Rio de Janeiro

12 juillet 2014 21:33; Act: 12.07.2014 22:04 Print

Journée en enfer au pied du Christ Rédempteur

par Marc Fragnière, Rio de Janeiro - Rio, sa plage de Copacabana, son pain de sucre, son stade Maracana et évidemment sa statue du Christ Rédempteur perchée en haut de Corcovado.

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Le Christ Rédempteur joue à cache-cache dans le brouillard. (Photo: Keystone/AP/Hassan Ammar)

Une faute?

En marge du Mondial 2014 et à la veille de la finale Allemagne – Argentine, difficile en ce samedi de résister à l’idée d’aller admirer le panorama sur Rio de Janeiro depuis la colline où trône son plus illustre monument. Le temps est gris et le brouillard s’amuse à voiler l’édifice? qu’importe, c'est aujourd'hui ou jamais!

Pour se rendre au pied du Christ Rédempteur, le plus simple et le meilleur marché consiste à prendre un métro jusqu’à la sortie Largo de Machado. De là, un trajet en bus de 25 minutes amène les touristes à Cosme Velho… Le début des ennuis, la genèse des illusions perdues. C'est dans cette boîte de sardines surclimatisée qui se transformera néanmoins en fournaise au fil des km que commence la route pour l'enfer.

D'une file à l'autre

A l’arrivée, le chauffeur de bus s’égosille, donne des ordres sur un ton martial et empêche les passagers de sortir du véhicule à la halte de la gare ferroviaire. On comprendra ensuite pourquoi. Sous les injonctions véhémentes du conducteur, la plupart des touristes obtempèrent et se font déposer 500 m plus haut. Il y a là deux files qui se perdent sur le trottoir afin de monter dans des minibus qui arrivent au compte-gouttes. Devant le ridicule de la scène, un groupe de Français habillés aux couleurs de la Seleçao, quelques Argentins et d’autres quidams décident de redescendre au terminus du train à crémaillère. Ils en seront quitte pour un retour au point de départ.

«Fermé, il n’y a pas de train aujourd’hui» expliquent deux dames visiblement lasses de répéter depuis l’aube la même ritournelle. Des Japonais désabusés s’excitent. Ils sont en possession de tickets achetés en prévente. Mais rien n’y fait. Faute de mieux, les touristes remontent là où le bus avait déversé son flot et rejoignent la marée humaine. Bon gré, mal gré, chacun se tape les 500 m de montée pour rejoindre une première file. 20 minutes et 25 reals plus tard, tout ce petit monde, doté d’un incontournable sésame peut remonter 200 m pour accrocher le bout de l’autre queue… Celle qui permet de monter dans les bus menant à Paineiras, station intermédiaire.

Débute alors une attente de 45 minutes rythmée par les chants des supporters argentins tantôt invectivés par des Brésiliens peu heureux d'assister à ce concert gaucho mêlant allégresse et provocation.

Si près, si loin du Christ

25 minutes de minibus chaotique plus tard, le chauffeur, empêtré dans le trafic conseille à ses passagers de terminer la montée à pied et distille en portugais, en espagnol et dans un français douteux un dernier conseil: «Partagez-vous les tâches. Que l'un fasse la première queue et l'autre la deuxième». Sans broncher, chacun met pied à terre et poursuit sa route en piéton, slalomant entre véhicules et klaxons.

Après un quart d’heure de marche. Deux files pointent à l’horizon. Il y a celle où l’on achète les billets pour la deuxième partie de la montée. Le temps d’attente y est estimé à une demi-heure. Et il y a surtout l’autre, interminable serpentin qui se perd dans la forêt, bien après le point de vue. On parle d’une heure et demi d’attente. Fin de parcours ou presque du narrateur.

Pénurie de navettes pour la descente, c’est en qualité de piéton qu’il est préférable de redescendre à Cosmo Velho. Une balade interrompue à mi-chemin par le passage salvateur d’un taxi. Ouf ! l’enfer au pied du Christ Rédempteur n’est heureusement pas éternel.

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