Crise de la dette

09 mai 2012 14:59; Act: 09.05.2012 20:08 Print

La Grèce se rapproche d'une sortie de l'euro

La crise de la dette est relancée par la Grèce. Les analystes sont toutefois partagés sur les conséquences: contagion et récession grave, ou au contraire endiguement de l'incendie.

Sur ce sujet
Une faute?

Des responsables grecs et européens ont clairement prévenu mercredi que la Grèce, plongée dans une grave crise politique à l'issue des législatives de dimanche, risquait de sortir de la zone euro si elle échouait à former un gouvernement pour mettre en oeuvre l'austérité réclamée par ses bailleurs de fonds internationaux.

«Les élections ont accru le risque de voir la Grèce choisir la sortie», affirme dans une note Bruno Cavalier, d'Oddo Securities. L'instabilité politique «nous renforce dans notre conviction que la Grèce pourrait quitter la zone euro dès la fin de l'année», renchérit Capital Economics.

Concrètement, si Athènes ne parvient pas à trouver un accord politique pour respecter les conditions du plan de sauvetage de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), c'est-à-dire une poursuite, à marche forcée, de la réduction des déficits et des réformes structurelles, les bailleurs de fonds ne lui verseront plus un euro.

Ce sera la faillite, et, dans l'immédiat, «un bain de sang social pour les Grecs, puisque l'Etat devra stopper certaines dépenses comme les allocations ou le traitement des fonctionnaires», souligne à l'AFP Jésus Castillo, de Natixis.

«Les lignes bougent depuis l'élection de Hollande»

Mais cet économiste fait partie de ceux qui ne croient pas à une telle issue. Selon lui, «les lignes bougent en Europe depuis l'élection de François Hollande à la présidence de la France». «Cela pourrait amener l'Europe et le FMI à annoncer quelques mesures pour soutenir la croissance et montrer aux Grecs qu'ils n'ont pas l'austérité comme unique horizon», assure-t-il.

Du coup, espère Jésus Castillo, les partis helléniques pourraient trouver un accord, conscients du fait qu'une majorité d'électeurs veulent conserver la monnaie commune.

Si toutefois le scénario noir venait à se réaliser, les avis divergent sur les conséquences économiques pour la zone euro. Une «nouvelle séquence de stress majeur» n'est pas à exclure sur les marchés, estime Fabrice Cousté, de CMC Markets.

Alors que la tempête semblait passée, le retour de la défiance et des incertitudes «pourrait à lui seul aggraver la brève récession traversée par la zone euro» en ce début d'année, redoute Gillian Edgeworth, d'Unicredit.

«Ni l'UE ni le FMI» ne peuvent endiguer la crise

Et pour le courtier Aurel BGC, «l'idée même de l'Europe» serait remise en cause «aux yeux des marchés», poussant les investisseurs à se détourner davantage encore des pays déjà fragilisés comme le Portugal, l'Irlande ou l'Espagne.

Surtout, prévient l'économiste d'Unicredit, «ni l'UE ni le FMI n'ont encore mis en place les pare-feu suffisants pour gérer une telle crise» et la Banque centrale européenne (BCE), seul pompier bien équipé, serait dès lors contrainte d'injecter dans le système financier encore plus d'argent qu'elle ne l'a fait ces derniers mois. Selon lui, les créanciers publics d'Athènes vont donc chercher une solution, ne serait-ce que pour tenir le temps de renforcer ces pare-feu.

A contrario, certains experts pensent que le cas grec a été isolé. «Une partie de la dette grecque est passée des investisseurs privés vers des créanciers publics, une partie a été annulée et une autre rachetée par la BCE, tandis que les banques ont réduit leur exposition et provisionné le risque de défaut», juge Jésus Castillo.

Bruno Cavalier qualifie pour sa part de «nul, dans l'immédiat», le risque de voir un autre Etat imiter la Grèce et sortir de l'euro, puisqu'il faudrait auparavant qu'Athènes démontre qu'une réintroduction de la drachme et une dévaluation permettent de renouer avec la croissance, une probabilité «extrêmement faible».

Pour cet analyste, «une sortie de la Grèce pourrait donc être paradoxalement un facteur de cohésion pour les autres membres» de la zone euro, dont la vie est «littéralement empoisonnée» par la crise grecque depuis plus de deux ans.

(afp)