Affaire Fortis en Belgique: Yves Leterme propose la démission de son gouvernement
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Affaire Fortis en BelgiqueYves Leterme propose la démission de son gouvernement

Le Premier ministre belge Yves Leterme a proposé la démission de son gouvernement, suite aux accusations de pressions sur des magistrats dont il fait l'objet dans l'affaire du sauvetage de la banque Fortis.

«Yves Leterme a proposé au gouvernement (de présenter sa démission) et ce dernier a accepté», a déclaré le porte-parole du Premier ministre, Peter Poulussen. Aux termes de la constitution belge, il revient au roi Albert II d'accepter, de refuser le départ du gouvernement ou de se donner un délai de réflexion.

Le roi, qui a reçu dans la soirée en audience M. Leterme, a opté pour cette troisième solution. Il tient sa réponse en suspens et a entamé immédiatement des consultations, a indiqué le palais dans un bref communiqué.

Le cabinet, arrivé au pouvoir en mars, a jeté l'éponge après que la plus haute juridiction du pays eut de nouveau accusé les services du Premier ministre d'avoir tenté d'interférer dans le travail de la justice lorsqu'elle examinait les conditions du démantèlement de Fortis décidé par le gouvernement.

Dans un document très attendu publié en journée, le président de la cour de Cassation Ghislain Londers a écrit avoir «des indications importantes» que le gouvernement d'Yves Leterme a tenté de faire pression sur la justice. Il a toutefois reconnu ne pas disposer «de preuve juridique».

Après la publication de ce rapport, le ministre de la Justice Jo Vandeurzen a quitté son poste. Interrogés en soirée, la plupart des grands partis politiques ont refusé l'option d'élections législatives anticipées pour régler cette nouvelle crise politique.

Juges menacés

Le chef du gouvernement est un habitué des fausses sorties. En juillet dernier, il avait déjà démissionné faute d'avoir pu trouver un compromis au sujet des demandes d'autonomies accrues de la communauté flamande du pays à l'égard des francophone. Mais trois jours plus tard le roi l'avait maintenu en poste.

Cette fois néanmoins, les choses semblent beaucoup plus graves. L'affaire Fortis s'est transformée en quasi-affaire d'Etat. Des juges affirment avoir été menacés par l'entourage de M. Leterme pour prendre une décision conforme aux souhait du gouvernement dans le dossier Fortis.

Concrètement, les conseillers du Premier ministre auraient demandé aux magistrats de valider le démantèlement du groupe financier, décidé par le gouvernement début octobre afin de lui éviter la faillite alors qu'il était ébranlé par la crise financière mondiale.

Revers

Dans le cadre de ce montage, les activités bancaires belges du groupe, considéré jusque là comme un joyau national, doivent être vendues au géant français BNP Paribas. Et l'Etat néerlandais a nationalisé l'essentiel des activités aux Pays-Bas.

Mais les petits actionnaires de Fortis ont multiplié les recours judiciaires. Vendredi dernier, ils ont fini par remporter une victoire inattendue: la Cour d'appel de Bruxelles, malgré les pressions que le gouvernement est accusé d'avoir exercées, a exigé qu'ils soient consultés sur le démantèlement.

Un revers cinglant pour Yves Leterme, qui gèle le transfert des actifs belges à BNP Paribas.

Crises économique et politique

Yves Leterme a nié toute tentative d'influence mais reconnu qu'un responsable du gouvernement avait contacté à plusieurs reprises le mari d'une des magistrates de la cour d'appel.

La Belgique est aux prises comme le reste de l'Europe avec une sérieuse crise économique. Le scandale replonge aussi le pays dans les turbulences politiques dont il pensait être provisoirement sorti.

Depuis l'été 2007, le royaume a connu une crise quasi- interrompue en raison des disputes entre Flamands néerlandophones et Francophones sur l'avenir du pays. La Belgique a été durant cette période privée de gouvernement stable pendant neuf mois.

(ats)

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