Bande dessinée: Zep recycle un vieil album
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Bande dessinéeZep recycle un vieil album

Un éditeur français annonce la sortie en mai d'une «nouvelle» BD du papa de Titeuf. Il s'agit en fait d'une réédition d'un opus de... 1997.

par
Grégoire Corthay
Avec «Happy Sex», le Genevois a touché un nouveau public.

Avec «Happy Sex», le Genevois a touché un nouveau public.

Les Editions Delcourt surfent sans vergogne sur le succès commercial de «Happy Sex». Ils lancent, le 19 mai, «Happy Girls», une BD qui relate les histoires d'amour ratées de Robert, un adolescent de 15 ans. Seul hic: il ne s'agit pas d'une nouvelle œuvre de Zep mais de la simple réédition de l'album «Les filles électriques», sorti en 1997 aux Editions Dupuis.

Delcourt assume parfaitement ce recyclage et le fait de ne mentionner que très discrètement dans sa communication qu'il ne s'agit pas d'une nouveauté. «Ce serait crétin de sortir cette BD en précisant avec un bandeau en couver­ture qu'il s'agit d'une réédition!» se défend François Capuron, directeur du marketing des Editions Delcourt. «Après le succès de «Happy Sex», on se doit d'être opportuniste, c'est le propre de notre métier. Les gens s'en foutent de savoir que ce n'est pas un nouvel album. Ce qu'ils veulent, c'est découvrir une BD qu'ils ne connaissaient pas» précise-­

t-il.

Un premier tirage à 90 000 exemplaires est prévu. La seule nouveauté de «Happy Girls» par rapport aux «Filles électriques» est une planche inédite. Le filon étant bon, la sortie, en septembre, de «Happy Rock», une réédition de «L'enfer des concerts» (1999), est aussi annoncée. Delcourt explique que l'idée vient de Zep lui-même. Une information confirmée par l'agent de l'artiste genevois. Il explique avoir "simplement" racheté les droits de ses deux albums à Dupuis pour pouvoir les republier dans une nouvelle collection. Leur exploitation chaotique – les albums sont sortis avec plusieurs couvertures différentes et n'auraient pas trouver leur public à l'époque– par l'éditeur belge n'aurait pas satisfait Zep.

Interview donnée par ZEP à l'occasion du lancement de l'album «Happy Girls» par les Editions Delcourt

«La sexualité m'intéresse plus que le foot!»

Votre adolescence a-t-elle été une expérience joyeuse ou douloureuse?

Zep. (Rires). Euh… Pas super joyeuse mais pas douloureuse non plus! Elle est assez proche de celle du personnage de «Happy Girls». Je suis entré au Cycle d'orientation à 12 ans. C'était un âge où je préférais jouer avec mes Big Jim, mes petites voitures et mes copains alors que les filles de 12 ans étaient toutes super branchées. Elles pensaient déjà à sortir avec des garçons, à rouler des pelles et à avoir une première expérience sexuelle. Évidemment, elles ne sortaient qu'avec des mecs des classes supérieures. Mes potes et moi étions considérés comme des bébés absolus. Mes trois années de Cycle d'orientation ont été un peu pénibles sur ce plan-là. Avec mes copains, on a essayé de remonter la pente mais on n'a jamais vraiment réussi à rattraper l'avance des filles. Elles étaient beaucoup plus matures que nous.

Quand vous étiez adolescent, qu'avez-vous fait de plus fou pour séduire une fille?

J'avais 15 ans. J'étais assez timide et je ne savais pas trop ce qu'il fallait faire pour plaire à une fille, donc je fonctionnais au défi . Pour moi les filles, c'était un continent inconnu. Je me disais : «tu n'oseras sûrement pas faire ça !», alors par défi , je le faisais. Un jour, j'ai croisé une fille dans le bus qui me plaisait ; je l'ai suivie pour voir où elle habitait. Le jour suivant, je suis allé sonner chez elle et quand elle a ouvert la porte, je lui ai dit que je la trouvais jolie. Elle m'a invité à boire un verre chez elle. C'était très sympa jusqu'à… ce que son copain débarque et ne comprenne pas très bien ce que je faisais là… (Rires).

