Aéronautique

21 octobre 2019 14:28; Act: 21.10.2019 16:49 Print

La pression monte sur Boeing et son 737 MAX

L'action de Boeing souffre après la divulgation de messages entre employés révélant que le système automatique qui devait empêcher le 737 MAX de partir en piqué le rendait difficile à piloter.

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Les 737 MAX de Boeing sont toujours cloués au sol. (Photo: Keystone)

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La pression est encore montée d'un cran pour Boeing, pour l'avenir de sa direction et celui de son avion vedette le 737 MAX après la révélation de messages entre employés faisant état de dysfonctionnements de l'appareil un an avant sa certification.

Le titre perdait près de 5% dans les premiers échanges à Wall Street, après un plongeon de 6,79% vendredi, les analystes de grandes banques mettant les investisseurs en garde contre ces nouveaux rebondissements.

Une réunion de deux jours du conseil d'administration a débuté dimanche et devait se conclure dans l'après-midi lundi alors que l'avionneur fait face à une question cruciale. Etait-il au courant de problèmes du 737 MAX avant les deux accidents qui, à moins de six mois d'intervalle, ont fait 346 morts ?

Cette réunion «était au programme», a insisté auprès de l'AFP un porte-parole de Boeing, qui doit publier par ailleurs ses résultats du troisième trimestre mercredi.

Ces rebondissements interviennent quelques jours avant l'audition très attendue devant des élus, le 30 octobre, du PDG Dennis Muilenburg, qui s'est vu retirer récemment la casquette de président du conseil d'administration.

Les échanges révélés vendredi entre Mark Forkner et Patrik Gustavsson, deux pilotes de Boeing, suggèrent que le système automatique, le MCAS, qui devait empêcher l'avion de partir en piqué, le rendait difficile à piloter en simulateur.

Ce système, mis en cause dans les accidents de Lion Air du 29 octobre 2018 et d'Ethiopian Airlines du 10 mars dernier, «déraille dans le sim (le simulateur, ndlr)», écrit fin 2016 M. Forkner sur messagerie instantanée, soit deux ans avant les accidents et un an avant la certification du 737 MAX.

«Bon, je t'accorde que je suis nul en pilotage, mais ça c'était scandaleux», poursuivait le pilote dans cette conversation avec M. Gustavsson.

M. Forkner signale à son collègue que le MCAS s'est activé dans des conditions normales alors que le système avait été conçu pour ne s'activer que dans une situation difficile ou inhabituelle. «Cela veut dire que nous devons actualiser sa description altitude» dans le manuel de vol, rétorque Patrik Gustavsson.

«En gros, ça veut dire que j'ai menti aux régulateurs (sans le savoir)», répond alors M. Forkner, ce à quoi son collègue ajoute: «Ce n'était pas un mensonge, personne ne nous avait dit que c'était comme ça».

Changement de culture

De fait, huit mois avant les échanges rendus publics vendredi, M. Forkner avait demandé à l'agence fédérale de l'aviation (FAA) s'il pouvait ne pas faire mention du MCAS dans le manuel de vol. Le régulateur, convaincu que le dispositif informatique n'était ni dangereux ni amené à intervenir souvent, avait donné son feu vert.

Boeing était au courant de l'existence de ces messages depuis plusieurs mois et les avait transmis au département de la Justice (DoJ) en février, soit un mois avant le crash d'Ethiopian Airlines, selon une source proche du dossier. Mais le département des Transports et les élus américains n'en ont pris connaissance que jeudi dernier.

«Le conseil d'administration était-il au courant de l'existence de ces messages ? Si oui, pourquoi n'a-t-il rien dit ? », interroge Richard Aboulafia. Cet expert chez Teal Group plaide par conséquent pour le limogeage du PDG Dennis Muilenburg parce qu'il faut, selon lui, «un changement de culture».

La FAA a sommé Boeing de s'expliquer et envisage des sanctions. «Nous regrettons les craintes causées par la publication vendredi des messages du 15 novembre 2016 impliquant un ancien employé», s'est excusé l'avionneur, dans un communiqué. La direction affirme n'avoir toujours pas pu parler «directement» à Mark Forkner.

