Brésil

09 juillet 2014 01:18; Act: 09.07.2014 11:43 Print

Les torrents de larmes de tout un peuple

par Marc Fragnière, Belo Horizonte - Les larmes qui coulent sur les joues de David Luiz sont celles de tout un peuple. Consolé par Thiago Silva, le capitaine d’un soir pleure son désarroi après le naufrage auriverde.

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Thiago Silva console David Luiz après la débâcle. (Photo: AFP)

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L'image est saisissante et inspire le respect. Malgré le réconfort de son futur coéquipier au PSG, le transfuge de Chelsea est bien seul. Seul d’abord face à la tempête qui s’est abattue sur le Brésil. Seul ensuite à échapper au courroux d’une foule humiliée qui déverse sa haine vengeresse dans un cortège de huées à la sortie du terrain de ses héros déchus. « David, David », scande sans trop d’insistance la tribune principale alors que l’écran géant renvoie l’image de l’homme aux macaronis. Noyé dans sa tristesse, David Luiz n’entend pas.

Ses larmes sont communicatives et cinq minutes après sa disparition dans les méandres menant aux vestiaires, le même air hébété fige les visages des rares Brésiliens qui hantent encore les travées désertées du stade Mineirão. Alors que les fans allemands s'époumonent à chanter à la gloire de leur équipe, des corps jaunes décomposés jonchent les autres gradins.

Ici, une femme, le regard vide, renifle en silence, la tête baissée. Là, un bénévole, prostré, la tête entre les jambes rumine son incommensurable déception, l’empathie d’un autre volontaire ne lui est d’aucun secours. Plus bas, dans l’escalier, un couple à l’œil rougi se réconforte avec douceur.

De Manaus à Porto Alegre, la nuit sera longue. Ses fantômes emporteront avec eux le rêve perdu de toute une nation. Les effusions attendues auront un goût bien plus salé qu’envisagé. Gagnée par l’obscurité, Belo Horizonte n’a sans doute jamais aussi mal porté son nom. Revêtue de son suaire nocturne, elle restera comme le cimetière des illusions auriverde, le crève-cœur d’un peuple passionné à en mourir de ballon rond. Belo Horizonte est devenue le lit d’un fleuve de larmes nationales.

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