05.11.2020 à 21:42

CyclismeYoann Offredo: «Le mot dépression est encore tabou dans le milieu»

Le cycliste français, qui est passé du vélo au micro, raconte les blessures et la difficulté de sortir du circuit.

Yoann Offredo lors d’un entraînement dans son garage, alors qu’il pensait pouvoir revenir à la compétition.

Yoann Offredo lors d’un entraînement dans son garage, alors qu’il pensait pouvoir revenir à la compétition.

AFP

Le public l’a découvert sur les routes du Tour, il est maintenant une des voix qui en parle avec le plus de passion. Si l’ancien coureur Yoann Offredo a trouvé une voie de reconversion dans la presse en tant que consultant, cela ne rend pas l’interruption de sa carrière plus facile. Début février, le cycliste originaire de l’Essonne annonçait la fin de son parcours au plus haut niveau, après treize ans passés sur le circuit professionnel.

Mais cette interruption est prématurée, la faute à une cheville douloureuse récalcitrante et surtout à une grave chute sur le Grand Prix de Denain en 2019, où il ne passe pas loin de rester paralysé. Après avoir surmonté sa tétraplégie provisoire, le battant remonte sur un vélo et s’attaque à son troisième et dernier Tour de France l’an dernier, qu’il terminera avant-dernier avec les honneurs. Le Français, qui a fait presque toute sa carrière sous le maillot de la Française des Jeux (2008-2016), s’est livré sur cette rupture, douloureuse à bien des aspects, dans les colonnes de L’Équipe.

D’abord le déni

Dans le cas de figure d’Offredo, l’arrêt intervient alors que la motivation est loin d’être éteinte, ce qui décuple la difficulté de cette épreuve. «Par respect pour tous les gens qui m’ont supporté, pour remercier de ces belles années la Française des Jeux et Wanty, je voulais écrire un post de quelques mots pour dire que j’arrête, explique-t-il. Mais je n’en ai pas été capable. Je suis dans le déni», déclarait-il, pris en tenaille dans une situation difficile moralement.

La découverte de ce qui est appelé la «petite mort» était abrupte pour le jeune «retraité». Une détresse difficile à partager: «J’aimerais bien échanger, mais je n’ai pas grand monde à qui parler, je n’ai pas forcément de liens d’amitié avec les autres coureurs. Je suis dans une phase un peu dépressive. L’an dernier, Peter Kennaugh et Marcel Kittel ont arrêté à cause d’une dépression. Mais ce mot est encore tabou dans le milieu.» Il dénonçait du même coup la solitude du coureur cycliste, mais aussi certaines zones d’ombre de ce sport.

Retrouver ses repères

Perdre tout ce qui compose sa vie, en encaissant toujours des douleurs à la cheville, provoque une énorme remise en question de l’athlète: «J’avais l’habitude de faire une trentaine d’heures de vélo par semaine. Je ne suis plus assez fatigué pour m’endormir le soir. À trois heures, je ne dors toujours pas, je me pose des questions. Le matin, cela m’arrive de me réveiller en pleurs: j’existais en tant que coureur, j’aimais bien avoir mal, j’aimais bien avoir froid, je tombais et je me relevais. Mais en tant qu’homme, qui suis-je?»

L’expérience de son nouveau rôle à la télévision est à double tranchant. Comme il l’explique, elle active des souvenirs et des émotions difficiles: «Au milieu des gens, je me sentais comme un enfant sur le bord de la route, comme si c’était la première fois. J’étais émerveillé de les voir, j’avais des frissons, de grands yeux pour les coureurs du Tour de France, ces superhéros qui étaient arrivés au bout. En voyant passer les motos de Thomas Voeckler et de Thierry Adam, mes collègues pendant trois semaines, je me suis dit: «Tu es de l’autre côté maintenant, c’est une vraie page qui se tourne.» Je suis remonté en cabine, je n’étais pas bien, pas bien du tout, très ému.»

Si Yoann Offredo vit des jours difficiles, plusieurs de ses choix peuvent redonner un sens à la vie de l’ancien sportif. Le premier est le retour sur des bancs d’université: «Je vais reprendre mes études, début 2021, un master en sciences politiques, spécialité journalisme», précise Yoann Offredo. Une première étape vers une renaissance, peut-être journalistique, qui lui permettrait de mettre à profit son expérience de la petite reine.

(Sport-Center)

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12 commentaires
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Jeje

06.11.2020 à 08:28

Se rendre malade pour avoir tourner ses jambes sur un vélo. Bravo l’artiste.

Fait connu

06.11.2020 à 06:53

Le manque provoque la dépression....

Jean-Claude de Bière

06.11.2020 à 04:50

ça'est sûr que dans le vélo faut surtout de la pression notamment dans les boyaux.