Le constructeur aéronautique explique que les mouvements erratiques évoqués concernent les dysfonctionnements du simulateur de vol et non de l'avion lui-même. «Le simulateur utilisé pendant la session de tests du 15 novembre (2016) était encore en phase de tests et n'avait pas encore été finalisé», se justifie Boeing, ajoutant néanmoins enquêter sur «les circonstances de ces échanges».

C'est également la ligne de défense adoptée dès vendredi par Mark Forkner, via son avocat David Gerger. «D'après tout ce que Mark savait, il pensait que l'avion réel était sûr», a déclaré le conseil.Un simulateur de vol est une cabine de pilotage qui permet de reproduire très exactement les conditions du vol d'un avion. C'est le cockpit de l'appareil.

Mark Forkner, qui a quitté Boeing en juillet 2018, bien avant les deux accidents, a refusé de fournir des documents aux autorités américaines, selon une source proche du dossier, invoquant le 5e amendement. Ce dernier permet de ne pas répondre à des questions des enquêteurs si on estime qu'on peut être incriminé.

Il travaille actuellement chez la compagnie aérienne Southwest Airlines, tandis que Patrik Gustavsson est toujours pilote 737 chez Boeing.

(nxp/afp)

Les commentaires les plus populaires

  • Air Defence le 21.10.2019 14:46 Report dénoncer ce commentaire

    Boeing savait depuis le début

    346 morts pour quelques millions de dollars. Boeing savait que son MCAS était dangereux : (lemonde.fr 2019-10-19) « De fait, huit mois plus tôt, Mark Forkner avait demandé à l'Agence fédérale américaine de l'aviation (FAA) de ne pas faire mention du MCAS dans le manuel de vol.. Sa publication a provoqué un choc majeur, parce que Boeing en avait connaissance depuis le mois de février...» Boeing voulait contrer à tout prix le A320neo. Airbus a vendu ferme plus de 6 600 et a livré son 1000ième exemplaire début octobre.

  • Circo Loco le 21.10.2019 15:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Si l'Europe...

    ...n'avait pas aidé Airbus à ses débuts (car Lockheed et Boeing ont tout fait pour empêcher Airbus de vendre), on aurait un monopole Boeing en 2019 et il serait devenu dangereux de voler (pas seulement sur B737) compte tenu du poids du court terme dans le capitalisme financiarisé aux USA sur les décisions de l'entreprise.

  • Maurice le 21.10.2019 16:13 Report dénoncer ce commentaire

    Sont pas sortis de l'auberge...

    Que ce soit à cause du coût de la remise à niveau de l'appareil (et de la formation de tous les pilotes l'utilisant), ou de la crainte des passagers de monter à son bord...cet avion ne revolera pas. Boeing a durablement bousillé son image, d'autant que le 787 a connu des déboires, certains Boeing pour l'armée US également, et on découvre maintenant de graves fissures sur les "pickle fork" de certains 737 NG (génération juste avant le MAX) au tiers de leur durée de vie théorique. Toute une culture d'entreprise à refaire !

Les derniers commentaires

  • Othess Deleyrh le 21.10.2019 21:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Achat en l'air cloué au sol.

    Pour sûr, le fort déséquilibre accentué par le poids, la position et puissance des moteurs était connu dès les premiers vols. L'absurde confiance, depuis les fly-by-wire A320, F16 sur-sécurisés, que l'ordinateur va tout résoudre en restreignant l'enveloppe et reprendre les commandes pose un grave problème de compétence US. Puis les financiers nuls de Southwest et Ryan Air qui achètent au rabais de flotte sans l'évaluation d'experts sont imités par de petites compagnies bien trop naïves. Ils n'ont pas vu ce gros piège dont EasyJet s'était très bien sorti bien avant eux avec brio.

  • Bernard Lettri le 21.10.2019 18:27 Report dénoncer ce commentaire

    Le 737 souffre de deux handicaps

    dus a son age, la petitesse de son train empêchant d' implanter de gros réacteurs et un fuselage ovale beaucoup moins efficace qu' un fuselage rond.

