Mondial 2014

07 juillet 2014 13:47; Act: 07.07.2014 14:20 Print

A Rio, on évangélise les adorateurs du foot

Alors que la fête bat son plein sur la plage de Copacabana à Rio, un cri s'élève soudain parmi l'assemblée des adorateurs du foot: «Alléluia! Jésus nous sauve!».

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Des évangélistes distribuent des tracts sur la plage de Copacabana à Rio. (Photo: AFP/Yasuyoshi Chiba)

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Une centaine d'évangélistes venus de banlieue et d'une favela surplombant le fameux quartier touristique se donnent la main en formant un cercle. Ils entament une prière ponctuée d'un «Gloire au seigneur!» et d'applaudissements, devant un cordon impassible de militaires de faction devant le luxueux Copacabana Palace, où loge l'état-major de la Fifa.

Ils brandissent des pancartes en anglais et en portugais: «Jésus est la solution pour toi!». Le groupe a pour mission de tirer profit de la Coupe du monde et de l'afflux de touristes du monde entier pour «évangéliser» le plus grand nombre. «Nous allons prêcher la parole de Dieu et distribuer 10.000 dépliants. Nous sommes une église vivante et dynamique», clame à l'AFP le pasteur Paulo Solimar, de l'Assemblée de Dieu, qui officie dans la favela Cantagalo.

Ils vont également distribuer 15.000 petits livres bilingues intitulés: «Brésil, histoire, faits et curiosités du football». On y raconte des anecdotes sur le foot et les histoires de Pelé, Cristiano Ronaldo, Fabio Cannavaro et Lionel Messi.
Le livret termine sur un témoignage du joueur brésilien Kaka, évangéliste notoire comme l'attaquant vedette Neymar: «Le vrai sens de la victoire est d'avoir Jésus dans ma vie».

Pas question de boire en regardant un match

La plupart affirment «ne pas rater un seul match du Brésil». «Je supporte à fond la Seleçao», souligne Ivanildo de Oliveira. Mais pas question de boire en regardant un match. L'alcool est interdit. Le Brésil, pays comptant le plus de catholiques au monde (123 millions pour 200 millions d'habitants), connaît une croissance spectaculaire des églises évangéliques et néo-pentecôtistes.

Elles regroupent déjà plus de 40 millions de fidèles, dont l'attaquant vedette Neymar, avec une hausse de 61% en dix ans (de 2000 à 2010), selon l'Institut brésilien de géographie et statistiques (IBGE, public). Le nombre de fidèles de ces églises devrait dépasser celui des catholiques d'ici 2040. Au parlement brésilien, les évangélistes déclarés constituent près de 15% des 513 députés.

Le pasteur Solimar attribue le succès de ces églises «à la faim spirituelle des gens et surtout des plus pauvres, qui souffrent et s'ouvrent plus à l'Evangile». Ces églises attirent en effet beaucoup les populations les plus défavorisées, en leur promettant guérison et richesse. Touristes et supporters regardent passer le cortège et acceptent les dépliants, de plus ou moins de bonne grâce.

«Il y a un dogmatisme chez eux qui ne m'intéresse pas»

Zélia et Uieva, respectivement psychanalyste et psychologue, refusent le tract. «Je meurs de peur de la montée des évangélistes, de leur rigidité, leur morale qui est étouffante», déclare Uieva, sans religion. «Il y a un dogmatisme chez eux qui ne m'intéresse pas», renchérit Zélia. De nombreuses églises néo-pentecôtistes sont accusées d'intolérance envers les homosexuels et de diaboliser les rites afro-brésiliens comme le Candomblé.

Une mendiante à qui l'on propose «l'aide de Jésus» en profite pour demander une «aide immédiate de 3 réais (un euro) pour prendre le bus». Mais elle repart bredouille. On lui recommande d'entrer en contact avec l'Assemblée de Dieu de son quartier. Parmi le groupe, les plus jeunes viennent de familles évangéliques. Les autres ont une histoire qui les a conduits à «vouloir aider les autres».

(afp)

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