Actualisé 10.05.2008 à 12:08

Zimbabwe: Tsvangirai candidat pour le second tour de la présidentielle

Le chef de l'opposition zimbabwéenne Morgan Tsvangirai, arrivé en tête du premier tour de la présidentielle, a annoncé samedi qu'il sera candidat pour un second tour contre le chef de l'Etat Robert Mugabe.

Il a toutefois posé des conditions.

«Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition) a décidé de participer au second tour. Le peuple est prêt pour le changement, nous devons réaliser son rêve», a déclaré M. Tsvangirai devant la presse à Pretoria.

«Ce second tour pourrait être le dernier round d'un très long combat pour nous libérer de notre ancien libérateur», a-t-il lancé en référence à M. Mugabe, 84 ans, héros de la lutte contre la suprématie blanche dans l'ancienne Rhodésie du sud britannique.

Retour au pays

Le chef du MDC a annoncé son retour «dans les deux jours» au Zimbabwe, qu'il avait quitté peu après les élections et où il est menacé de poursuites pour trahison. «Je rentrerai au Zimbabwe pour parcourir le pays et fêter la victoire».

«Ce qui importe maintenant c'est ce que nous, Zimbabwéens, pensons être la meilleure façon de sortir de cette crise. Sommes- nous assez courageux ? Sommes-nous assez forts ? Sommes-nous assez en colère ?»

Depuis l'annonce il y a une semaine des résultats du scrutin historique du 29 mars, qui lui ont donné 47,9 % des suffrages contre 43,2 % au plus vieux président d'Afrique, M. Tsvangirai était resté silencieux.

Il avait auparavant revendiqué une majorité absolue dès le premier tour, rejetant l'idée d'un nouveau scrutin dans un contexte de violences post-électorales croissantes. Mais jeter l'éponge offrirait un sixième mandat à Mugabe, au pouvoir depuis l'indépendance en 1980.

Conditions rejetées

Aussi a-t-il entouré sa candidature de conditions, immédiatement rejetées par le parti au pouvoir à Harare. Le MDC réclame à la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) un arrêt des violences garanti par le déploiement d'une force régionale de maintien de la paix. Il demande aussi que le scrutin soit surveillé par des observateurs internationaux.

«Le second tour aura lieu dans le respect de la Constitution du Zimbabwe et de notre loi électorale. Nous n'accepterons aucune condition extérieure à notre législation», a déclaré le ministre de la justice et porte-parole de la Zanu-PF au pouvoir, Patrick Chinamasa.

«Nous, la Zanu-PF, sommes prêts pour un second tour. Nous voulons qu'il se tienne le plus vite possible pour revenir à une situation normale», a-t-il affirmé.

Date pas fixée

La date n'en a toujours pas été fixée. Il devrait se tenir avant le 24 mai, soit dans les 21 jours prévus par la loi électorale, mais la Commission électorale a déjà averti que l'attente pourrait durer.

Un second tour tenu après le 23 mai ne serait «pas légitime», a averti M. Tsvangirai. «Si le délai n'est pas tenu, cela signifiera que (le régime) a entamé une campagne visant à ôter sa légitimité au processus électoral».

Les violences politiques se multiplient au Zimbabwe depuis les élections générales, qui ont également donné au MDC la majorité à la Chambre des députés.

L'opposition affirme que plus de 30 de ses partisans ont été tués par des milices du régime. Une association de médecins a recensé plus de 900 blessés depuis le 29 mars, victimes selon elle d'»agents de la sécurité d'Etat». Une responsable syndicale a évoqué le chiffre de 40 000 ouvriers agricoles et membres de leurs familles déplacés.

Le président et le secrétaire général de la centrale syndicale du Zimbabwe sont détenus depuis jeudi, accusés d'»incitation à la rébellion». La confédération sud-africaine a dénoncé samedi un acte «de terreur et d'intimidation».

«Il est temps pour nos forces de sécurité d'écouter leur coeur et de redevenir des professionnels plutôt que de suivre un ancien héros de la libération sur le chemin de la destruction», a prévenu M. Tsvangirai.

(ats)

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