    • Rongeur sournois le 21.10.2019 19:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Bernard Lettri

      Ok pour la petitesse de son train d'atterrissage ("granfathering", à l'origine pour faciliter le chargement et déchargement des soutes dans des aéroports non équipés de chariots-ascenseurs pour containers LD3) mais pour ce qui est de la section de son fuselage... aucun avion de cette catégorie n'offre un fuselage de section ronde, pas même son concurrent l'A319/320/321.

    • Captaon le 21.10.2019 19:27 Report dénoncer ce commentaire

      @Rongeur sournois

      Faux, tous les Airbus sauf le 380 ont un fuselage parfaitement circulaire simplement parce que c' est la forme qui resiste le mieux a la pressurisation.

    • Rongeur sournois le 21.10.2019 20:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Captaon

      Faux, l'A320 (c'est de lui que je parle, puisqu'on parle d'un concurrent du 737 Max) a une section de fuselage mesurant 3m95 de large et 4m14 de haut.

    • Captaon le 21.10.2019 20:50 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Rongeur sournois

      OK très très légèrement ovoïde 0,5% .Très loin de l ovale du 737. Bien sûr non circulaire au niveau de l avant et du ventre.

    • Rongeur sournois le 21.10.2019 21:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Captaon

      Je ne fais que répondre à votre commentaire incorrect selon lequel tous les Airbus (donc A320 compris), sauf l'A380, ont un fuselage "parfaitement circulaire". Ça n'est vrai que pour la lignée des A300/310/330/340. De toute façon, circulaire ou pas, ils vont devoir sacrément bosser pour restaurer la confiance en leur 737. Et pas dit que ce soit gagné...

  • Diego Ramadona le 21.10.2019 18:20 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Après les avions

    C'est les actions qui chutent !

  • Simon D le 21.10.2019 18:05 Report dénoncer ce commentaire

    Le Boeing 737

    est un très vieil avion fait d' un fuselage de 707 tronqué et d' un cockpit de 727. Certes, il a constamment évolué et les dernières versions n' ont plus grand chose a voir. Sa faible garde au sol fait que des l' arrivée des nouveau réacteurs , ils ont du bricoler un capot aplati. Mais il arrive un moment ou il vaut mieux créer un nouvel avion. Le vrai problème du 737 est qu' il n' est pas a commande de vol électrique et les bricolages ne suffiront pas.

  • Ferrailleur le 21.10.2019 16:55 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Pas d autres solutions

    pour Boeing que de demonter tout ce qui peut l être sur les max. Réacteurs , avionique, equipement peuvent être récupérés pour equiper des 737 700 ou 800. Le reste c'est juste de l alu.

    • Bricolo aussi le 21.10.2019 18:21 Report dénoncer ce commentaire

      @Ferrailleur

      Bonne idée. Et après on s'étonnera que les boeing 737-700 et 737-800 se mettent à se crasher aussi.

    • Faire ailleurs le 21.10.2019 18:25 Report dénoncer ce commentaire

      @Ferrailleur

      Non, pas les réacteurs. Les NG sont motorisés par des CFM56, tandis que les MAX sont équipés de LEAP-1B.

    • cfm le 21.10.2019 21:21 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Faire ailleurs

      Ha français? Ex snecma ?

    • Faire ailleurs le 21.10.2019 21:42 Report dénoncer ce commentaire

      @cfm

      CFM International, oui. Donc General Electric + Safran (ex Snecma).

    • Caravelle le 21.10.2019 22:11 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @cfm

      Les réacteurs snecma n'ont pas eu de problèmes particuliers... Toujours des idées préconçues....

    • Mercur le 21.10.2019 23:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Caravelle

      Les reacteurs franco americains sont parmi les plus utilisés au monde sur de nombreux avions civils mais aussi par les militaires sur les ravitailleurs et Awacs. Pour que l US Air Force les choisissent, ils ne doivent pas être trop mau. mauvais.