Royaume Uni

23 septembre 2019 14:27; Act: 23.09.2019 14:33 Print

Faillite de Thomas Cook: le désastre était annoncé

Pionner des vacances modernes, le voyagiste n'aurait pas su évoluer avec son temps, estiment les analystes. Sa dette abyssale ne serait que le symptôme d'un rouage trop grippé.

Sur ce sujet
Une faute?

Il aura fallu un week-end pour sceller le sort de Thomas Cook. Mais cette chute précipitée par l'intransigeance de certaines banques s'explique à la fois par des années de gestion hasardeuse, une féroce concurrence d'internet et le Brexit.

Le vénérable voyagiste britannique a mis brutalement un terme lundi matin à 178 ans d'histoire, depuis que son fondateur, Thomas Cook, avait inventé en 1841 le tourisme moderne au début de l'ère victorienne.

Sa faillite brutale n'est pas une surprise compte tenu de l'état de santé du groupe qui n'en finissait pas de se dégrader depuis dix ans, avec une dette gigantesque de plus d'un milliard de livres.

«La dette n'a été que le symptôme d'un mal profond. Thomas Cook a échoué parce qu'il n'a pas su évoluer avec son temps», explique Neil Wilson, analyste chez Markets.com. De son côté, le gouvernement britannique, qui a ouvert une enquête, a estimé qu'il «y avait plusieurs raisons compliquées derrière la faillite», selon une porte-parole de Downing Street.

Tournant en 2007

Le tournant peut être daté de 2007 quand le groupe se lance dans le rachat de MyTravel, un spécialiste britannique du voyage organisé traditionnel.

Cette acquisition au prix fort sera difficile à digérer, au moment même où le modèle du groupe est remis en question par l'essor des vacances achetées sur internet.

Au début des années 2000, il avait déjà acheté les agences Havas, puis le réseau du tour opérateur Jet Tours, deux groupes français qui ont connu leur heure de gloire dans les années 80 et 90.

Quelques années plus tard, en 2011, le groupe traverse une sévère zone de turbulences en raison du printemps arabe en Tunisie et en Egypte, qui refroidissent bon nombres de touristes européens.

Le marché sans pitié

Il frôle alors la faillite une première fois et ne doit son salut qu'à une nouvelle injection d'argent de ses créanciers, ce qui alourdit son endettement et va le contraindre à dépenser des centaines de millions de livres en intérêts.

Ainsi fragilisé, il affrontait depuis deux ans une nouvelle tempête entre les incertitudes du Brexit, qui ont encouragé beaucoup de touristes à repousser leurs vacances, la chute de la livre, qui pèse sur ses comptes, et une vague de chaleur qui a incité beaucoup d'Européens à passer leurs vacances près de chez eux plutôt qu'à rechercher le soleil lointain.

Le groupe a multiplié les avertissements sur résultats et creusé ses pertes, l'action s'est effondrée: elle ne valait plus que 3,45 pence, soit 0,0345 livre, vendredi soir, contre 1,2 livre début 2018.

Cela n'a pas empêché les dirigeants d'empocher quelque 20 millions de livres au cours des cinq dernières années malgré leur incapacité à remettre Thomas Cook sur les rails, a noté la presse britannique.

Coup de grâce

L'annonce au printemps d'une prise de contrôle de l'activité de tour-opérateur par le chinois Fosun, déjà propriétaire de Club Med, a redonné un peu d'espoir. Les créanciers devaient, dans le cadre de cet accord, reprendre la compagnie aérienne pour près d'un milliard de livres.

Mais cela n'a pas suffi aux yeux de certains bailleurs de fonds, en particulier les banques RBS et Lloyds, qui ont exigé en fin de semaine dernière que le groupe trouve 200 millions de livres de plus pour assurer sa survie jusqu'à novembre 2020.

«Les banques lui ont coupé l'herbe sous le pied», selon M. Wilson. De source proche du dossier, au-delà des banques, c'est le montage même prévu avec Fosun qui suscitait des doutes, certains jugeant qu'il y avait beaucoup à perdre tant la situation de Thomas Cook était devenue précaire.

Résultat, malgré des réunions de la dernière chance tenues à Londres au cours du week-end, personne n'a voulu mettre plus d'argent, et surtout pas le gouvernement conservateur, qui a pour principe de ne pas intervenir en cas de faillite d'une entreprise privée.

22'000 salariés

Un soutien du gouvernement à Thomas Cook, nationalisé entre 1948 et 1972, «ne l'aurait maintenu à flot que pour très peu de temps», se justifiait sur la BBC lundi le ministre des Transports, Grant Shapps.

Selon lui, «le groupe avait des difficultés profondes à évoluer dans le secteur du voyage qui s'est éloigné des agences de centre-ville pour se tourner vers les réservations en ligne». Les 22'000 employés du groupe, dont 9000 britanniques, pourraient en payer le prix.

(nxp/ats)

Les commentaires les plus populaires

  • Eric Lecteur le 23.09.2019 16:19 Report dénoncer ce commentaire

    Cela me rappelle

    Cela me rappelle les éminences du conseil d'administration de feu Swissair qui se hâtèrent d'empocher quelques ultimes millions pendant qu'il était encore temps.

