Mondial 2014

04 juillet 2014 08:00; Act: 04.07.2014 08:03 Print

Poupées, bougies et amulettes pour la Seleçao

Avant chaque match du Brésil le rituel de «macumba» est le même: Helio allume quatre bougies aux couleurs du Brésil dans une boîte rectangulaire représentant un terrain de foot dans laquelle il a placé des poupées à qui il envoie «force et énergie».

Une faute?

«Là dans la boîte, je place des gris-gris en graines pour leur porter chance, là une amulette de main Figa pour neutraliser les choses négatives, un cristal et un soleil pour leur donner de l'énergie et au milieu les colliers des orixas (divinités africaines) pour les protéger», explique Helio Sillman à l'AFP.

Il a monté son petit autel vaudou à l'entrée de sa boutique «Monde des Orixas» du marché populaire de Madureira, dans la zone nord de Rio, où l'on peut acquérir toutes sortes d'objets rituels comme des tam-tam pour les cérémonies de Candomblé, Macumba et Umbanda (rites afro-brésiliens).

Dans un petit plat en terre à côté, gisent quatre autres petites poupées qui ont les pieds attachés ou les yeux bandés avec un ruban noir.

«Ce sont les quatre équipes que le Brésil a déjà sorties de la Coupe», la Croatie, le Mexique, le Cameroun et le Chili, explique Helio en leur tapant dessus et en leur plaquant le visage sur le fond du plat pour les étouffer.

«C'est comme ça que je neutralise les équipes adverses avant le match. Je prends le joueur leader de l'équipe et je lui lie les pieds pour l'empêcher de bouger sur le terrain. Celui qui a les yeux bandés c'est la gardien de but mexicain Ochoa, qui était très fort pour arrêter les balles. En lui bandant les yeux, ça lui a rendu la tâche plus difficile. Quand le leader va mal, toute l'équipe trinque», affirme-t-il.

A quelques heures du quart de finale Brésil-Colombie à Fortaleza (nord-est), Sillman confectionne deux poupées qui représentent la star «James Rodriguez», le N.10 colombien et «Juan Cuadrado», le 11. Il les revêt du maillot jaune qu'ils porteront et leur lie consciencieusement les pieds. Il allumera les bougies au moment des hymnes nationaux: «Elles doivent tenir tout le match».

Si le Brésil gagne vendredi et affronte plus tard l'Argentine ou la France, alors c'est Benzema ou Messi qui auront les pieds attachés dans le petit plat en terre.

Dans le plus grand pays catholique du monde, le syncrétisme religieux est toujours très présent. Après avoir assisté en grand nombre à la messe de Noël, des millions de Brésiliens s'habillent en blanc le soir du 31 décembre pour faire leurs offrandes à Yemanja, la déesse de la mer du Candomblé. Nombre d'entre eux croient aux esprits, à la réincarnation et à diverses superstitions.

En dépit de préjugés ancestraux et de l'intolérance actuelle des puissantes églises évangéliques, le Candomblé, et son cousin l'Umbanda, ont encore beaucoup d'adeptes dans ce pays de 200 millions d'habitants.

Sillman possède ce magasin «Mundo dos Orixas» et deux autres du même genre depuis 30 ans dans cet immense marché couvert à étages où l'on trouve aussi divers articles pour supporter la Seleçao et du matériel pour des fêtes d'anniversaire notamment.

Il explique que son rituel sert à apporter «une force spirituelle à la Seleçao» car dans une Coupe du monde équilibrée où toutes les équipes sont bonnes «il faut des cracks comme Neymar, du jeu, mais aussi de la chance».


«Et c'est là que j'interviens», assure-t-il.

Il confie que lorsqu'un «Pai de Santo» (prêtre du Candomblé) vient dans son magasin acheter des objets pour les cérémonies, il en «profite pour lui demander de toucher, de parler à la Seleçao pour que son »axé« (chance) devienne plus forte».

«C'est pour ça que nous sommes déjà cinq fois champions du monde. Le Brésil a beaucoup d'axé, de pensée positive, c'est un peuple optimiste», poursuit le sexagénaire, qui a commencé ses rituels lors du Mondial-2006 en Allemagne.

(afp)

Plus de CM 2014