Crise des subprimes

14 septembre 2018 10:44; Act: 14.09.2018 11:22 Print

Dix ans après Lehman, les leçons de la crise

Il y a 10 ans, la banque d'affaires américaine Lehman Brothers faisait faillite et provoquait un séisme financier mondial. Des enseignements ont-ils été tirés de cette débâcle?

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La faillite de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers en septembre 2008 avait provoqué un séisme international. Le monde découvrait alors avec stupeur les subprimes, des crédits hypothécaires accordés à des débiteurs peu solvables et qui avaient été transformés en investissement soi-disant sûr et rentable. Dix ans plus tard, quelles leçons ont été retenues de cette débâcle?

L'endettement mondial progresse

En matière d'endettement, les leçons ne semblent pas retenues. Pour Nick Clay de Bank of New York Mellon, «il faut de la force et du courage pour surmonter une addiction. Dix ans après l'effondrement de Lehman Brothers, aucune de ces qualités ne semble être présente. Au contraire, nous n'avons rien appris».

L'addiction s'est accrue, sous l'effet conjugué des politiques monétaires extrêmement accommodantes et des liquidités mises à disposition en profusion par les banques centrales. L'endettement mondial des économies matures et en développement s'est ainsi accru, autant au niveau des gouvernements que des acteurs financiers, des ménages et des entreprises.

L'exercice délicat auquel doivent se livrer les instituts d'émission est maintenant de réduire ces liquidités sans provoquer de nouvelle crise. Pour Nick Clay, cela risque d'être difficile au vu des rumeurs sur des fonds au bord de l'implosion. Des crises géopolitiques comme en Turquie sont également un signe inquiétant.

Gestion des crises améliorée

Dans d'autres domaines, des leçons ont par contre été retenues, notamment dans la gestion de crises, a estimé Thomas Stucki, directeur des investissements de la Banque cantonale de Saint-Gall (SGKB).

Les banques centrales sont devenues très efficaces dans ce rôle, disposant des moyens nécessaires pour intervenir. Les décisions des régulateurs ont permis de rendre les banques plus solides, notamment en matière de fonds propres et de ratio de levier. Des mesures en vue d'une faillite ordonnée en cas de nouvelle crise ont également été édictées.

Les acteurs financiers, en Suisse et à l'étranger, se plaignent cependant de la charge admnistrative et des coûts supplémentaires qu'ont engendrés ces nouvelles réglementations.

Vers un resserrement monétaire

Après des années de politique monétaire accommodante, les banques centrales se sont lancées dans la délicate tâche de resserrer la vis en matière de taux d'intérêts et de liquidités.

Alors que la Réserve fédérale américaine (Fed) s'est déjà lancée dans la hausse des taux, son homologue européenne (BCE) ne devrait pas bouger à ce niveau avant l'année prochaine. L'institut de Francfort devrait par contre arrêter en fin d'année les rachats massifs de dette publique et privée. De l'avis des spécialistes, la Banque nationale suisse (BNS) ne devrait pas relever ses taux directeur avant 2019.

Le prochain resserrement de la politique monétaire se traduira par un ralentissement conjoncturel, estime la SGKB. «Mais cela ne sera pas le point de départ d'une nouvelle crise financière», a ajouté M. Stucki.

Quant aux crises dans les pays émergents, elles sont d'origine locale et ne comportent pas le risque de contagion mondiale comme les subprimes en 2008, ont estimé les analystes de Pictet. La liste des dangers potentiels s'allonge cependant continuellement avec les litiges sur le commerce international, le Brexit, la chute de devises de plusieurs pays émergents et les gouvernements populistes.

(nxp/ats)