Suisse

09 juillet 2014 12:32; Act: 09.07.2014 12:32 Print

Chassé-croisé horloger avec le Japon

Alors que les entreprises suisses avaient été malmenées, il y a quarante ans, par les produits japonais, les montres helvétiques font aujourd'hui un tabac dans l'archipel nippon.

Une faute?

Concurrent important de l'horlogerie suisse, le Japon figure aussi au rang des gros clients des manufactures helvétiques. Le pays du Soleil levant, qui avait causé des difficultés au secteur en Suisse il y a 40 ans, représente même depuis le début de l'année le troisième débouché des fabricants de montres «Swiss made».

L'an passé, les exportations horlogères suisses au Japon se sont hissées à 1,15 milliard de francs, en hausse de 5,7% par rapport à 2012. L'archipel est le septième débouché pour les horlogers helvétiques, derrière Hong Kong, les Etats-Unis, la Chine, l'Allemagne, l'Italie et la France.

Les exportations de montres suisses ont représenté 18,7% des livraisons de l'industrie helvétique au Japon en 2013, derrière celles de produits pharmaceutiques (36,7%).

Perspectives réjouissantes pour 2014

Et, cette année, tous les feux restent au vert, relève Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération horlogère suisse (FH). Ainsi, le mois passé, les exportations vers le Japon ont bondi une nouvelle fois: +9,8% par rapport au même mois de 2013. De janvier à mai, elles se sont envolées de pas loin d'un tiers ( 32,4%), une croissance nettement supérieure à la moyenne. Jean-Daniel Pasche précise en outre que tous les segments présentent une progression, et pas uniquement le haut et le moyen de gamme.

Quant aux importations de montres provenant du Japon, elles se sont chiffrées à 79 millions de francs l'an passé, chutant de 27% au regard de 2012, selon des chiffres de l'Administration fédérale des douanes. En 2010, les envois de produits horlogers depuis l'archipel dépassaient les 117 millions.

Mais Jean-Daniel Pasche note qu'il est difficile de connaître précisément le niveau des livraisons japonaises en Suisse du fait qu'une partie non négligeable est assemblée en dehors du Japon. Les entreprises horlogères nippones disposent en effet d'importants centres de production en Chine et ailleurs en Asie, indique Pierre-Yves Donzé, professeur associé à l'Université de Kyoto.

Horlogerie japonaise sur le déclin

Les ventes globales de montres et de mouvements horlogers des entreprises japonaises affichent une stagnation depuis l'an 2000, poursuit Pierre-Yves Donzé. En 2010, elles se sont chiffrées à 226 milliards de yens (2 milliards de francs), contre 255 milliards de yens dix ans auparavant.

Comparé à la décennie précédent, on relève même une chute vertigineuse des ventes: en 1992, elles se montaient encore à 411 milliards de yens. En regard de la formidable croissance des exportations de Suisse et de Hong Kong, les parts de marché des horlogers japonais sont en forte diminution.

La tendance observée depuis vingt ans est assurément un déclin profond, symptomatique des difficultés de l'industrie manufacturière japonaise, observe Pierre-Yves Donzé. Dans son dernier ouvrage intitulé «L'évolution de l'industrie horlogère japonaise», le professeur attribue le déclin nippon à un paradigme technologique qui n'a pas changé depuis les années 1950.

Guidées par leur obsession technologique, les entreprises nippones peinent à s'adapter à un environnement changeant. Si l'innovation est restée reine, avec une diversification vers le luxe, les horlogers nippons ont été incapables de s'adapter à un marché mondial en profonde mutation où, d'objet technologique, la montre est devenue un produit de mode et de distinction sociale.

(jfz/ats)