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29 avril 2014 17:20; Act: 30.04.2014 16:35 Print

Alstom préfère GE, mais reste ouvert à d'autres offres

Le groupe industriel français préfère l'offre de l'américain General Electric pour le rachat de son importante branche énergie.

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Alstom laisse, néanmoins, la porte entrouverte à d'autres propositions éventuelles, dont celle de l'allemand Siemens, comme le souhaitait le gouvernement qui surveille de près le dossier.

Le conseil d'administration d'Alstom a reconnu «à l'unanimité les mérites stratégiques et industriels» de l'offre de GE d'un montant de 12,35 milliards d'euros (15,1 milliards de francs), lors d'une réunion mardi soir étroitement suivie par l'Etat qui entend veiller à la préservation de l'emploi et au maintien d'activités stratégiques en France.

Le fabricant de turbines électriques et de TGV va cependant mettre en place un comité d'administrateurs indépendants, pour procéder, d'ici à fin mai, à «un examen approfondi de l'offre, en tenant compte des intérêts de l'ensemble des parties prenantes, y compris ceux de l'Etat français».

Dans ce cadre, Alstom ne pourra pas solliciter d'autres offres, mais «s'est réservé le droit de répondre à des offres non sollicitées», se laissant des marges de manoeuvres, comme le souhaitait le gouvernement qui refusait d'être mis devant le «fait accompli».

Le conseil a, en effet, «pris connaissance d'une déclaration d'intérêt» de Siemens, qui aura un accès équitable à l'information lui permettant, le cas échéant, de soumettre une offre ferme».

Dossier pas plié

Le dossier «n'est pas plié», a assuré Arnaud Montebourg mercredi. «Nous avons devant nous plusieurs semaines» et «le gouvernement compte utiliser ce temps pour défendre les intérêts industriels de la nation.» Le ministre de l'Economie avait reproché à Alstom de ne pas l'avoir tenu informé des négociations en cours avec GE, dévoilées par la presse la semaine dernière.

«Nous avons été entendus, c'est cela qui me paraît essentiel», s'est félicité le Premier ministre Manuel Valls, tandis que le ministre des Finances Michel Sapin a indiqué que le gouvernement n'entendait pas mettre son veto à l'opération.

Après des rumeurs d'OPA hostile visant Danone en 2005, la France a pris un décret qui soumet à autorisation préalable les investissements par des groupes étrangers dans des entreprises appartenant à des secteurs stratégiques.

Le gouvernement, qui a placé la lutte contre le chômage et la désindustrialisation au coeur de son projet politique, était monté au créneau dans ce dossier, qu'il juge stratégique, en demandant notamment à Alstom de ne pas précipiter sa décision.

«Il est clair que l'Etat aura son mot à dire», a admis le directeur général Patrick Kron, sans cacher sa préférence pour GE. «Cette très bonne offre» se justifie, selon lui, par les difficultés d'Alstom, qui ne dispose pas de la taille critique dans un marché énergétique européen atone.

La division énergie emploie 65'000 personnes dans le monde, dont près de 9000 en France (sur 18'000) et plus de 6300 en Suisse, pour un chiffre d'affaires de 14,8 milliards d'euros sur l'exercice 2012-2013, soit environ 70% des revenus totaux.

Questions stratégiques à moyen terme

«Il n'y a pas le feu. Il n'y a pas de problème à court terme, mais il y avait des questions stratégiques à moyen terme», a expliqué Patrick Kron. Il a lui-même pris contact avec GE, dont il a vanté la complémentarité des métiers avec ceux de son groupe, dans l'éolien, l'hydroélectricité ou les services.

General Electric a aussi défendu son offre. La société veut développer l'emploi en France et a proposé que les centres mondiaux pour ses activités turbine à vapeur, énergie hydraulique, éolien offshore et réseaux y soient localisés. Le «centre d'excellence» pour les turbines à gaz resterait à Belfort.

Ces déclarations n'ont pas refroidi Siemens. L'industriel allemand a amélioré sa proposition préliminaire. Il évalue dans une fourchette de 10,5 milliards à 11 milliards d'euros les activités énergie d'Alstom et propose de lui céder, en plus de ses trains à grande vitesse, son activité dans les métros et trains de banlieue.

Si le projet de GE était mené à bien, Alstom se concentrerait sur ses activités emblématiques dans le transport qui, grâce au produit de la cession, bénéficieraient d'une assise financière «robuste» pour se développer.

(ats/afp)