Mondial 2014

09 juillet 2014 23:41; Act: 10.07.2014 07:56 Print

Un pays dévasté par le cataclysme du Mineirao

par Marc Fragnière, Sao Paulo - Le traumatisme est sévère. La claque administrée mardi par l’Allemagne n’a pas fini de résonner dans les caboches brésiliennes.

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Comme tout le Brésil, Luiz Felipe Scolari a eu le coeur brisé par l'élimination des siens en demi-finale. (Photo: Keystone/AP)

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Dans un déferlement nauséabond, la presse locale se fait le miroir de toutes les frustrations nationales. Elle use de super­latifs disgracieux en ri­valisant de cynisme. Dans ce concert de mortifications, rien n’est trop sévère pour juger l’infamante et historique débâcle enregistrée face à une Mannschaft de parade (1-7), la veille. «Honte, embarras, humiliation», titre «O Globo». «Un nouveau traumatisme pour le Brésil», insiste «O Dia» en tirant un parallèle entre le «Maracanaço» de 1950, lorsque les Auriverde avaient perdu à Rio la finale de leur premier Mondial à domicile face à l’Uruguay (1-2), et le «Mineiraço», son désormais ­funeste alter ego de Belo Horizonte. Cible du courroux exacerbé du journal carioca: le sélectionneur Luiz Felipe Scolari, avec une tournure sans équivoque: «Va en enfer Felipao.»

A la démesure des espoirs suscités par la convoitise d’une sixième étoile succède ainsi le flot grondant des lamentations. Humilié, son rêve brisé, le Brésil ravale ses larmes et crache sa honte. Le mal est profond et, à défaut de posséder des vertus cicatrisantes, ce concert de haine se veut libérateur. La veille, le stade de Mineirao s’était déjà retourné contre ses anciens héros. Tour à tour, déchus de leur statut et privés de leurs superpouvoirs, le mutant Hulk et le «serial killer» Fred avaient essuyé les foudres insultantes du public. Flouée, blessée, la foule avait poussé la dérision jusqu’à entonner des «Olé» à chaque passe ­de la sélection allemande, applaudissant même frénétiquement les 6e et 7e réussites de la Mannschaft.

Une véritable chape de plomb s’est abattue sur le pays entier. L’entreprise de destruction allemande a tout balayé sur son passage. Plus que d’une simple gueule de bois, le Brésil doit désormais se remettre d’une sévère dépression. Et comme une âme ne se soigne pas aussi facilement qu’une vertèbre lombaire fracturée, le chemin de la guérison sera long...

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