  • AlexTec le 23.09.2019 21:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Swissair vs Thomas cook

    Swissair 16 milliards de dette. Thomas Cook 1 milliards. Chercher l'erreur......

  • Rhimi le 24.09.2019 11:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    70 million

    La faillite de Thomas Cook coûterait 70 millions aux hôteliers tunisiens d'après le ministre de tourisme rené trabelsi

Les derniers commentaires

  • Liberland le 24.09.2019 13:18 Report dénoncer ce commentaire

    Viel ordre du pur bigot intolérant

    beaucoup d autres faillites vont suivre ou sont en cours pour essayer d implorer l UE en aide financière, que l UE se réveille et donne moins au Visegrad Pologne qui ne veux aucuns réfugiés , coptes ou orthodoxes alors qu ils sont en manque de bras et de cerveaux dans plein de domaines !

  • Le Bebert 007 le 24.09.2019 12:41 Report dénoncer ce commentaire

    Modèle suisse

    Modèle suisse ubs ?

  • Rhimi le 24.09.2019 11:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    70 million

    La faillite de Thomas Cook coûterait 70 millions aux hôteliers tunisiens d'après le ministre de tourisme rené trabelsi

    • Dark Light le 24.09.2019 18:43 Report dénoncer ce commentaire

      Merci, Madame Bourguiba!

      J'ai connu la Tunisie de Bourguiba, et sa 2e épouse, petite, grosse, gentille, douce et adorable. Plus tard, en 1976 Madame Bourguiba est devenue amie de notre famille à Genève, et elle est venue chez moi pour cuisiner et pour nous raconter ses histoires. En 1977 nous avons passé nos vacances à Djerba, mais nous avons décliné toutes ses invitations car, avec notre petit 5 pces aux Avanchets, nous n'étions pas à la hauteur d'une telle dame. Toujours non-aligné depuis 1961, je pense souvent à Madame Bourguiba. En ce temps-là nous vivions dans un autre monde, un monde merveilleux.

  • Gérard du Vaud le 23.09.2019 22:22 Report dénoncer ce commentaire

    on est des gros voyageurs

    On s'en fout, nous les Suisses on est des gros voyageurs, on adore polluer le ciel en avion !! rts .ch, 09 novembre 2017 : « Neuf Suisses sur dix sont partis en voyage à l'étranger l'an dernier ... Un peu plus de neuf personnes sur dix (90,6%) ont fait leur valise pour un ou plusieurs séjours à l'étranger. » ... hi hi hi.. On est des gros pollueurs, et on adore ça !!

    • Schnifoutz le 24.09.2019 04:48 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Gérard du Vaud

      Ben je ne fais pas partie des 9 alors. Je n'ai pas pris l'avion depuis 12 ans :)

    • attention les fusibles le 24.09.2019 08:06 Report dénoncer ce commentaire

      @Schnifoutz

      T'as raison, mieux vaut rester chez toi, manger local tous les jours, fermer la porte à double tour et ne pas sortir de ton village.

    • Schnifoutz le 24.09.2019 17:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @attention les fusibles

      Non j'ai peur c'est tout.

    • Bashi le 24.09.2019 18:07 Report dénoncer ce commentaire

      Bouzouk

      Bravo schnifoutz et continuez, vous êtes extraordinaire.

    • Ako si Michel le 24.09.2019 19:04 Report dénoncer ce commentaire

      (Je suis Michel)

      Cher Schnifoutz, je t'invite de venir avec moi sur 7107 îles philippines et je te paye le vol aller-retour quand tu veux. En 90 jours, tu apprendras à parler la plus belle langue filipino-tagalog, à aimer les autres et à être aimé. Et pour l'hôtel, tu n'auras que ma maison au pied de la montagne "People's Park in the Sky", le lac Taal au sud de Laguna et le Pacifique pour te bercer. Les meilleurs restaurants sont clandestins, et ne coûtent que US$1 pour des amis, et pour toi sont gratuit. Sur mes routes PH, on trouve le signal "slow down chicken crossing", et on mange du poulet en crapaudine.

  • AlexTec le 23.09.2019 21:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Swissair vs Thomas cook

    Swissair 16 milliards de dette. Thomas Cook 1 milliards. Chercher l'erreur......

    • Willy le 23.09.2019 22:37 Report dénoncer ce commentaire

      j'ai trouvé

      ça s'écrit "cherchez" l'erreur ? j'ai bon, là ?

    • sauf que le 24.09.2019 08:11 Report dénoncer ce commentaire

      @AlexTee

      Un "tour opérateur" n'est pas Swissair et ne pourra jamais le devenir. Ton Swissair n'avait besoin que de 4 milliards de francs qu'un mauvais banquier n'a pas souhaité avancé.

    • Sauver Willy le 24.09.2019 15:12 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Willy

      Non, pas nécessairement, les 2 orthographes sont correctes. L'infinitif s'utilise aussi dans ce cas.