holding, Glencore avait ajourné l'assemblée générale devant se prononcer sur le projet, après avoir décidé de relever le rapport d'échange d'actions. Xstrata n'avait alors eu d'autre option que d'annuler sa propre assemblée générale convoquée pour le même sujet.

Un mastodonte des matières premières

Le rapprochement va créer un groupe en mesure de concurrencer les trois premiers acteurs miniers mondiaux que sont l'australo- britannique BHP Billiton, le brésilien Vale et le britannique Rio Tinto. Sur la base des résultats dégagés l'an passé, Glencore Xstrata affichera un chiffre d'affaires 209 milliards de dollars et un résultat brut de 16,2 milliards de dollars.

Glencore Xstrata International, groupe issu de la fusion entre Glencore et Xstrata, constitue un véritable mastodonte des matières premières. Variées, les activités du géant zougois vont de l'extraction de minéraux à leur négoce, en passant par celui des produits énergétiques et agricoles.

D'ici la fin de l'année, l'union des deux groupes domiciliés à Baar (ZG) donnera naissance à un géant qui généré l'an passé un chiffre d'affaires cumulé de près de 200 milliards de francs, soit deux fois celui du numéro un mondial de l'alimentation, le Veveysan Nestlé. Son résultat brut d'exploitation a atteint 16,2 milliards de dollars.

En joignant ses forces à son voisin Xstrata, actif pour sa part dans les métaux et minéraux, Glencore vient lutter sur les terres des anglo-australiens BHP Billiton et Rio Tinto, ainsi que du brésilien Vale et de l'anglo-sud-africain Anglo American. Mais le futur géant tire aussi sa puissance d'une présence géographique étendue et de la grande diversité des ses opérations.

Glencore possède ainsi une grande partie de ses actifs dans le zinc, le cuivre, le plomb et l'aluminium. Il est également présent dans les produits énergétiques (pétrole et charbon) et agricoles (coton, tournesol, blé, sucre...).

Le numéro un mondial des matières premières, qui compte plus de 60'000 collaborateurs, s'approvisionne aussi auprès de 7000 sous- traitants. Il détient en propre des installations portuaires, des entrepôts et une flotte de navires pour fournir ses clients à travers le monde.

Fort de 70'000 salariés, Xstrata exploite quant à lui des matières premières essentielles, telles que le cuivre, le zinc, le charbon, le nickel ainsi que d'autres alliages. Le nouveau groupe va aussi tirer profit du savoir faire de Glencore acquis dans le négoce depuis 38 ans.

Avatars de l'empire Marc Rich

Comme Xstrata, Glencore est issu de l'empire du financier zougois d'origine belge Marc Rich. A sa fondation en 1974, la modeste société Marc Rich Co. est spécialisée dans le négoce de pétrole brut, de métaux et de minéraux. Mais, au fil des ans et des acquisitions, l'entreprise se transforme en un géant, avec d'importantes participations industrielles.

En 1990, le groupe reprend une part de 53% dans Südelektra, alors société de participation active dans les infrastructures électriques en Amérique du Sud. Mais, dès 1994, elle met le cap vers les matières premières en prenant des participations dans des sites de production en Afrique du Sud, en Australie et aux Amériques.

En septembre de cette même année, Marc Rich cède sa participation majoritaire dans le groupe Marc Rich Co. à ses cadres, qui, devenus des associés contrôlant l'entreprise, la rebaptisent Glencore. En 1995, celle-ci déplace son siège social de Zoug à Baar (ZG).

Entrée en Bourse en 2011

En 1999, Südelektra prend de son côté la raison sociale de Xstrata, dont Glencore détient aujourd'hui 34,1%. L'entrée l'année dernière de Glencore aux Bourses de Londres et Hong Kong lui a permis de lever quelque 60 milliards de dollars.

Il s'agit de la troisième plus grosse entrée en Bourse d'une entreprise européenne de l'histoire, qui a rendu ses quelque 500 propriétaires - managers et employés - riches, voire milliardaires pour quelques-uns. Xstrata est pour sa part cotée à Londres et subsidiairement à Zurich.

(ats)

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