Cérémonie du thé

09 mars 2018 10:00; Act: 09.03.2018 14:24 Print

Le thé, aller simple vers la sérénité

par Lucien Esseiva - Les vertus de superaliment du matcha sont à présent bien connues. Mais on a presque oublié les origines de ce thé vert moulu.

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Chaque geste de la maîtresse de cérémonie Soyu Mukai à répond des règles ancestrales. (Photo: MUSEUM RIETBERG)

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Le musée Rietberg, à Zurich, ne propose pas que des expositions archéologiques ou de peinture. Une de ses salles est consacrée à un art ancestral japonais: la cérémonie du thé. La maîtresse des lieux, Soyu Mukai, dirige le seul salon du pays à y être dédié. Le décor a été entièrement conçu au Japon et livré par bateau. «Cet espace a été créé pour vivre 150 ans», explique-t-elle. Mais la tradition qu’elle célèbre est bien plus ancienne.

C’est au XIIe siècle que des moines zen japonais ont importé de Chine cette poudre de thé vert qu’on appelle désormais matcha. Très vite, il s’est imposé dans les hautes sphères de la société. Seuls les aristocrates et les intellectuels étaient autorisés à prendre part aux cérémonies du thé et les femmes n’étaient pas acceptées. Aujourd’hui, les règles se sont assouplies et il n’est plus nécessaire de s’envoler pour le Pays du Soleil levant pour en faire l’expérience. Une visite chez Soyu Mukai suffit. Née au Japon, elle pratique depuis trente ans. Sa formation, commencée à l’âge de 12 ans, a duré presque vingt ans. «Je n’ai toutefois pas encore fini d’apprendre», confie la Zurichoise d’adoption.

Pour un novice, la cérémonie du thé peut vite devenir une épreuve physique. Les nattes du tatami causent rapidement des douleurs dans les genoux et les fourmillements dans les pieds ne tardent pas à prendre le relais. La magie du moment fait toutefois vite oublier ce relatif inconfort. Chaque geste, chaque étape est réglée par un protocole précis. Quand elle se déplace, Soyu Mukai compte ses pas. Prendre la louche, disposer les gobelets en bambou, tenir la poignée de la théière: tout obéit à des lois ancestrales. «Il existe de multiples façons de préparer le thé, que j’adapte selon l’invité, la saison ou l’occasion», précise la maîtresse de cérémonie. C’est l’élégance et la solennité du moment qui le rend si spécial. La dégustation du breuvage, qui doit se faire en trois gorgées exactement, en devient presque accessoire. «Les piliers de la cérémonie sont l’harmonie, le respect, la pureté et le silence», conclut Soyu Mukai, à la fin de son travail, qui aura duré presque une heure et demie.