Mondial 2014

14 juillet 2014 11:15; Act: 14.07.2014 13:14 Print

Réveil baby blues après le rêve d'une Coupe

Meurtri par l'humiliation de sa Seleçao mais fier d'avoir organisé un superbe Mondial, le Brésil s'éveille lundi un peu groggy après un mois d'anesthésie sous opium football.

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1954. 1974. 1990. 2014! L'Allemagne est championne du monde, s'exclamait le site web du Spiegel après le quatrième Mondial remporté dimanche par la Nationalmannschaft, alors que le buteur Mario Götze était fêté en héros par les médias. «Cette fois, tu es là, enfin!», titrait Bild sur son site web, en affichant une photo géante du trophée de la Coupe du monde «Götze, Dieu du football», lançait le quotidien le plus lu d'Allemagne. «Merci, Jogi (Löw)! Merci les garçons! Vous nous avez rendus infiniment heureux». L'Allemagne a remporté son quatrième titre de champion du monde... ...le premier depuis la réunification du pays en 1990, en battant l'Argentine... ... de Lionel Messi 1-0 en prolongation en finale, dimanche à Rio de Janeiro. L'équipe de Joachim Löw s'est imposée grâce à Mario Götze (113), remplaçant de luxe, qui offre à l'Europe un premier sacre sur le continent américain. La Nationalmannschaft, qui succède à l'Espagne au palmarès, décroche sa quatrième étoile (1954, 1974, 1990) et met fin à une disette de titres longue de dix-huit ans, depuis l'Euro-1996. Entré à la 88e de jeu à la place de Klose, le «super-sub» (super remplaçant) du Bayern Munich... ... a contrôlé de la poitrine un centre de Schürrle, avant de tromper Romero de près d'une superbe reprise de volée. Favoris pour leur huitième finale de Coupe du monde (record), les Allemands ont empêché Lionel Messi d'offrir à l'Argentine le troisième titre mondial qu'elle attend depuis le sacre de Maradona en 1986 (3-2) face à la RFA. Il s'agit de la dernière victoire de l'Albiceleste en Coupe du monde sur l'Allemagne, sa «bête noire», qui l'a battue ensuite en finale du Mondial-1990 puis en quart lors des Mondiaux 2006 (1-1, 4 t-a-b à 2) et 2010 (4-0). Dimanche, l'Allemagne a subi un coup dur avec le forfait de dernière minute de Khedira, remplacé par le jeune Kramer (23 ans, 5e sélection), pour le seul changement par rapport au onze qui a étrillé le Brésil (7-1) en demi-finale. Comble de malchance, le milieu du Borussia Mönchengladbach a dû sortir à la demi-heure de jeu (31), pas entièrement remis après un coup d'épaule de Garay. Son remplaçant, Schürrle, s'est montré menaçant en cadrant ses frappes (37, 43, 91), repoussées par Romero, et en délivrant un centre parfait pour le buteur.

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Une faute?

«Le mantra ici c'est: la vie continue. Le bon football fait vibrer le pays mais c'est un jeu et la vie est bien plus que cela. Le Brésilien se tourne maintenant vers l'économie, l'inflation élevée», déclare à l'AFP André César, analyste politique du cabinet de consultants Prospectiva à Brasilia. Le Mondial au «pays du futebol» a pris les Brésiliens à leur propre art du contre-pied.

Ils rêvaient d'un sixième titre mondial qui effacerait à jamais le traumatisme du «Maracanazo», la plaie ouverte de la défaite de 1950 face à l'Uruguay au stade Maracana de Rio. Ils ont assisté à un film d'horreur. Leur Seleçao quintuple championne du monde a subi la plus grande humiliation de son histoire face à l'Allemagne (1-7) en demi-finales. Une claque à peine atténuée par la défaite des rivaux historiques argentins en finale face à leurs bourreaux allemands (1-0 a.p).

Après sept ans de coûteux et laborieux préparatifs, ils craignaient que des failles d'organisation et des manifestations violentes ne transforment la compétition en «honte» nationale au yeux du monde. Mais les aéroports, les transports et les stades ont finalement bien fonctionné, à grand coups de distributions de jours fériés et vols supplémentaires.

Les revendications ont été mises en sourdine

Le Mondial brésilien a égalé le record de buts (171) marqué dans une coupe du monde lors de matches passionnants. Des supporteurs du monde entier ont communié joyeusement avec les Brésiliens pendant la grand-messe du football.

Le géant émergent d'Amérique latine, septième puissance économique mondiale, a finalement gagné son pari. Démontrer au monde qu'il était devenu plus que le «pays du futebol» et de la samba. Qu'il était capable d'organiser l'un des deux plus grands événements sportifs mondiaux, en attendant les JO-2016 à Rio.

«Les Brésiliens ont une capacité de résistance très forte. Certes ils sont tristes et déprimés. Mais leur tempérament festif les aidera à se récupérer», assure la psychologue Dalva Frigulha. «Au fond, ils savaient que l'équipe n'était pas bonne. Quand je parle avec eux dans l'intimité, ils sont pratiquement unanimes à penser cela. Ils ont perdu, mais cela ne va pas générer une grande commotion. Le pire est passé et ils reviennent à leur vie quotidienne», ajoute-t-elle.

Dilma Roussef aurait préféré un triomphe

Candidate à un second mandat, la présidente de gauche Dilma Rousseff, très critiquée avant la Coupe, aurait bien sûr préféré un triomphe de la Seleçao. Mais elle a beau jeu de marteler que, contrairement aux prédictions des «oiseaux de mauvais augure», le Brésil peut s'enorgueillir d'avoir organisé la «Coupe des coupes» qu'elle promettait.

Favorite de la présidentielle du 5 octobre, elle a progressé de quatre points pendant le Mondial, à 38% des intentions de vote, selon un sondage effectué avant la déroute de la Seleçao. Il est trop tôt pour dire si cette déroute inversera la tendance.

En 1998, la défaite du Brésil en finale face à la France (0-3) n'avait pas empêché Fernando Henrique Cardoso d'être réélu. A l'inverse, la victoire de la Seleçao au Mondial-2002 au Japon et en Corée du Sud a été suivie par l'élection de l'opposant Luiz Inacio Lula da Silva, du Parti des travailleurs (PT, gauche). En 2006, l'élimination prématurée du Brésil n'a pas empêché la réélection de Lula, par plus que la piètre performance de 2010 n'a entravé l'élection de sa dauphine Dilma Rousseff.

(afp)

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