Prof décapité en France: «Y'a une tête par terre», raconte le premier policier arrivé sur place
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Prof décapité en France«Y'a une tête par terre», raconte le premier policier arrivé sur place

Face aux enquêteurs, ni la collégienne, ni le père n’ont reconnu leur responsabilité dans l’assassinat de Samuel Paty. Le policier qui est intervenu en premier sur les lieux a aussi été entendu.

par
jjz
AFP/Thomas Coex

« J'ai pleuré […] Parce que je me suis mise à sa place, en me disant que s'il avait des enfants ça serait dur. » Ce sont les mots exprimés aux enquêteurs par Z., la collégienne à l’origine de la polémique ayant conduit à la mort de Samuel Paty, le 16 octobre dernier, selon Le Parisien. Des propos bien ténus au regard de son rôle dans le déclenchement de la mécanique mortifère qui s’est refermée sur l’enseignant du Collège du Bois d'Aulne (Yvelines). Tout partait d’une simple polémique autour d’un cours sur la liberté d’expression, dont le contenu a été déformé et exacerbé sur les réseaux sociaux par son père, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefriou, un militant islamiste fiché S.

Le Parisien-Aujourd'hui en France a été informé de la teneur des auditions en garde à vue de toutes les personnes soupçonnées d'avoir pu pousser le terroriste Abdoullakh Anzorov à passer à l’acte. Lorsque Z. est entendue par la sous-direction antiterroriste à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) à titre de témoin, elle affirme avoir assisté au cours durant lequel l’enseignant a montré les caricatures du prophète Mahomet. Au même moment, son père et l’islamiste controversé Abdelhakim Sefrioui sont déjà en garde à vue, soupçonnés d'avoir nommé l'enseignant comme cible à travers des vidéos massivement relayées sur la Toile.

Un récit inventé de toutes pièces par la jeune fille

Lors de son audition, la collégienne raconte le déroulement du fameux cours : «Il commence à demander s'il y avait des musulmans dans la salle et leur a demandé de lever la main.». D’après Le Parisien, l’ado ajoute que l'enseignant a proposé à ceux qui le souhaitent de quitter le cours. D’après Z., Samuel Paty aurait montré un homme à quatre pattes, parties intimes visibles, précisant qu'il s'agissait du prophète. L'élève affirme alors avoir vivement réagi avant d’être exclue durant deux jours pour ses propos. Mais l'enquête établit qu’elle a menti. Le lundi 5 octobre, Samuel Paty a bien montré les caricatures du prophète de Charlie Hebdo, mais à une autre classe.

Ce jour-là, le prof dresse un tableau avec deux colonnes «Je suis Charlie» et «Je ne suis pas Charlie» en listant des arguments pour chacune des opinions. Ce n’est qu’à la fin de la classe qu’il indique qu'il diffusera des caricatures du fameux journal satirique et que les élèves qui le souhaiteraient pourraient alors sortir ou fermer les yeux. Les dessins seront présentés pour la première fois à la classe de la collégienne le mardi 6 octobre, alors qu’elle est absente pour «maladie». Une déléguée de classe déclare: «La plupart des élèves ont rigolé car on voyait des fesses et les parties intimes, franchement y'en a peut-être 2 qui ont été choquées […] Z. n'était pas là. Il s'est passé quelques jours sans que personne ne reparle de ça», raconte l'élève aux policiers. L'instruction doit se déterminer pour savoir si la jeune fille a délibérément caché la vérité à son père.

«Il lui coupe la tête, c'est horrible»

Les premiers policiers à être intervenus ont décrit un terroriste «déterminé». Même atteint par balles, il a tenté de poignarder les agents. Dans le quotidien francilien, Cyril*, policier municipal à Conflans-Sainte-Honorine témoigne de l’horreur qu’il a vécue. Le trentenaire n’était assermenté que depuis un mois. Des automobilistes ont arrêté sa patrouille en criant: « Il est en train de le tuer (..) Il lui coupe la tête, il lui coupe la tête, c'est horrible».

Arrivés sur place, lui et sa coéquipière tombent sur le jeune Tchétchène de 18 ans. «Y'a une tête par terre», raconte le brigadier qui précise que le terroriste est téléphone en main, accroupi près de la dépouille du professeur qu’il vient d’assassiner. La patrouille fait demi-tour quand elle réalise qu’Abdoullakh Anzorov détient un pistolet (ndlr: de type airsoft mais ils ne le savent pas) tandis qu’eux n’ont pas d’armes. C’est finalement une patrouille de la police nationale qui abattra le terroriste.

«S'il n'avait pas tué ce professeur, il aurait sûrement tué quelqu'un d'autre»

Le lendemain, pris d’un désir de rétablir la justice, son père lance sur Facebook une invective polémique sur le cours de Samuel Paty. Le mercredi 7 octobre à 23h22, il publie l’identité de l’enseignant, en réclamant son licenciement avant de retirer, une heure et demie plus tard, le nom du prof.

Un jour plus tard, le père se déplace au collège pour demander à être entendu par la principale. Il est accompagné de Abdelhakim Sefrioui, qui l’a contacté sur les réseaux. L’homme est un militant salafiste fiché S, très connu des services pour son prosélytisme islamiste. Invoquant la liberté d’expression, la principale clôt l’affaire.

Le Parisien indique que le père poste alors une vidéo dans laquelle il qualifie le prof de «voyou», estimant qu’il ne doit plus travailler à l’Education nationale. Puis, il dépose plainte contre Samuel Paty au commissariat en présence de sa fille. La vidéo du père a attiré l’attention d'Abdoullakh Anzorov, qui cherche un moyen de passer à l’action. Le téléphone du père révèle plusieurs contacts avec le coupable sans qu’il ne reconnaisse avoir pu le pousser à commettre l’attentat. En audition, il se défend: «je ne pense pas que ça soit mon message qui l'ait rendu fou furieux. Ce malade, s'il n'avait pas tué ce professeur, il aurait sûrement tué quelqu'un d'autre. Il y a une équipe derrière tout ça, il n'a pas fait ça tout seul.»

Dans un document, la sous-direction antiterroriste relève que le «succès» des vidéos sur les réseaux sociaux s’explique par un contexte «d’appel au meurtre contre la France», proféré récemment par Al-Qaïda. Elle souligne également qu’il existe dans la déclaration respective du père et du militant fiché S., «des similitudes d'expression qui montrent une concertation avérée entre les intéressés que l'on peut qualifier de subordination morale», causée notamment par la figure d’autorité religieuse que représente Abdelhakim Sefrioui. Il n’en faut pas plus pour que les deux hommes soient mis en examen pour «complicité d’assassinat terroriste».

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