A votre sens, qu'est-ce qui est le plus difficile à vivre pour les adolescents dans leurs relations garçons/filles?

Je pense qu'aujourd'hui, les jeunes communiquent beaucoup plus entre eux grâce aux chats sur Internet. Ils posent des questions de façon anonyme. C'est plus détendu. Nous, nous étions plus embarrassés. La seule connaissance que nous avions des filles, c'était au cœur de discussions entre garçons et vice versa… À chaque fois, on était assez loin de la réalité. Peut-être qu'aujourd'hui les jeunes ont une meilleure connaissance les uns des autres. Ce qui reste difficile à l'adolescence, c'est que l'on a un esprit d'enfant avec une envie très forte d'être adulte. Et on se trimballe un corps qui n'est pas super raccord avec ce que l'on a en tête. Comme un déguisement mal ajusté !

Si vous redeveniez adolescent aujourd'hui doté de votre expérience d'adulte, quelles erreurs ne commettriez-vous plus?

Déjà, je me raserais la moustache naissante car je ne suis pas sûr que ce soit top séduction ! Même si mon expérience d'homme pouvait rendre les choses plus faciles, je me cognerais encore mon corps d'ado et je serais aussi embarrassé qu'à l'époque. Je ne savais pas bouger. Dans ma tête faisais toujours 1,60 m alors que je faisais déjà 1,75 m. J'étais assez maladroit. Quand je voulais m'approcher d'une fille, je me cognais partout, j'avais le sentiment d'avoir de grands pieds. Je n'étais pas à l'aise.

En fait, Robert c'est vous?

Pas du tout! (Rires). Bon… Il y a certaines histoires qui sont à 100% autobiographiques et d'autres qui sont romancées. Quand j'ai fait le bouquin, j'ai demandé à plein de copains et copines de me raconter des anecdotes sur leurs premières expériences d'adolescents. Et j'ai eu… très, très, très peu de réponses ou alors des réponses complètement idéalisées, retravaillées avec le temps. C'est à ce moment-là que j'ai compris que je ne pouvais compter que sur moi pour faire cet album.

Vous avez exploré l'idée de la sexualité dans la tête des enfants avec Titeuf, décomplexé celle des adultes dans «Happy Sex», effleuré celles des ados dans «Happy Girls», avez-vous encore des cartouches pour nous faire rire autour de ce thème universel?

Pour le moment, non. Mais je pense que je ferai quelque chose sur la gérontologie. Je n'ai pas encore beaucoup de matériel, mais ça va venir ! (Rires). Autrement, la sexualité est un sujet qui m'intéresse plus que le foot ou… les pirates ! Je raconte ma vie dans mes albums. Les relations humaines font partie de mon quotidien. En tant qu'auteur de bandes dessinées, je ne peux pas raconter ma vie sociale dans un bureau. Le plus fort dans mon aventure humaine, ce sont les histoires entre les filles et les garçons. Et c'est aussi ce qui m'intéresse le plus. J'avais beaucoup d'histoires à raconter autour de la curiosité sexuelle de Titeuf. Certaines s'intégraient clairement dans la puberté, comme la masturbation ou la première expérience sexuelle. Et faire basculer Titeuf dans l'adolescence, ça ne marchait pas. Avec l'arrivée des hormones, il n'y a plus qu'un seul sujet qui fascine les ados. Ça efface tout le reste. Je voulais y aller à fond sur ce sujet avec un personnage qui lui soit dédié. Voilà le point de départ de «Happy Girls».

(dossier de presse)

400 000

«Happy Sex», l’album de Zep «réservé aux adultes», a séduit plus de 400 000 lecteurs dont 70 000 en Suisse et 20 000 en Belgique. «Il s’agit d’un score historique pour nous», relèvent les Editions Delcourt. Cette bande dessinée érotico-humoristique aurait permis au dessinateur genevois de gagner plus d’un demi-million de francs.

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