Etats-Unis

01 octobre 2011 08:50; Act: 01.10.2011 08:54 Print

Il va falloir payer pour utiliser sa carte bancaire

Les grandes banques américaines, dont les bénéfices ont été fortement atteints par la crise financière, commencent à facturer l'utilisation des cartes de paiement.

Une faute?

Bank of America a annoncé qu'elle allait facturer cinq dollars chaque mois à ses clients utilisant leur carte à débit immédiat à une date qui reste à déterminer, début 2012.

Selon elle, c'est la seule façon de couvrir les coûts d'une nouvelle réglementation entrant en vigueur samedi, qui plafonne à 22 cents les frais de traitement des paiements par carte facturés aux commerçants, contre 44 cents auparavant. Le secteur estime le manque à gagner entre 7 et 8 milliards de dollars par an.

Bank of America est un symbole: elle est le plus grand établissement du pays, réputé pour avoir bon nombre de ménages modestes parmi ses clients. Elle devrait être la première à appliquer cette tarification à l'échelle nationale.

Pour ne pas payer, utiliser le liquide

Elle a précisé que ses clients pourraient toujours éviter ce coût en payant tout par argent liquide, les retraits aux distributeurs Bank of America restant gratuits. Mais l'annonce a fait du tort à son image.

En signe de protestation, une présentatrice de la chaîne d'information financière Fox Business a découpé jeudi soir sa carte bancaire Bank of America en direct à l'antenne.

Pour la classe politique, ces nouveaux frais ne font qu'illustrer l'avidité des banquiers qui tentent de contourner les règles au détriment des clients, afin de nourrir les profits de leurs actionnaires et la rémunération élevée de leurs salariés.

Conséquence de la crise

Pour les analystes financiers, cette décision découle plus des conséquences de la crise financière et du coût des lois et règlements adoptés pour tenter d'éviter sa réédition.

«Les banques sont en difficulté financière et doivent parallèlement faire face à un déluge de nouvelles réglementations», a expliqué Madeline Aufseeser, spécialiste des cartes bancaires à la société de consultants Aite Group.

Selon elle, «ces deux facteurs combinés ne leur permettent plus d'opérer comme dans le passé. Les banques tentent de remplacer les sources de revenus qu'elles ont perdues».

Bank of America, Wells Fargo, JPMorgan Chase et Citigroup, les plus importantes banques de détail aux Etats-Unis, comptent maintenant sur les particuliers pour redresser leur bilan, après avoir vu leurs activités les plus rentables soumises à des règles plus strictes.

«Le modèle économique qui permettait d'offrir gratuitement au client la possibilité d'utiliser une carte à débit immédiat a changé avec les nouvelles réglementations», a expliqué une porte-parole de Bank of America pour justifier l'introduction de cette nouvelle charge.

Outré

L'auteur de l'amendement qui a instauré le plafond aux frais de transaction, le sénateur Dick Durbin, s'est dit outré.

«Il semble que Bank of America ait du mal à se défaire de ses mauvaises habitudes», a commenté cet élu démocrate dans un communiqué. «Après avoir pendant des années tiré des bénéfices excessifs d'un système de compensation injuste et anticoncurrentiel entre banques, Bank of America essaie de trouver de nouveaux moyens pour conserver ses profits au détriment des clients».

Les associations de défense des consommateurs leurs conseillent de menacer leur banque de partir.

«De nombreuses banques et caisses d'épargne seront très heureuses d'accueillir les nouveaux clients non satisfaits des nouvelles tarifications mises en place par certaines grandes banques», a noté Norma Garcia, de l'Union des consommateurs.

Pas de meilleures conditions?

Mais les Américains pourraient avoir du mal à trouver ailleurs de meilleures conditions: dans la jungle des tarifs bancaires, ils se heurteront à des services payants chez une autre banque qui étaient gratuits dans la leur.

Pour l'analyste Madeline Aufseeser, la plupart des banques vont commencer à facturer les retraits aux distributeurs ou l'envoi de courrier dans l'espoir de renouer avec les bénéfices que les investisseurs leur réclament.

Le problème, selon elle, est «qu'ils vont créer un marché où les gens n'auront tout simplement pas les moyens de conserver un compte en banque de base» à un moment où le chômage de longue durée progresse.

(afp)